Crash de la Germanwings : Lubitz avait vu 41 médecins en cinq ans

Le procureur Brice Robin, le 11 juin 2015, à Paris.
Le procureur Brice Robin, le 11 juin 2015, à Paris. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Le procureur de Marseille a annoncé cette décision, jeudi, aux familles des victimes. Il s'agit du premier pas vers l'ouverture d'une information judiciaire.

Près de trois mois après la tragédie qui a fait 150 morts, l'enquête sur l'accident de l'avion de la Germanwings va être confiée à trois juges d'instruction. Il s'agit du premier pas vers l'ouverture d'une information judiciaire. Les juges se pencheront notamment sur la détection de l'état de santé mentale du copilote, qui a provoqué le crash, a rapporté l'un des participants à une rencontre, jeudi 11 juin à Paris, entre le procureur de Marseille (Bouches-du-Rhône) et des familles de victimes.

Une enquête ouverte pour homicide, pas pour assassinat

"Le droit pénal français m'interdit d'ouvrir une information judiciaire pour assassinat puisque l'auteur est décédé", a expliqué Brice Robin. Le procureur a rencontré près de 200 proches des victimes tout l'après-midi dans une annexe du ministère des Affaires étrangères à Paris, pour répondre à leurs interrogations.

Il leur a annoncé "sans ambiguïté qu'il allait ouvrir une information judiciaire et que trois juges du pôle accidents collectifs de Marseille allaient enquêter au titre de l'homicide", a confié à la presse Stéphane Gicquel, président de la fédération des victimes d'accidents collectifs.

La responsabilité de Lufthansa au cœur de l'enquête

Cette enquête va chercher à déterminer l'existence ou non "de fautes ou de manquements dans la détection de l'état de santé de Lubitz par la compagnie Lufthansa", la maison-mère de Germanwings, a-t-il expliqué. L'A320 s'est écrasé le 24 mars dans les Alpes-de-Haute-Provence, précipité au sol par son copilote allemand, Andreas Lubitz.

Selon le procureur de Marseille, il souffrait d'une grave dépression, d'une "psychose accompagnée de troubles de la vue". Il craignait de "perdre la vue", a-t-il ajouté. Il avait vu "41 médecins en cinq ans", sept dans le mois précédant le crash dont "un généraliste, un psychiatre, un ORL", a détaillé Brice Robin. "Certains de ces médecins ont été entendus en audition libre par les autorités judiciaires allemandes", a-t-il ajouté.

La mauvaise santé de Lubitz ne fait plus de doute

D'après les premiers éléments, Andreas Lubitz se plaignait de ne voir que "30% des objets" et de subir des "flashs lumineux", ce qui l'"angoissait" au point de ne plus dormir. A certains de ses proches, il avait même déclaré que "la vie, compte tenu de cette perte de vue, n'avait plus aucun sens".

Les nombreux médecins d'Andreas Lubitz, en arrêt maladie du 22 au 24 février, puis du 16 au 22 mars, soit deux jours avant le vol fatal, n'avaient pas fait remonter ces informations "en raison du secret médical", et de l'absence de toute obligation. "Comment gérer le secret médical et la sécurité des vols quand on a un pilote fragile, s'est interrogé le procureur. C'est la question à laquelle vont devoir répondre les juges d'instruction."

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