Assange menacé d'extradition vers les États-Unis : "Un enjeu majeur pour l'avenir du journalisme", alerte RSF

Une manifestante réclame la libération de Julian Assange, le 19 décembre 2019 devant le tribunal de Westminter à Londres. 
Une manifestante réclame la libération de Julian Assange, le 19 décembre 2019 devant le tribunal de Westminter à Londres.  (TOLGA AKMEN / TOLGA AKMEN)

Reporters sans frontières a lancé une pétition pour faire libérer le lanceur d'alerte Julian Assange, emprisonné à Londres et menacé d'extradition vers les États-Unis. Il y risque 175 ans de prison pour avoir fourni des informations à des journalistes.

"Si Julian Assange est condamné, si dans un premier temps il est extradé vers les États-Unis, alors ça mettra en péril le travail de tous les journalistes qui travaillent sur la base d'informations qui leur sont fournies par des sources sur les affaires d'intérêt publique mais relatives à la défense nationale", a affirmé mardi 18 février sur franceinfo Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. L'ONG s'oppose à la possible extradition du fondateur de WikiLeaks vers les États-Unis, à la suite de son procès qui se tiendra à Londres à partir du 24 février. Via son association, l'informaticien d'origine australienne avait diffusé des documents confidentiels, notamment des câbles diplomatiques et des fuites d'informations classifiées. 

franceinfo : Il y a une pétition qu'on retrouve en une de votre site internet qui s'appelle "free Assange". En réalité, il s'agit plutôt de refuser son extradition ?

Christophe Deloire : Il s'agit de le libérer quand même parce qu'aujourd'hui il est dans une prison de haute sécurité à Belmarsh en banlieue de Londres, où il purge une peine pour infraction au contrôle judiciaire auquel il était astreint il y a très longtemps avant qu'il entre à l'ambassade d'Équateur à Londres et qu'il y reste sept ans. Aujourd'hui, il risque d'être extradé aux États-Unis. Aux États-Unis, sur la base d'une loi contre l'espionnage, Julian Assange pourrait être sanctionné de 175 ans de prison.

C'est extrêmement grave pour la liberté de la presse, ce qui va se passer à Londres la semaine prochaine, un enjeu majeur pour l'avenir du journalisme parce qu'il est poursuivi pour avoir récupéré des informations et les avoir transmises aux journalistes.Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontièresà franceinfo

Ce qu'a fait Assange, cette contribution au journalisme, a permis certaines des révélations les plus importantes du journalisme au cours des derniers années.

Il y a une menace sur le droit à l'information, ça peut créer un précédent ?

Ce serait un très dangereux précédent parce que j'observe qu'on peut ne pas aimer Julian Assange mais ce qui se joue là, c'est pas une affaire de subjectivité de sentiments à propos du personnage de Julian Assange.

C'est une jurisprudence qui va être créée.Christophe Deloire

Et si Julian Assange est condamné, si dans un premier temps il est extradé vers les États-Unis, alors ça mettra en péril le travail de tous les journalistes qui travaillent sur la base d'informations qui leur sont fournies par des sources sur les affaires d'intérêt publique mais relatives à la défense nationale, au monde du secret sur lequel il est légitime que des informations soient diffusées si on veut éviter des abus. Et ça, même les plus grands médias américains l'ont bien compris. Récemment j'interrogeais à New York l'un des dirigeants du New York Times et quand je lui demandais 'Quel est le plus grand danger pour le journalisme dans votre pays', en premier il me citait Donald Trump mais en deuxième il citait l'affaire Assange.

Il est en prison à Belmarsh. Vous parlez de torture psychologique ?

Ce n'est pas nous qui utilisons ce terme de torture psychologique, c'est dans un rapport, le rapporteur spécial de l'ONU sur la torture Nils Melzer qui est allé le voir et qui dénonce des conditions d'incarcération qui sont tout à fait incceptables. Même ses droits à la défense sont bafoués, ses rendez-vous avec ses avocats sont limités, il est à l'isolement. Etant donné l'infraction qui officiellement aujourd'hui lui est reprochée, l'infraction au contrôle judiciaire, c'est tout à fait inadmissible de la part de la justice britannique. Les médecins dénoncent la dégradation de l'état de santé d'Assange et il y a même une grande inquiétude. 

Il est dans une situation de détresse morale et aujourd'hui physique qui est extrêmement grave.Christophe Deloire

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