Balcon effondré à Angers : il est "peu probable" qu'il s'agisse d'un "problème de conception", estime un expert judiciaire

Le balcon du troisième étage a entraîné les deux autres dans sa chute.
Le balcon du troisième étage a entraîné les deux autres dans sa chute. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

L'effondrement d'un balcon lors d'une pendaison de crémaillère à Angers a tué quatre personnes et fait quatorze blessés. Selon Wolfgang Jalil, ancien expert judiciaire, ce n'est sans doute pas lié à la surcharge du balcon.

L'enquête ne fait que commencer à Angers (Maine-et-Loire), où l'effondrement d'un balcon a fait quatre morts et quatorze blessés dans la nuit de samedi 15 à dimanche 16 octobre à Angers.

Selon Wolfgang Jalil, ingénieur de formation et ancien expert spécialisé devant la Cour d'appel de Versailles, les normes en France sont telles qu'un balcon, même surchargé, est censé résister. Il a expliqué dimanche 16 octobre sur franceinfo que l'accident pourrait avoir comme cause la plus probable un défaut d'exécution du chantier de cette résidence, aggravé par une corrosion de l'armature du balcon, liée notamment aux intempéries. 

franceinfo : Ce balcon s'est-il effondré parce qu'il y avait trop de monde en même temps dessus ?

Wolfgang Jalil : Je ne dispose pas du dossier [relatif à cette résidence, NDLR], mais dans un effondrement, il y a généralement deux causes possibles. Soit des problèmes de conception, soit des problèmes d'exécution du chantier. La première me semble peu probable, car la surcharge prévue par les normes en France est très large. On a un coefficient de sécurité de plus de 60% sur les balcons. S'il est calculé pour supporter 100 kilos, il peut en réalité en supporter 160. Un balcon, même plein à craquer, n'est donc pas dangereux, selon les normes en vigueur. Je pense plutôt, en terme de probabilités, à un problème de chantier, un problème d'exécution des travaux lors de la constuction. C'est déjà arrivé lors de l'effondrement d'un balcon similaire, il y a quelques années, à Issy-les-Moulineaux.

Est-ce que le balcon a pu être rendu plus fragile par les intempéries, même si la résidence a été construite au début des années 2000 ?

S'agissant d'un effondrement qui a lieu plus de 15 ans après sa construction, il n'y a pas beaucoup de paramètres qui ont pu évoluer : j'en vois un, je pense notamment à des problèmes d'oxydation et de corrosion de l'armature. Le problème, c'est que les balcons ne reçoivent pas une étanchéité, comme les toitures-terrasses. Et l'armature du balcon, elle est proche de la partie supérieure, là où vous mettez du carrelage par exemple. Souvent, notamment dans les balcons préfabriqués, on constate que la protection contre la corrosion, l'épaisseur de ciment qu'on doit mettre par-dessus est insuffisante. Normalement, on doit y mettre une couche de 3 cm d'épaisseur, et parfois on a qu'un centimètre. C'est ça qui provoque l'érosion du béton, d'autant que les armatures et les aciers des balcons sont très fins.

Quel va être le travail des enquêteurs qui vont aller expertiser cet appartement et ce balcon qui s'est effondré ?

Il faut déjà avoir le dossier du projet immobilier, et puis aller voir sur place pour se rendre compte dans quelle position est située l'armature du balcon, à quelle distance elle se trouve de la surface, pour découvrir si la protection anti-corrosion était ou suffisante ou non.

"La surcharge prévue par les normes en France est très large" (Wolfgang Jalil, ancien expert judiciaire)
--'--
--'--