Mort d'Adama Traoré : les avocats des deux parties donnent des versions opposées de ce qu'a dit un témoin-clé devant les juges

Assa Traoré, la sœur d\'Adama Traoré, le 13 juin 2020 à Paris.
Assa Traoré, la sœur d'Adama Traoré, le 13 juin 2020 à Paris. (NATHANAEL CHARBONNIER / RADIO FRANCE)

Ce témoin est l'homme chez qui Adama Traoré s'était réfugié avant d'être interpellé par les gendarmes, en juillet 2016.

Les juges d'instruction chargés de l'enquête sur la mort d'Adama Traoré, ont interrogé jeudi 2 juillet deux témoins-clés au palais de justice de Paris. Parmi ces témoins figure l'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié avant d'être interpellé par les gendarmes et de mourir dans la cour de la caserne de Persan, dans le Val d’Oise. C’était en juillet 2016

Ce témoin a expliqué en 2016 aux enquêteurs qu'Adama Traoré était très essoufflé lorsqu'il est entré chez lui au point de ne pas réussir à parler. A partir de ce témoignage, des experts médicaux vont conclure qu'Adama Traoré était déjà en état de détresse respiratoire avant d'être interpellé, et ainsi dédouaner l'intervention des gendarmes.

>> Affaire Adama Traoré : la famille demande à nouveau une reconstitution des circonstances de la mort

Ce jeudi, ce témoin a donc été de nouveau entendu, mais cette fois par les juges d'instruction. L'avocat de la famille d'Adama Traoré et ceux des gendarmes, qui étaient présents lors de cette audition, ont livré à franceinfo deux versions opposées de ce qu'a dit ce témoin aux juges. "Aujourd'hui ce témoin s'est rétracté", a assuré l'avocat de la famille d'Adama Traoré Yassine Bouzrou. "Il a fait une déclaration totalement différente de ce qu'il avait pu dire à l'époque aux gendarmes enquêteurs et il a affirmé que les éléments contenus dans son procès-verbal d'audition étaient faux." "Aujourd'hui, il a dit qu'Adama Traoré ne souffrait pas de détresse respiratoire avant l'interpellation et qu'il n'avait jamais dit ça", poursuit Me Bouzrou.

Les avocats des gendarmes demandent la clôture de l'instruction

Mais dans le huis-clos du cabinet des juges, les avocats des gendarmes n’ont absolument pas entendu la même chose. Rodolphe Bosselut estime que le témoin a "conforté la version qui était la sienne", et même apporté une précision capitale "sur (...) l'état d'épuisement dans lequel Adama Traoré arrive à son domicile", souligne-t-il, "en ayant même indiqué qu'Adama Traoré lui aurait dit, avant que les gendarmes ne l'interpellent, 'je vais mourir'".

L’audition de ce témoin doit conduire à mettre les gendarmes hors de cause estiment leurs avocats, dans cette affaire où deux versions irréconciliables s’affrontent depuis quatre ans. Dans un communiqué, les avocats des trois gendarmes annoncent qu'ils vont déposer dans les prochains jours une demande de clôture de l'instruction, aboutissant à la mise hors de cause définitive de leurs clients

Adama Traoré, jeune homme de 24 ans, est mort le 19 juillet 2016 dans le Val-d'Oise à la suite d'une interpellation. Ses proches sont convaincus que son décès a été provoqué par un plaquage ventral, ce que réfutent les trois gendarmes qui l'ont interpellé.

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