VIDEO. "Joël Le Scouarnec nous a roulés dans la farine" : comment le "chirurgien de Jonzac" a-t-il pu exercer jusqu'en 2017 ?

En 2005, le chirurgien Joël Le Scouarnec avait été condamné en Bretagne pour détention d'images pédopornographiques. L'année suivante, un psychiatre avait alerté sur sa dangerosité présumée. Pourquoi cette condamnation et cette alerte n'ont-elles eu aucune conséquence sur sa carrière, qu'il a pu poursuivre à Jonzac, en Charente-Maritime, jusqu'à son arrestation en 2017 ?

C'est un procès hors normes qui s'ouvre ce 13 mars 2020. L'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec comparaît pour viols et agressions sexuelles sur quatre mineures, mais il est soupçonné d'avoir fait des centaines de victimes. Aurait-il profité de son statut de médecin pour abuser sexuellement des enfants sous anesthésie ou endormis dans leur chambre d'hôpital ? Dans son journal intime, il fait le récit glaçant de ces actes présumés.

L'ancien chirurgien a pu exercer jusqu'à son arrestation, en 2017. Il avait pourtant été condamné en 2005 à quatre mois de prison avec sursis pour détention d'images pédopornographiques. A l'hôpital de Quimperlé, où il avait exercé par la suite, un psychiatre l'avait appris par hasard et avait donné l'alerte sur ce médecin qu'il jugeait "dangereux".

La directrice de l'hôpital de Jonzac était-elle au courant de ses antécédents ?

Mais cette condamnation et l'alerte du psychiatre n'ont aucune conséquence sur la carrière de Joël Le Scouarnec. En 2008, il quitte la Bretagne pour la Charente-Maritime et l'hôpital de Jonzac. Selon lui, la directrice qui l'a recruté aurait été informée de ses antécédents.

Face à la journaliste d'"Envoyé spécial", l'ancienne directrice aujourd'hui à la retraite nie avoir connu son passé judiciaire, arguant qu'"il n'en est pas à son premier mensonge". Auditionnée par les enquêteurs en 2017, elle avait pourtant affirmé le connaître. Pourquoi n'avait-elle pas pris de mesures ? "Comme il n'y avait pas eu d'agressions physiques, ce genre de précautions ne m'a pas paru nécessaire", s'était-elle alors justifiée.

Un praticien de l'établissement connaissait sa condamnation

La directrice n'aurait pas été la seule à connaître cette condamnation. A l'hôpital, au moins un autre praticien était au courant. Joël Le Scouarnec la lui aurait confiée lui-même au détour d'une conversation, "trois à quatre mois après" son arrivée à Jonzac. Filmé à son insu, le praticien affirme que Joël Le Scouarnec lui aurait raconté être "tombé" par hasard sur des sites pédopornographiques... et serait désormais "absous". "Joël Le Scouarnec nous a roulés dans la farine", dit-il. Le chirurgien est resté une dizaine d'années en activité à l'hôpital de Jonzac – jusqu'à son arrestation.

Extrait de "Affaire Le Scouarnec : un silence coupable ?", une enquête à voir dans "Envoyé spécial" le 12 mars 2020.

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