L'armée à Marseille, remède miracle ou "n'importe quoi" ?

Le ministre de l\'Intérieur, Manuel Valls, visite la cité du Clos la Rose, à Marseille, le 31 mai 2013.
Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, visite la cité du Clos la Rose, à Marseille, le 31 mai 2013. (BORIS HORVAT / AFP)

"Pourquoi ne pas imaginer une coopération entre police et armée pour saisir les armes de guerre ?" propose Ségolène Royal. "N'importe quoi", juge le communiste Pierre Laurent.

Pour les Français, envoyer l'armée à Marseille pour endiguer la spirale de la violence ne serait pas une hérésie, à en croire un sondage YouGov pour le Huffington Post, publié jeudi 12 septembre. Près de six Français sur dix (57%) y seraient favorables. La proposition n'est pas nouvelle. Mais à chaque fois, elle déclenche de vifs débats. Retour sur une idée rejetée par la majorité de la classe politique, mais qui semble séduire l'opinion.

Une idée de la sénatrice PS Samia Ghali...

Le 30 août 2012, au lendemain d'un énième assassinat dans les quartiers nord de Marseille, la sénatrice PS Samia Ghali, qui est aussi maire des 15e et 16e arrondissements de la ville, en appelle à l'armée.

"Ça ne sert plus à rien d'envoyer un car de CRS pour arrêter des dealers. Quand dix d'entre eux sont arrêtés, dix autres reprennent le flambeau ! C'est comme combattre une fourmilière. Aujourd'hui, face aux engins de guerre utilisés par les réseaux, il n'y a que l'armée qui puisse intervenir. Pour désarmer les dealers d'abord. Et puis pour bloquer l'accès des quartiers aux clients, comme en temps de guerre, avec des barrages. Même si cela doit durer un an ou deux, il faut tenir", affirmait-elle à La Provence.

La proposition fait écho à celle, un an plus tôt, du maire EELV de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon : "Je demande au ministre de l'Intérieur [Claude Guéant] d'envisager une présence de l'armée vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec une fonction de force d'interposition afin de faire cesser les règlements de compte et d'éviter les risques de balles perdues et de tragédies".

... rejetée par la quasi-totalité de la classe politique

La solution avancée par l'élue marseillaise fait la quasi-unanimité contre elle. Immédiatement, les ministres de l'Intérieur et de la Défense, Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian, opposent une fin de non-recevoir. "L'armée n'a pas sa place pour contrôler les quartiers de notre République", finit par trancher François Hollande.

Le maire de Marseille, lui, parle à l'époque de "propos irresponsables" de la part de Samia Ghali. "Mobiliser l'armée face au grand banditisme n'est en aucun cas une solution. En revanche, la population de ces cités le vivrait comme un véritable appel à la guerre civile !" avertit Jean-Claude Gaudin. Quant à l'ancien ministre de la Défense, Hervé Morin (Nouveau Centre), il parle carrément d'"idée idiote".

Un an après, le débat divise toujours autant

Un an après la tenue d'un comité interministériel censé apporter des solutions pour combattre la violence à Marseille, les assassinats se poursuivent, et le débat sur le rôle de l'armée n'est toujours pas clos.

Après l'annonce d'une prise d'otages dans un hôpital (qui s'est finalement révélée ne pas en être une), début septembre, Samia Ghali persiste : "L’armée peut être une solution pour Marseille ! A un moment donné, on ne sait plus quoi dire... Si on n’a pas assez de policiers, pourquoi ne pas faire appel aux militaires comme on le fait déjà pour assurer la sécurité dans les gares, les aéroports ou les grands boulevards. Il faut trouver une solution. L'armée en est une", déclare-t-elle à 20 Minutes.

Une fois de plus, Manuel Valls s'inscrit en faux, et dénonce "une surenchère notamment de la part des élus", qui trouveraient là un moyen d'exister médiatiquement. Le propos vise implicitement la sénatrice, candidate à l'investiture socialiste pour les élections municipales à Marseille.

Après le sondage, publié jeudi par le Huffington Post, les réactions sont toujours aussi tranchées. L'armée à Marseille ? "Pourquoi pas ?", a réagi Ségolène Royal sur i-Télé. Le maintien de l'ordre, "c'est le rôle de la police, bien évidemment, Marseille n'est pas en guerre. Mais puisqu'il y a des armes de guerre qui sont disséminées, pourquoi ne pas imaginer une coopération entre la police et l'armée pour saisir et détruire ces armes de guerre ?" Pour le patron du PCF, Pierre Laurent, en revanche, "c'est n'importe quoi""Ce dont a besoin Marseille, c'est de développement social, c'est aussi de moyens de police dans les quartiers", a-t-il dit.

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