Affaire Sophie Le Tan : ce que l'on sait sur l'enquête après la découverte d'ADN sur une scie chez Jean-Marc Reiser

Des soutiens de la famille de Sophie Le Tan manifestent devant le tribunal de Strasbourg (Bas-Rhin), le 5 octobre 2018.
Des soutiens de la famille de Sophie Le Tan manifestent devant le tribunal de Strasbourg (Bas-Rhin), le 5 octobre 2018. (FREDERICK FLORIN / AFP)

L'ADN de la victime a été identifié sur le manche d'une scie saisie dans le garage du principal suspect. Ce dernier continue de nier son implication dans la disparition de l'étudiante strasbourgeoise.

Il s'agit peut-être d'un élément déterminant, plus de six mois après la disparition de l'étudiante strasbourgeoise Sophie Le Tan. Les enquêteurs ont découvert de l'ADN de la jeune femme, âgée de 20 ans, sur le manche d'une scie saisie dans la cave de Jean-Marc Reiser, le principal suspect dans cette affaire. "Ce que je peux vous dire, c'est que ce soir, avec les éléments qu'il y a dans le dossier, si monsieur Reiser passait aux assises, il serait déjà condamné", a commenté Gérard Welzer, l'avocat de la famille de Sophie Le Tan. Franceinfo fait le point sur le dossier.

Qu'ont découvert les enquêteurs ?

La juge Eliette Roux a mené une audition du suspect pendant près de huit heures à Strasbourg, la deuxième après celle réalisée au mois d'octobre. Cet interrogatoire a permis d'évoquer un élément scientifique important mis au jour par les enquêteurs, selon les informations de France 3. En effet, l'ADN de Sophie Le Tan a bien été découvert dans un échantillon de sang prélevé sur le manche d'une scie appartenant à Jean-Marc Reiser. Les résultats de cette expertise ont été versés il y a quelques jours au dossier.

Confronté à ce nouvel élément, Jean-Marc Reiser aurait donné "des explications confuses", selon les informations de France 3, mais il a de nouveau clamé son innocence. Son avocat Pierre Giuriato a reconnu qu'il avait été "question de cet objet" pendant l'audition. Il a toutefois évoqué "des rapports d'expertises (...) pas définitifs. Il faudra attendre qu'ils soient déposés pour pouvoir se prononcer là-dessus". A ses yeux, aucun lien ne peut "pour l'instant" être fait avec la disparue.

Autre élément troublant : des traces de sang retrouvées sur un pantalon de son client ont été "abordées" lors de cet interrogatoire, mais l'avocat du suspect n'a pas souhaité se prononcer à ce propos. Il a appelé à attendre "les rapports [définitifs] qui vont permettre ou non un éventuel lien entre Jean-Marc Reiser et la victime".

Comment réagit la famille de Sophie Le Tan ?

Pour Gérard Welzer, il n'y a "aucun doute sur la culpabilité" de Jean-Marc Reiser. "Les charges accablantes qui existaient contre lui existent toujours et sont de plus confortées" avec "un élément nouveau très important" et "accablant", a déclaré l'avocat des parties civiles. S'il n'a pas pu assister à l'interrogatoire, il a été autorisé à consulter le procès-verbal d'audition.

Selon lui, Jean-Marc Reiser a livré "un scénario abracadabrantesque" pour expliquer la présence de l'ADN de la victime sur cette scie. "Nous sommes déçus que [Jean-Marc Reiser] ait maintenu sa version. (...) On aurait espéré qu'il fasse des aveux", a réagi de son côté Laurent Tran Van Mang, un cousin de Sophie Le Tan. "La famille voudrait savoir ce qu'il s'est passé, c'était vraiment ce qu'on attendait aujourd'hui. D'où la déception."

Comment se défend Jean-Marc Reiser ?

Sophie Le Tan a disparu le 7 septembre au matin, alors qu'elle était partie visiter un appartement occupé par Jean-Marc Reiser à Schiltigheim, près de Strasbourg (Bas-Rhin). Et la perquisition menée par la police a mis en évidence la présence de sang. D'après Gérard Weltzer, interrogé par France 2"tout a été nettoyé : la baignoire, le lavabo…" Selon l'avocat de la famille, Jean-Marc Reiser "ne peut plus nier qu'elle soit venue chez lui".

Au tout début de l'enquête, Jean-Marc Reiser avait pourtant déclaré ne pas connaître Sophie Le Tan. Après avoir pris connaissance de ces éléments, il a donc changé de version lors d'un interrogatoire. L'homme a raconté avoir croisé la jeune femme à la faculté, alors qu'elle était blessée à la main. Celle-ci aurait accepté son aide et serait montée à son domicile avant de repartir peu après. Jean-Pierre Reiser aurait alors fait le ménage dans l'appartement.

La découverte de l'ADN de Sophie Le Tan sur le manche de la scie ne change rien à l'affaire, selon l'avocat Pierre Giuriato. Ce dernier précise que son client a nié une nouvelle fois son implication dans la disparition de la jeune femme et maintenu sa version du 5 octobre dernier. Placé en détention à la mi-septembre, sa demande de remise en liberté a été rejetée le 28 février dernier.

Quels sont les autres éléments accablants ?

Le jour de sa disparition, Sophie Le Tan était partie visiter un appartement à Schiltigheim, en répondant à une annonce immobilière mise en ligne par Jean-Marc Reiser sur le site LeBonCoin. Mais dès le mois d'octobre, franceinfo apprenait que la photo utilisée par le suspect pour illustrer l'annonce immobilière avait été prise dans le logement de sa mère. Pour Gérard Weltzer, avocat de la famille de Sophie Le Tan, cet élément suggère que Jean-Marc Reiser avait passé l'annonce pour "tendre un piège".

Ces derniers jours, la chaîne BFMTV a avancé une autre piste. Selon ses informations, le téléphone portable de la jeune femme a "borné" une dernière fois à 14h49 par un relais qui couvre la forêt de Robertsau, proche du domicile de Jean-Marc Reiser. Lors des perquisitions chez lui, dans la cave et le voiture du suspect, les enquêteurs ont notamment découvert des bidons d’essence, une bouteille d’alcool, des allumettes, des bâches plastique et une paire de chaussures de marche recouvertes de terre, rapporte France 3 Grand-Est. Autant d'éléments qui accréditent la thèse d'un déplacement dans une zone boisée.

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