Diffusion d'enregistrements de Mohamed Merah : TF1 se justifie

Mohamed Merah, l\'auteur de la tuerie de Toulouse en mars 2012, sur un document amateur.
Mohamed Merah, l'auteur de la tuerie de Toulouse en mars 2012, sur un document amateur. (FRANCE 2 / AFP)

La diffusion par TF1 des négociations entre Merah et les hommes du Raid suscite une vive polémique.

Vive polémique après la diffusion par TF1, dimanche 8 juillet, d'extraits de négociations entre Mohamed Merah et les hommes du Raid, les 21 et 22 mars, avant l'assaut final dans lequel le "tueur au scooter" a trouvé la mort. FTVi revient sur ce tollé en cinq actes.

• Acte I : TF1 diffuse des extraits d'enregistrements

La chaîne diffuse pour la première fois, dans son émission "Sept à Huit", des extraits des enregistrements audio où l'on entend Mohamed Merah dialoguer avec des policiers, et expliquer d'un ton posé ses crimes et ses intentions macabres.

"Je n'ai pas fait ça pour me laisser faire attraper, t'as vu. Là, on négocie, tu vois. Après, en dehors des négociations, n'oublie pas que j'ai les armes à la main, je sais ce qui va se passer, je sais comment vous opérez pour intervenir. Je sais que vous risquez de m'abattre, c'est un risque que je prends", explique Merah, d'une voix particulièrement calme. TF1 affirme disposer d'une bande de quatre heures et demie d'enregistrements. 

• Acte II : Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls exprime sa colère

La réaction du ministre de l'Intérieur ne tarde pas. Dans un communiqué envoyé peu après la fin de l'émission, Manuel Valls "regrette" la diffusion de ces enregistrements. "Aucune précaution n'a été prise pour respecter les familles des victimes", déplore-t-il. 

"Un enregistrement des conversations a bien été réalisé par les services de police mais il n'a jamais été rendu public. Il convient donc de s'interroger sur les moyens par lesquels le diffuseur a pu se procurer ledit enregistrement."

• Acte III : TF1 "assume"... mais retire la vidéo de son site Internet

Joint par RTL, Emmanuel Chain, producteur de l'émission, se justifie : "Nous avons agi en responsabilité en diffusant un document à forte valeur d'information. Nous avons beaucoup réfléchi, décidé de diffuser ce document qui a une forte valeur d'information (...) On apprend comment Merah s'est formé avec Al-Qaïda, sa détermination, on apprend beaucoup de choses, il a été très contextualisé."

Ces extraits contenaient "des informations très importantes sur la façon dont les hommes du Raid ont négocié jusqu'au bout pour que Mohamed Merah se rende, confirme la patronne de l'information de TF1, Catherine Nayl. Nous l'avons fait en conscience parfaite de ce que cela pouvait avoir comme valeur informative."

Officiellement, TF1 assume, donc. Mais sur son site Internet, impossible cependant de revoir l'extrait sujet à polémique...

• Acte IV : Les familles des victimes disent leur indignation

Dans le même temps, les proches des victimes de Mohamed Merah font part de leur indignation. Elles annoncent qu'elles vont saisir la justice en urgence pour obtenir l'interdiction de la diffusion sur internet de ces enregistrements. "Cette diffusion est scandaleuse car elle donne la parole en dernier à Mohamed Merah, une parole mensongère et manipulatrice", estime l'avocat d'une des victimes, Me Patrick Klugman. "Le testament de Merah, ce sont ses crimes, pas ses paroles et nous ferons le nécessaire pour que cette diffusion ne se propage pas".

"Les victimes sont scandalisées d'apprendre le contenu de ces négociations à la télévision. A ce rythme, ce sont les vidéos des tueries qui se retrouveront sur la toile et l'atteinte sera alors irrémédiable", explique une autre avocate, Me Samia Maktouf. Un avocat d'une des victimes, Me Simon Cohen regrette que TF1 "n'ait pas prévenu les familles", "ne serait-ce que par humanité".

• Acte V : La police des polices ouvre une enquête

L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la "police des polices", est désormais chargée de mener une enquête administrative sur la diffusion de ces enregistrements. Elle aura notamment pour but de vérifier si ces enregistrements ont été fournis par des policiers. Quant au parquet de Paris, il a également ouvert dès dimanche soir une enquête préliminaire pour violation du secret de l'instruction. 

Par ailleurs, le Conseil supérieur de l'Audiovisuel (CSA) procédera mardi à l'audition des dirigeants de TF1 et entendra ensuite ceux de BFMTV et i-Télé, qui ont également diffusé les enregistrements entre Mohamed Merah et les policier du Raid.