Marseille : la polémique sur la "prise d'otages" à l'hôpital en trois actes

L\'hôpital Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), le 30 mai 2010. 
L'hôpital Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), le 30 mai 2010.  (JOSE NICOLAS / AFP)

Dans la nuit du 12 au 13 août dernier, un patient armé aurait séquestré des infirmières, selon le quotidien "La Provence". Le ministre de l'Intérieur et le directeur de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône ont démenti cette version.

Y a-t-il eu une prise d'otages à l'hôpital Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), dans la nuit du 12 au 13 août ? Pour La Provence, la réponse est oui. Le quotidien régional affirme, jeudi 5 septembre, que l'affaire a été "soigneusement passée sous silence par les autorités". Mais, un peu plus tard dans la journée, l'information a été démentie par le ministre de l'Intérieur. 

Francetv info revient sur cette affaire en trois actes.

Acte 1 : "La Provence" révèle une prise d'otages "passée sous silence"

Il a fallu près d'un mois pour que le personnel soignant brise le silence et affirme qu'une prise d'otages a eu lieu dans les locaux de l'hôpital Nord, révèle La Provence jeudi. Le forcené, opéré d’une blessure par balles infligée quelques jours plus tôt dans un bar de la ville, avait été sorti de réanimation et transféré au service de chirurgie thoracique.

C'est alors, raconte à La Provence le professeur Pascal Thomas, que l'homme "fait irruption dans les couloirs du service, un revolver à la mainIl interdisait à quiconque d’entrer ou de sortir de l’unité, menaçant de 'buter' le premier qui désobéirait ou qui donnerait l’alerte." Convaincu que ses agresseurs le cherchaient dans l'hôpital pour le tuer, il avait demandé à un ami de lui apporter une arme. 

L'homme a été appréhendé par les forces de l'ordre, rapidement arrivées sur place. Il est reparti libre et n'a été qu'exclu de l'hôpital, rapporte La Provence. Son arme n'a, elle, pas été retrouvée.

Acte 2 : l'insécurité des hôpitaux dénoncée

Pourquoi ne pas avoir porté plainte aux moments des faits ? "Les soignants qui ont été victimes de l'agression n'ont pas porté plainte car ils ne voulaient pas donner leur identité par peur des représailles", explique l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM). De plus, une représentante syndicale a confié aux médias le 19 août ce qui s'est passé, au moment où une autre affaire faisait la une des journaux. Un infirmier des urgences de l'hôpital de la Conception avait été blessé au bras par un homme mêlé à une affaire de meurtre.

Marie-Arlette Carlotti, élue marseillaise et ministre déléguée aux Personnes handicapées, indique que "le directeur de l'AP-HM a fait état de ce grave incident devant le Premier ministre, le 20 août 2013, lors d'une réunion au service des urgences de l'hôpital de la Conception". "Au cours de cette réunion, il a été décidé d'actualiser la convention entre les forces de l'ordre et l'hôpital afin de mieux protéger les patients et les personnels hospitaliers. La convention est prête et sera présentée prochainement", indique-t-elle. La ministre regrette les "réactions excessives et surjouées de certains responsables politiques" face à un événement déjà connu.

Acte 3 : "Ni prise d'otage, ni séquestration", affirme Valls

Lors d'une visite à Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), dans la matinée de jeudi, Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, dément également toute prise d'otages et toute séquestration. Il confirme néanmoins que le patient ("bien connu des services de police") était bien armé à l'intérieur de l'hôpital, et qu'il a menacé le personnel soignant. "Un incident qui n'était pas anodin, mais qui n'a pas été caché, qui n'a été caché par personne, a bien eu lieu (...). Il a d'ailleurs fait l'objet d'une dépêche AFP quelques jours après", a-t-il précisé.

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Le directeur de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône, Pierre-Marie Bourniquel, dément lui aussi toute "prise d'otages"

Le directeur adjoint de l'AP-HM, Jean-Michel Budet, a lui aussi tenu à relativiser l'incident, jeudi matin sur France Inter. "La terminologie est tout à fait inappropriée, nous avons eu effectivement des démêlés avec un patient qui, dans le cadre de ses visites privées, avait reçu une arme et qui pensait pouvoir la garder pour se protéger, et nous avons fait en sorte qu'il sorte rapidement pour éviter tout problème, a-t-il expliqué. L'hôpital n'est pas un lieu où l'on règle ses comptes (…). Il a proféré des menaces verbales envers le personnel, mais on n'est pas dans le cas d'une prise d'otages."

Interrogé par Libération, le procureur de Marseille, Brice Robin, explique avoir appris ces faits dans la presse jeudi matin, puis avoir ouvert une enquête préliminaire.

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