Affaire Adama Traoré : après la contre-expertise, l'avocat de la famille estime qu'il n'y a "pas d'autre solution" que de poursuivre les gendarmes

Me Yassine Bouzrou, lors de procés de Franck Ribery et de Karim Benzema dans l\'affaire \"Zahia\", au tribunal de Paris, le 20 janvier 2014.
Me Yassine Bouzrou, lors de procés de Franck Ribery et de Karim Benzema dans l'affaire "Zahia", au tribunal de Paris, le 20 janvier 2014. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Une contre-expertise médicale établit que les conditions d'interpellation seraient la seule cause de la mort d'Adama Taroré. Me Yassine Bouzrou appelle les magistrats à "en tirer toutes les conclusions".

Alors que les juges d’instruction ont terminé leurs investigations sans prononcer de mise en examen, la famille d'Adama Traoré leur a transmis lundi 11 mars une contre-expertise médicale. Le jeune homme est mort en juillet 2016, deux heures après son interpellation par trois gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val d’Oise). 

Le rapport conclut qu'il existe "une seule cause de la mort : les conditions d'interpellation" selon Yassine Bouzrou, avocat de la famille d’Adama Traoré. Invité de franceinfo, mercredi 13 mars, l'avocat demande aux magistrats de "mettre de côté l'expertise précédente" et "de tirer toutes les conclusions de cette expertise, en poursuivant ces gendarmes".

franceinfo : Que dit cette contre-expertise médicale transmise à l'instruction par la famille d'Adama Traoré ?

Yassine Bouzrou : Ce rapport a été réalisé par quatre médecins experts spécialistes des maladies rares, c'est-à-dire des maladies qui ont été mises en avant pour justifier la mort de M. Traoré. Ces experts affirment clairement qu'il existe une seule cause de la mort : les conditions d'interpellation, la violence de cette interpellation et notamment cette méthode très décriée : le plaquage ventral. Adama Traoré a pris le poids de ces gendarmes durant l'interpellation, il y a donc eu une compression thoracique qui a provoqué une asphyxie. Selon ce nouveau collège d'experts, c'est la seule cause du décès.

Une autre expertise, en octobre 2018, disait l'inverse : les médecins affirmaient que le pronostic vital d'Adama Traoré était engagé avant même l'interpellation, du fait de sa maladie génétique. Comment expliquez-vous que ces deux rapports sont totalement contradictoires ?

Le rapport précédent avait été réalisé par des médecins incompétents. Ce n'est pas péjoratif, c'est seulement qu'ils n'avaient aucune compétence concernant les pathologies rares mises en avant. Ils ont donc fait une expertise sur des maladies qu'ils ne maîtrisent pas, à la différence des nouveaux experts qui sont eux des spécialistes de ces pathologies. Je pense qu'on doit mettre de côté l'expertise précédente car elle a été réalisée par des médecins qui ne maîtrisaient pas ces notions. La deuxième chose, c'est que l'expertise précédente affirmait qu'Adama Traoré était mort car il avait couru 400 mètres en 15 minutes. Au-delà des questions médicales, il y avait déjà une interrogation légitime car il est assez simple de comprendre qu'on ne peut pas mourir en courant 400 mètres. Cette expertise était de très mauvaise qualité avec des experts qui n'avaient pas les clés, les réponses et qui ont certainement bâclé ce travail pour nous dire qu'Adama Traoré était mort après avoir couru.

Que va changer ce rapport à la procédure judiciaire ?

Ce rapport a été transmis dans les délais prévus par la loi. Cette expertise de synthèse a été réalisée par plusieurs experts. Donc, logiquement, dans un État de droit, si les magistrats décident d'appliquer la loi et de respecter les textes en vigueur, ils n'ont pas d'autre solution que de prendre en compte ce rapport médical extrêmement important et d'en tirer toutes les conséquences. Aujourd'hui, nous demandons aux magistrats de respecter la loi, c'est-à-dire d'entendre les gendarmes en ce qui concerne les violences, car l'information judiciaire est ouverte notamment de ce chef, et bien sûr de tirer toutes les conclusions de cette expertise, en poursuivant ces gendarmes.

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