Attaque de "Charlie Hebdo" : une nuit de sursis pour Said et Chérif Kouachi

Un automobiliste est interrogé par des policiers dans la commune de Longpont (Aisne), jeudi 8 janvier 2015.
Un automobiliste est interrogé par des policiers dans la commune de Longpont (Aisne), jeudi 8 janvier 2015. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Les forces d'élite ont traqué les deux suspects de l'attentat contre la rédaction du journal satirique en Picardie, jeudi 8 janvier. Sans succès.

Les suspects de l'attaque de Charlie Hebdo n'ont jamais été aussi proches. Jeudi 8 janvier, le Raid quadrille le village de Longpont (Aisne), 300 habitants. Le principal accès est protégé par des barrages filtrants, dont les hommes inspectent parfois les coffres de voitures, mais quelques brèches champêtres permettent encore d'y accéder. Partout dans le secteur, des colonnes de véhicules circulent dans la campagne et dans les communes de Longpont et Corcy. Un camion blindé de la Brigade de recherche et d'intervention a été dépêché sur place.

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De l'abbaye en ruines à l'école, tout est fouillé

Belgique, Etats-Unis, Chine… Une fois de plus, le ballet des journalistes est impressionnant. La plupart sont retenus aux abords de la nationale, où ils traversent la route à pied entre deux voitures. En amont, les voitures roulent à petite allure sur plusieurs centaines de mètres. Non loin du croisement, le Raid a déjà investi le corps d'une ferme, sans succès. D'autres médias, en revanche, suivent au plus près les enquêteurs, dans une étonnante proximité qui rappelle l'opération de la veille, à Reims (Marne). 

Les hommes du GIPN ont lancé les fouilles tôt dans l'après-midi. Tout est parti du signalement du gérant d'une station-service, située sur la nationale. Celui-ci assure avoir aperçu Said et Chérif Kouachi dans leur voiture, avec des armes lourdes à bord. Des images de vidéosurveillance les présentent sans cagoules, armés. Depuis, c'est le branle-bas de combat pour les autorités. Elles pensent enfin avoir localisé les deux terroristes qui ont commis un bain de sang, la veille, à la rédaction de Charlie Hebdo. Des camions de gendarmerie y restent stationnés toute la journée. 

Les opérations se concentrent sur deux communes, Longpont et Corcy. Fait rare, le Raid et le GIGN, les unités d'élite de la police et de la gendarmerie, participent à la même opération et se partagent le travail. Dans la première commune, comme le montrent nos confrères de France 2, tout est méticuleusement fouillé, de l'abbaye cistercienne en ruines à l'école, en passant par les bois, grâce à la caméra thermique d'un hélicoptère. Même application à Corcy, où chaque maison est investie. L'ampleur du travail est immense, puisque les enquêteurs se concentrent sur une zone de 20 km2. Mais nulle trace des deux frères.

Des hélicos encore pendant la nuit

Les recherches se poursuivent pendant plusieurs heures, qui font pousser les rumeurs. Une fois la nuit tombée, les phares des véhicules de police fusillent le regard. Sur les coups de 20 heures, de grands gaillards cagoulés et vêtus de noir entrent dans l'auberge du coin. Après une journée passée le ventre vide, ils passent leur commande d'omelettes. Mais forcés de partir en catastrophe, tous les membres de cette unité du Raid n'auront pas le loisir d'y goûter. Deux heures plus tard, coup de sifflet final. Plusieurs dizaines de véhicules quittent la commune, sagement alignés en colonne. C'est la fin d'une opération de grande ampleur. C'est surtout la fin de sérieux espoirs.

La nuit noire laisse peu de chances aux enquêteurs. Le dispositif est allégé en fin de soirée. Une partie des unités d'élite rentre sur Paris, même si de nombreux hommes restent encore dans le département. A la gendarmerie de Villers-Cotterêts, vers minuit, un fourgon de gendarmes prend la relève d'un autre. Mais sur le chemin de Crépy-en Valois, seule une voiture reste stationnée au bord de la nationale. Après minuit, lors d'une pause dans une station-service, on saisit tout de même le bruit de l'un des cinq hélicoptères engagés pour la nuit. Said et Chérif Kouachi ont gagné une nouvelle journée de sursis. Mais le ministère de l'Intérieur assure que 88 000 personnels sont à leurs trousses. 

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