Tour de France : Jalabert, Pantani, Cipollini... les têtes d'affiche de 1998 positives à l'EPO

Laurent Jalabert (G) à l\'entraînement, lors d\'une pause du Tour de France, le 24 juillet 1998, entre Tarascon-sur-Ariège et le Cap d\'Agde (Hérault).
Laurent Jalabert (G) à l'entraînement, lors d'une pause du Tour de France, le 24 juillet 1998, entre Tarascon-sur-Ariège et le Cap d'Agde (Hérault). (PATRICK KOVARIK / AFP)

Jacky Durand et Laurent Desbiens apparaissent également sur les documents publiés par la commission d'enquête sénatoriale sur l'efficacité de la lutte contre le dopage mercredi.

La Grande Boucle 1998, c'est celle de l'affaire Festina. Mais pas seulement. Selon le rapport dévoilé mercredi 24 juillet par la commission d'enquête sénatoriale sur l'efficacité de la lutte contre le dopage, auquel Le Monde a eu accès avant sa publication, les têtes d'affiche du Tour ont été contrôlées positifs à l'EPO cette année-là. Parmi elles, Laurent Jalabert, Jacky Durand (lauréat du prix de la combativité en 1998), et Laurent Desbiens (maillot jaune durant deux jours).

Francetv info revient sur ce nouveau coup de tonnerre dans le milieu du cyclisme.

Dans quel cadre ces tests ont-ils été effectués ? 

Dans le cadre de cette commission d'enquête créée fin février sur le dopage dans le sport en général, les sénateurs, grâce au concours du ministère des Sports, ont mis la main sur les bordereaux de prélèvements de cyclistes testés en 1998, où figurent leurs noms, et les ont mis en face des résultats des réanalyses effectuées fin 2004 par le laboratoire de Châtenay-Malabry. Les parlementaires ne donnent pas le résultat de ces recoupements dans leur rapport, mais fournissent en annexe les documents permettant d'identifier les coureurs. 

En 1998, l'érythropoïétine (EPO) était encore mal détectée. Des tests rétroactifs ont été pratiqués en 2004 afin d'éprouver un nouveau moyen de détection de l'EPO. "Nous avions accepté que toutes nos analyses soient conservées afin d'améliorer et d'accélérer la recherche en ce qui concerne la détection de l'érythropoïétine, et ce, à titre anonyme", explique Jacky Durand sur le site internet de la chaîne Eurosport, dont il est consultant. 

Depuis, une bataille s'est engagée afin de questionner l'intérêt de divulguer publiquement les noms de ces coureurs, qui ne risqueront de toute façon rien, à part l'opprobre publique, puisque les réanalyses de 2004 n'étaient en rien des contrôles antidopage. 

Quels coureurs sont concernés ? 

Outre Laurent Jalabert, Jacky Durand et Laurent Desbiens, se sont également révélés positifs à l'EPO le vainqueur de l'époque, l'Italien Marco Pantani, mort en 2004, et l'un de ses deux dauphins, l'Allemand Jan Ullrich. En revanche, l'Américain Bobby Julich, troisième de l'épreuve, ne fait pas partie des cyclistes ayant eu recours à ce produit dopant avec certitude, contrairement à ce qu'affirmait Le Monde.

Les sprinteurs allemand Erik Zabel et italien Mario Cipollini font aussi partie des coureurs dopés. Erik Zabel, jamais contrôlé positif, avait été exclu du Tour d'Italie 99 pour un taux d'hématocrite trop élevé. Les documents remis par le Sénat permettent aussi d'identifier les Italiens Andrea Tafi, Nicola Minali, Fabio Sacchi, le champion du monde espagnol Abraham Olano et ses compatriotes Marcos Serrano et Manuel Beltran, l'Allemand Jens Heppner et le Néerlandais Jeroen Blijlevens.

Les noms des Danois Bo Hamburger et de l'Américain Kevin Livingstone ressortent également parmis les coureurs dont des tests positifs à l'EPO ont été enregistrés en 1998 et 1999.

Quelle est leur ligne de défense ? 

A l'exception de Laurent Jalabert et Marco Pantani, tous les coureurs cités ont avoué avoir eu recours au dopage ou ont subi des contrôles positifs durant leur carrière. "J'assume", a immédiatement réagi Jacky Durand. Et d'ajouter : "Je pense, de toute façon, que personne n'est dupe." Interrogé par le Grand Soir 3 le 24 juin, Laurent Jalabert avait déclaré être "surpris" par les résultats de ces analyses, mais ne pas vouloir contester "la possibilité que ça puisse être vrai".

Selon le CPA, le syndicat des coureurs professionnels, "la publication d'une liste reviendrait (…) à une accusation de dopage sans aucun moyen de se défendre". Aucune contre-analyse ne sera en effet possible, les échantillons prélevés n'existant plus. "Je n'espère désormais qu'une chose : que le Sénat qui balance des noms en pâture apporte de véritables propositions en ce qui concerne les réformes antidopage", poursuit de son côté Jacky Durand.

Que proposent les sénateurs pour la lutte antidopage ? 

La commission d'enquête du Sénat a auditionné 84 personnes. Son rapport de 237 pages formule 60 propositions pour lutter contre le dopage, et pas seulement dans le cyclisme, car "tous les sports sont concernés", a précisé le président de la commission, Jean-François Humbert (UMP). Les sénateurs ont souhaité regrouper ces propositions en sept "piliers", selon leur propre terme : connaître, prévenir, contrôler, analyser, sanctionner, pénaliser et coopérer.

Ce rapport devrait être suivi d'une loi-cadre sur le sport mise en débat au Parlement en 2014.

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