Arrestation de Peter Cherif : "C'est une capture très importante, d'un vétéran du jihadisme"

Dessin montrant Peter Cherif, pendant son procès, le 26 janvier 2011.
Dessin montrant Peter Cherif, pendant son procès, le 26 janvier 2011. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Peter Cherif, alias Abou Hamza, avait rejoint Al-Qaïda au Yémen, où il était "cadre moyen", a expliqué le spécialiste Abdelasiem El Difraoui.

Le jihadiste Peter Cherif est "un vétéran du jihadisme", qui avait "rejoint Al-Qaïda au Yémen, où il était cadre moyen. Il a été très longtemps sous les radars des services français", a expliqué vendredi 21 décembre sur franceinfo Abdelasiem El Difraoui, politologue, spécialiste du jihadisme et qui a rencontré des proches de Peter Cherif. Ce dernier a été arrêté à Djibouti, c'est un proche des frères Kouachi. "C'est une capture très importante parce qu'il a été responsable de beaucoup de relations internationales" pour Al-Qaïda.

franceinfo : Qui est Peter Cherif, dont vous avez rencontré les proches, et qui vient d'être arrêté ?

Abdelasiem El Difraoui : C'est un vétéran du jihadisme, mais ce n'est pas un jihadiste de la première génération. La première génération, c'est le combattant de l'Afghanistan, comme la génération d'Oussama Ben Laden et de ses compagnons, qui sont aujourd'hui incarcérés, pour la plupart, ou morts. Peter Cherif, c'est clairement la deuxième ou troisième génération du jihadisme. Il s'est radicalisé vers 2005 à travers la filière des Buttes-Chaumont, parallèlement à la guerre en Irak, la guerre contre Saddam Hussein. Il était très proche des frères Kouachi dans le sens où c'était toute une orbite aux Buttes-Chaumont autour de Farid Benyettou, autoproclamé émir du groupe qui aujourd'hui est soi-disant repenti.

Comment Peter Cherif bascule-t-il dans une idéologie radicale ?

Il est d'origine afro-caribéenne et tunisienne. Il avait traversé une grande crise d'identité et était dégoûté par les images de la souffrance des enfants irakiens. Il s'enfermait pendant des heures dans sa chambre pour regarder des vidéos. Il avait déjà eu affaire à la justice et essayait de se racheter avec cette idéologie mensongère. Pour sa mère, c'est Farid Benyettou qui l'a entraîné dans le jihadisme en lui disant que s'il voulait se sauver, il devait devenir jihadiste, aller vers la "vraie foi" pour que ses péchés soient pardonnés. Dans l'interview que j'ai faite de sa copine, elle explique que même une affiche dans la rue où on voyait une femme en bikini était pour lui devenu péché. Il s'est peu à peu éloigné de sa copine par peur de pécher. Au début, il avait une relation normale et peu à peu il a exigé de sa copine qu'elle se mette de l'autre côté de la pièce, que sa mère soit présente quand ils se voient et puis il a rompu. C'était vraiment un processus psychologique.

Le croyez-vous capable de commanditer, d'organiser un attentat comme celui de janvier 2015 ?

Il a peut-être co-organisé l'attentat. Je ne pense pas que lui-même l'ait organisé. Il ne s'est jamais joint à l'État islamique. Suite à une arrestation d'abord en Syrie, à un procès en France, il a disparu et il a rejoint Al-Qaïda au Yémen, où il était cadre moyen. Il a été très longtemps sous les radars des services français. Depuis deux semaines, les gens du service me disaient que l'étau se resserrait autour de Peter. C'est une capture très importante parce que comme cadre moyen, il a été responsable de beaucoup de relations internationales. Il a aussi servi comme intermédiaire d'Al-Qaïda pour la libération des otages français détenus au Yémen.

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