Au procès du Carlton, "le tribunal n'est pas le gardien de l'ordre moral"

Dominique Strauss-Kahn, lundi 2 février 2015, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), où s\'est ouvert le procès de l\'affaire du Carlton.
Dominique Strauss-Kahn, lundi 2 février 2015, au tribunal correctionnel de Lille (Nord), où s'est ouvert le procès de l'affaire du Carlton. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Le président du tribunal, Bernard Lemaire, qui a rejeté la demande de huis clos des parties civiles, a souligné qu'il n'évoquerait pas les détails scabreux de l'affaire.

Son nœud papillon a étonné le rédacteur en chef Europe du Times, qui s'est accrédité, comme 190 autres journalistes, pour suivre le procès fleuve du Carlton. Bernard Lemaire, le président de la 6e chambre du tribunal correctionnel de Lille (Nord), n’est pas seulement connu pour ce détail vestimentaire. Selon La Voix du Nord, ce magistrat est célèbre pour "la minutie de ses instructions à l’audience et la connaissance des dossiers dans le moindre détail". Et surtout pour "sa vision apaisée et sereine de la justice".

A l’ouverture de l’audience, lundi 2 février, ce magistrat à la voix parfois paternaliste a tenu à donner le ton. Non, le procès de l'affaire dite "du Carlton" ne sera pas l'occasion d'un grand déballage sur la sexualité des prévenus, dont l’ex-patron du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn. "Le tribunal n’est pas le gardien de l’ordre moral. Il est celui du droit et de sa bonne application", a-t-il expliqué calmement, après avoir refusé la demande de huis clos des parties civiles et rejeté les requêtes en nullité de la défense. Et de promettre qu’il ne reviendrait pas "sur les détails et sur les anecdotes" scabreuses de cette affaire de proxénétisme aggravé.

Violation "industrielle" du secret de l’instruction

Comprendre : si les parties civiles, désormais au nombre de quatre, resteront libres de dire ce qu’elles veulent à la barre, Bernard Lemaire ne s’engagera pas sur un certain terrain en les auditionnant. Le président a ainsi tenu à apaiser les débats, déjà âpres en ce premier jour d’audience.

La défense a souligné à plusieurs reprises la violation "industrielle" du secret de l’instruction dans ce dossier sulfureux. Dénonçant l’insistance des juges dans leurs questions aux prévenus, le ténor du barreau Eric Dupond-Moretti a souligné la facilité avec laquelle les PV d’audition se sont retrouvés dans les mains de la presse. "Si un journaliste n’a pas en sa possession l’ordonnance de renvoi au tribunal correctionnel, c’est qu’il ne voulait vraiment pas l’avoir", a plaisanté l’avocat, qui représente David Roquet, l’un des deux entrepreneurs du dossier soupçonnés d’avoir organisé les parties fines pour DSK.

Moult détails sur les pratiques sexuelles des intéressés figurent en effet dans les éléments qui ont filtré.

Interrogations autour des écoutes administratives

Interrogé mardi matin sur France Info, Eric Dupond-Moretti s’est dit persuadé que cette affaire n’aurait pas lieu d’être sans le nom célèbre auquel elle est associée, DSK. Lui, comme ses confrères, s’interrogent sur les écoutes administratives (conduites avec l’aval du Premier ministre de l’époque, François Fillon) qui auraient mené à l’ouverture de l’enquête préliminaire, en février 2011, visant en premier lieu René Kojfer, l’ex-directeur de la communication de l’hôtel Carlton.

Pour quelle raison cet homme, connu du tout-Lille et notamment du milieu policier et politique, a-t-il été "branché" administrativement ? "Pratiquer des écoutes administratives dans une affaire de prostitution est illégal", a fait valoir devant le tribunal Hubert Delarue, l’avocat de René Kojfer. De quoi faire planer sur l’audience la thèse d’un complot ourdi pour faire tomber l'ex-favori socialiste à l'élection présidentielle. Un homme connu pour son libertinage, aujourd’hui jugé pour proxénétisme aggravé.

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