VIDEO. Mort d'Adama Traoré en 2016 : sa famille dénonce "un déni de justice" et "la volonté d'étouffer l'affaire avec le temps"

FRANCEINFO / RADIOFRANCE

Dans une tribune publiée mercredi sur le site de L'Obs, la soeur d'Adama Traoré, tué lors d'une interpellation par les gendarmes dans le Val d'Oise, en appelle au président de la République et à la ministre de la Justice. Elle dénonce sur franceinfo jeudi une situation "inacceptable".

Deux ans après la mort d'Adama Traoré, 24 ans, lors d'une interpellation par les gendarmes, à Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise), le 19 juillet 2016, et alors que la publication d'une expertise médicale a encore été reportée à septembre 2018, sa sœur, Assa Traoré, a dénoncé, jeudi 19 juillet, sur franceinfo, une situation "inacceptable". Pour elle, il s'agit d'"un déni de justice et la volonté d'étouffer l'affaire avec le temps." "Aujourd'hui, l'affaire Adama Traoré appartient à toute la France, c'est pour cela que nous faisons cette lettre ouverte à Monsieur le président, parce qu'il est garant de nos droits, et, aujourd'hui, c'est la France qui demande des comptes et justice pour Adama", a-t-elle ajouté.

Dans une tribune publiée mercredi sur le site de L'Obs, vous en appelez au président de la République et à la ministre de la Justice, et écrivez : "La mort de mon frère mérite des réponses".

Ça fait deux ans que nous sommes dans l'attente, deux ans que mon frère a été tué. Les gendarmes n'ont toujours pas été entendus, n'ont toujours même pas été inquiétés ou mis en examen. C'est la troisième expertise médicale qui va être faite.

Quelles sont les questions que vous vous posez, encore, aujourd'hui, sur la mort de votre frère ?

Comment se fait-il qu'un jeune homme, que mon petit frère, meurt, le 19 juillet, le jour de son anniversaire, le jour de ses 24 ans ? Que beaucoup de mensonges ont été démontrés, que les témoignages des pompiers vont révéler que les gendarmes vont mentir délibérément, et qu'il n'y a toujours rien ? Pourquoi les gendarmes n'ont-ils toujours pas été entendus par la justice ? Comment se fait-il qu'aujourd'hui on puisse mourir dans des conditions pareilles ?

Avez-vous été reçus par la juge d'instruction ?

Oui, l'année dernière, à la même période. Elle nous a dit qu'elle en ferait sa priorité, qu'en septembre 2017 elle rendrait son rapport et qu'elle demanderait sa conclusion d'expertise le plus rapidement possible. Et aujourd'hui, toujours rien… Aucun acte n'a pu être fait en un an. Nous attendons la date de la reconstitution, par rapport à la conclusion d'expertise. Aujourd'hui, j'ai envie de dire que la juge ne devrait même pas attendre cette conclusion d'expertise : trois expertises sont sorties qui viennent dire que mon frère est bien mort asphyxié. Pour nous, c'est inacceptable, c'est un déni de justice, et la volonté d'étouffer l'affaire avec le temps.

Selon vous, les réponses sont trop gênantes ?

Oui, je pense que c'est trop gênant. On veut jouer avec le temps. Ils ont la volonté d'étouffer l'affaire de mon frère. Aujourd'hui, l'affaire Adama Traoré appartient à toute la France, c'est pour cela que nous faisons cette lettre ouverte à Monsieur le président, parce qu'il est garant de nos droits, et, aujourd'hui, c'est la France qui demande des comptes et justice pour Adama.

Une contre-expertise, l'an dernier, a conclu à une fragilité cardiaque de votre frère. Ce sont des hypothèses qui ne tiennent pas, pour vous ?

C'est, aujourd'hui, le seul moyen de défense des gendarmes sur la mort de mon frère. Je reviens sur ces témoignages de pompiers révélés il y a deux ans, qui vont nous dire que ces gendarmes n'ont apporté aucun soin à mon petit frère, et l'ont laissé jeté à terre dans cette cour de gendarmerie sans lui apporter des soins et avec les menottes aux poignets. Les pompiers ont dû insister pour qu'ils lui retirent ses menottes. La mort de mon frère est déclarée à 19h05 sans qu'aucun gendarme dans cette gendarmerie ne lui apporte un soin.

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