Carlton de Lille : mon rendez-vous manqué avec le stupre et la luxure

Le premier étage de l\'hôtel Carlton de Lille (Nord), le 9 février 2015.
Le premier étage de l'hôtel Carlton de Lille (Nord), le 9 février 2015. (FABIEN MAGNENOU / FRANCETV INFO)

A la veille de l'audition de Dominique Strauss-Kahn au procès du Carlton, mardi 10 février, francetv info a passé une nuit dans le célèbre palace lillois. Verdict ?

Au Carlton de Lille (Nord), ce lundi 9 février, la soirée bat son plein. Deux informaticiens discutent de référencement tandis que je sirote une Ch'ti en écoutant Axelle Red. Quelques tables sont installées au Saint-James, le bar de l'accueil agrémenté d'une moquette aux carreaux écossais. Les fauteuils sont en bois, cela donne une touche pub à l'endroit. Le personnel est très agréable mais les joints sont un peu noirs sur le carrelage du sol des toilettes.

Bienvenue dans l'hôtel 4 étoiles le plus fameux du moment, dont le simple nom fait fantasmer la France. Sauf que l'ambiance est plutôt madame Michu que Michou. "Et tes parents, c'est comment ?" entend-on par exemple autour d'un bol de cacahuètes. Un couple de quinquagénaires discute tranquillement. Il n'y a pas foule. Quand soudain, vers 22h30, deux hommes font leur entrée.

"Bonsoir ! On vient pour la soirée avec DSK et Dodo la Saumure, c'est combien ? 

- Ce sera 5 000 euros pour vous… Plus sérieusement messieurs, s'il vous plaît, on a autre chose à faire.

- Rôôô, on déconne, c'est tellement beau à voir, c'est pour ça."

Fausse alerte. Avant, c'était pire encore. Des appels la nuit, à n'importe quelle heure, y compris de la part d'un couple de sexagénaires. "Au fil du temps, on a appris à faire preuve de souplesse", soupire l'agent d'accueil. Les choses se calment petit à petit, malgré le procès, malgré les médias. Les dessous de verre en papier et les chaussons emballés sous plastique portent fièrement le nom des lieux. Des scènes de chasse ornent les murs et des bijoux et sacs à main sont en vente derrière une vitre. Sur le site TripAdvisor, certains clients réclament un petit rafraîchissement de la déco. Et puis le voisin de chambre écoute la télé un peu fort.

Les chaussons du Carlton de Lille (Nord), lundi 9 février 2015.
Les chaussons du Carlton de Lille (Nord), lundi 9 février 2015. (F. MAGNENOU / FRANCETV INFO)

Paradoxalement, la fréquentation de l'établissement est en hausse, indique un interlocuteur bien informé. Selon certains médias, dont Le JDD, la médiatisation de l'affaire pourrait donc bénéficier à l'hôtel. Désormais, les visites touristiques du centre de Lille feraient même un crochet par la rue de Paris, à en croire le site Dailynord. Ce lundi, on croise pourtant peu de monde dans les couloirs, hormis quelques clients anglophones. L'un d'entre eux s'ennuie et passe de temps en temps dans le hall d'entrée.

Lors de l'ouverture du procès, DSK a expliqué qu'il n'avait jamais mis les pieds dans l'hôtel, que les parties fines se déroulaient ailleurs. C'est donc la qualité des prévenus qui a donné son nom à l'affaire, au premier rang desquels René Kojfer, l'ancien responsable des relations publiques de l'hôtel, Hervé Franchois, le propriétaire, et Francis Henrion, l'ancien directeur. Lors de sa garde à vue, ce dernier précise tout de même que pendant trois ans, deux à trois chambres par mois étaient louées à des prostituées dans deux hôtels lillois, dont le Carlton. "Carlton", c'est aussi le surnom d'un appartement voisin, selon Jade, une prostituée entendue pendant le procès.

"Ecoutez Chérie FM Saint-Valentin", lance la radio au rez-de-chaussée,  enchaînant Mistral gagnant de Renaud, En apesanteur de Calogero et un tube de Michael Jackson. Investi par la presse, l'établissement n'est pas très "graou graou". Des journalistes sont assis à la seule autre table occupée du bar. Venus couvrir l'audience, ils parlent de pipi sous la douche et d'autres détails trop crus pour être publiés. Un peu plus tard, c'est une chaîne d'info en continu qui s'avance : "Ah, iTélé, on dirait ?" L'équipe s'engouffre aussitôt dans l'ascenseur, recouvert de miroirs. Il est tard et, sur le piano muet, deux bouteilles de champagne Taittinger restent bouchées. Dis, tu viens plus aux soirées ?

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