Arrêts de travail, constats d'accident... Un faussaire soupçonné de vendre des documents administratifs sur Snapchat mis en examen

Un jeune homme de 23 ans est soupçonné d’avoir organisé depuis plus de six mois un vaste trafic de vente de faux documents administratifs sur l’application Snapchat. 
Un jeune homme de 23 ans est soupçonné d’avoir organisé depuis plus de six mois un vaste trafic de vente de faux documents administratifs sur l’application Snapchat.  (JAKUB PORZYCKI / NURPHOTO /AFP)

Un arrêt de travail, rempli et frappé d'un faux tampon de l'hôpital, était par exemple vendu 30 euros.

Une préfecture à lui tout seul… Un jeune homme de 23 ans a été mis en examen, vendredi 10 juillet, après son interpellation mercredi, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), dans le cadre d’une enquête de longue haleine ouverte pour "escroquerie en bande organisée, blanchiment et accès frauduleux à un système de traitement informatisé de données". Il est soupçonné d’avoir organisé depuis plus de six mois un vaste trafic de vente de faux documents administratifs sur l’application Snapchat, allant de la carte de handicap au code du permis de conduire, en passant par l’arrêt de travail et autres constats d’accident maquillés.

Une attestation de réussite au code de la route pour 930 euros

L’existence de cette "petite entreprise" a été découverte par les enquêteurs du  "BL2C ", la nouvelle brigade de lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire parisienne. En décembre dernier, ses cyber-enquêteurs patrouillent sur les réseaux sociaux sous pseudo, avec "une légende", comme on désigne la fausse identité dans le monde de l’espionnage. Sur Snapchat, ils tombent sur un compte proposant d’acheter tout type de document administratif. Ces propositions ne cherchent même pas à masquer leur caractère illégal. Il faut dire que, pour le vendeur, le réseau social offre un avantage de taille : les messages s’autodétruisent après un bref laps de temps, ce qui rend leur traçabilité délicate.

Le faussaire a la solution à de nombreux problèmes routiers, à commencer par les retraits de points. Pour faire "sauter" un PV, il suffit d’acheter l’identité d’un ressortissant africain, censé se trouver au volant du véhicule au moment de l’infraction. Un conducteur introuvable de l’administration française. Préjudice estimé pour l’Etat : 150 000 euros d’amendes non recouvrées. Le principal suspect de la fraude, habitué à rouler pied au plancher dans son Audi RS3, use lui aussi de ce stratagème simplissime. Facile : il dispose de faux certificats de présence à des stages de récupération de points. Il est également possible de se procurer une attestation de réussite au code de la route contre la somme de 930 euros… Un accident de la route ? Le vendeur anonyme se fait fort de fournir un faux constat amiable dans lequel un tiers reconnaît être impliqué avec 100% des torts…

Une complicité au sein des forces de l'ordre

Les policiers spécialisés comprennent vite que leur cible dispose de complicités au sein de l’administration. Le vendeur a mis la main sur des liasses d’arrêts de travail, documents vendus 30 euros l’unité une fois remplis et frappé d’un faux tampon d’hôpital. Des méthodes commerciales bien rodées. "Tout acheteur d’un lot d’arrêts de travail pouvait prétendre à une promotion", souligne une source proche du dossier. Pour les caisses primaires d’Assurance-maladie, le préjudice est estimé à quelque 140 000 euros.

Après la phase de surveillance numérique, les policiers du BL2C décident d’aller plus loin. Ils se font passer pour des acheteurs à la recherche de renseignement sur des antécédents judiciaires d’une personne. Coût de la demande : 250 euros l’unité. Cette transaction permet au passage d’identifier une taupe au sein même des forces de l’ordre. Un gendarme adjoint est en effet soupçonné d’avoir effectué des recherches dans le Fichier des personnes recherchées et celui des antécédents judiciaires. Il aurait effectué près de 150 consultations indues.

Le principal faussaire était connu jusqu’ici pour des affaires de stupéfiants. Au moment de son arrestation, réalisée avec l’appui de la brigade de recherche et d’intervention (BRI), il venait de rentrer de Belgique. Sur lui, il disposait de 6 000 euros en liquide, indique-t-on dans les cercles de l’enquête. Au total, cinq personnes, dont un mineur, ont été placées en garde à vue.

Vous êtes à nouveau en ligne