Crashs des 737 MAX : des messages accablants de salariés de Boeing dénigrant le régulateur de l'aérien américain dévoilés

Un Boeing 737 MAX sur un tarmac à Renton, dans l\'Etat de Washington, le 12 mars 2019.
Un Boeing 737 MAX sur un tarmac à Renton, dans l'Etat de Washington, le 12 mars 2019. (JASON REDMOND / AFP)

Ces conversations ont été révélées par des parlementaires américains qui enquêtent sur la procédure d'homologation du 737 MAX, dont deux accidents rapprochés ont fait 346 morts.

"Cet avion est conçu par des bouffons, qui, en retour, sont supervisés par des singes." Le Congrès américain a divulgué, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 janvier, d'anciens messages internes de salariés de Boeing qui dénigrent le régulateur du secteur aérien américain (FAA). Ils ont été transmis en décembre 2019 par le constructeur aéronautique, par souci de "transparence".

Ces révélations risquent d'abîmer encore les relations avec les autorités et de compliquer la remise en service de l'avion 737 MAX. Ces messages, consultés par l'AFP, ont été diffusés par les parlementaires qui enquêtent sur la procédure d'homologation du 737 MAX, dont deux accidents rapprochés ont fait 346 morts. Le système anti-décrochage MCAS a été mis en cause dans ces deux crashs, sur les compagnies Lion Air et Ethiopian Airlines.

"Mettrais-tu ta famille dans un simulateur MAX ?"

Dans ces communications, des employés se vantent de pouvoir faire certifier le 737 MAX avec un minimum de formation pour les pilotes. Ils y font état des problèmes rencontrés avec les simulateurs, qui reproduisent les conditions de vol réelles, explique l'avionneur. 

"Je n'ai toujours pas été pardonné par Dieu pour ce que j'ai dissimulé l'an dernier", écrit un de ces employés dans un message de 2018, en référence aux interactions avec le régulateur. "Je sais mais le régulateur n'a que ce qu'il mérite après avoir cherché à s'immiscer dans nos affaires. Il ralentit le progrès", écrit un autre en août 2015. "Mettrais-tu ta famille dans un simulateur MAX ? Non, je ne le ferais pas", dit un employé à un collègue dans un autre échange. "Non", lui répond aussi ce dernier.

Ces courriels "sont incroyablement accablants. Ils esquissent un tableau troublant de ce que Boeing était prêt apparemment à faire pour éviter un examen approfondi de la part des régulateurs, des équipages et des passagers", fustige Peter DeFazio, le président démocrate de la commission des transports à la Chambre des représentants. "Ils montrent un effort cordonné dès les premiers jours du programme 737 MAX pour dissimuler des informations importantes aux régulateurs et au grand public", dénonce encore l'élu.

Des regrets et des excuses de Boeing

"Certaines de ces communications contiennent un langage provocateur et, dans certains cas, soulèvent des questions sur les interactions de Boeing avec la FAA et le processus de qualification des simulateurs", souligne Boeing. "Nous regrettons le contenu de ces communications, et nous excusons auprès de la FAA, du Congrès, des compagnies aériennes clientes et des passagers", conclut le constructeur aéronautique et aérospatial américain.

Ce n'est pas la première fois que des salariés de Boeing travaillant sur le 737 MAX se moquent de la FAA. En octobre 2019, le Congrès américain avait déjà révélé des messages internes d'un ancien pilote d'essai de Boeing, Mark Forkner, évoquant des problèmes sur le simulateur de vol du 737 MAX dès 2016, soit deux ans avant le premier accident tragique. Mark Forkner n'avait toutefois pas fait part des problèmes à la FAA, ce qui avait conduit le régulateur à ne pas exiger de formation spécifique des pilotes. "En gros, ça veut dire que j'ai menti aux régulateurs", écrivait-il alors à un collègue.

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