Aulnay-sous-Bois : "L'égalité devant la police n'existe pas suffisamment"

Un policier devant le commissariat d\'Aulnay-sous-Bois, le 7 février 2017.
Un policier devant le commissariat d'Aulnay-sous-Bois, le 7 février 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Après la violente agression d'un jeune homme par quatre policiers jeudi à Aulnay-sous-Bois, Sébastian Roché décrypte pour franceinfo les relations entre jeunes et police.

Sociologue et directeur de recherche au CNRS, Sébastian Roché revient pour franceinfo sur les relations entre jeunes et police, après l'agression violente d'un jeune homme par quatre policiers jeudi 2 février à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il regrette le manque de formation des agents et l'absence de "réflexion nationale".

franceinfo : Cette hostilité entre les jeunes et la police est-elle propre à la France ?

Sébastian Roché : Il y a derrière les faits extrêmes et violents qui se sont produits à Aulnay-sous-Bois une tension entre les jeunes - particulièrement dans les cités défavorisées - et la police. On l’a mesurée grâce à plusieurs études et c’est très frappant. C’est quelque chose de particulier à la France, que l’on ne va pas retrouver par exemple en Allemagne.

Comment expliquer cette hostilité ?

Cette hostilité est enkystée. Lors d'un face-à-face, chacune des deux parties s’apprête à avoir une interaction qui va mal se dérouler. On arrive dans un état d’esprit qui est déjà extrêmement tendu. Se pose également la question des directives. Est-ce que l’on veut faire plus de contrôles d’identité ? À quoi servent-ils ? Comment doit-on les réaliser ? Est-ce que toutes les personnes doivent être traitées de la même manière ? 

Il y a en France un accent insuffisamment donné sur l’égalité devant la police et sur la qualité de la relation avec la policeSébastian Roché, sociologueà franceinfo

Quand vous parlez d’égalité, cela signifie-t-il que certains seraient plus contrôlés que d’autres ?

Les personnes d’origine nord-africaine et africaine sont beaucoup plus contrôlées, plus de trois fois plus en moyenne en France. La manière dont se déroulent leurs interpellations est beaucoup plus tendue. Il y a environ trois fois plus de cas de violences envers les jeunes issus de minorités.

À quoi est-ce dû ? À un déficit de formation du côté des policiers ?

Il y a un déficit de formation. Les questions de l’égalité et de la manière de la faire exister ne sont pas suffisamment enseignées. Il y a également un déficit de management au niveau local. Le déroulement des interpellations fait trop peu l’objet de débriefing, de réflexion de la part des policiers. Il y a enfin un déficit de stratégie nationale. Il faut une stratégie, une réflexion nationale. Pour l'instant elle n’existe pas.

Rien ne change parce que la police et la gendarmerie sont de grosses organisations. Elle comptent dans leurs rangs 100 000 à 140 000 personnes. Pour les faire bouger, il faut fixer un cap. Et ce cap doit être fixé par les autorités politiques. Il faut que les responsables politiques aient envie d’avoir une police adaptée au traitement des zones pauvres et diverses ethniquement. Ceci doit être codifié, couché dans un document, traduit dans un système d’obligations légales. C’est à tout cet ensemble qu’il faut réfléchir. Pour l’instant, cette question n’est même pas posée sur la table. 

"L'hostilité mutuelle entre jeunes et police est particulière à la France", Sébastian Roché, sociologue
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