Accident entre un car et un TER à Millas : "Il faut surtout écouter l'enfant", estime la psychanalyste Claude Halmos

Après la violente collision entre un car scolaire et un train le 14 décembre, la psychanalyste Claude Halmos explique l\'importance de la prise en charge des jeunes victimes. 
Après la violente collision entre un car scolaire et un train le 14 décembre, la psychanalyste Claude Halmos explique l'importance de la prise en charge des jeunes victimes.  (MAXPPP)

Après la collision mortelle entre un car et un TER dans les Pyrénées-Orientales, jeudi, la psychanalyste Claude Halmos estime qu'"il faut surtout écouter l'enfant". Selon elle, la suite de ce drame sera pour les enfants "un long travail de remontée à la surface".

Après la collision mortelle entre un car et TER à Millas, dans les Pyrénées-Orientales, jeudi 14 décembre, la question de la gestion du traumatisme psychologique des enfants concernés se pose. Claude Halmos, psychanalyste, assure qu'il faut surtout "écouter l'enfant" pour l'aider à traverser ce drame. "Il va falloir les accompagner longtemps", estime-t-elle.

franceinfo : Ce sont des enfants qui sont victimes. Quels sont les premiers réflexes à avoir après un tel choc ? 

Claude Halmos : Ces enfants viennent d'être projetés dans un enfer total. (...) Cet enfer reste dans leur tête. La première chose, c'est qu'ils puissent trouver des personnes qui les accueillent, les entourent, les prennent dans leur bras et leur parlent. Mais il faut surtout qu'ils retrouvent leurs parents, qui sont pour eux l'élément de sécurité essentiel. Ces parents ne vont pas trouver des phrases psychologiques merveilleuses, qui de toute façon ne servent à rien. Un enfant qui vient de vivre un enfer pareil, il faut le prendre dans ses bras, ce que font les parents spontanément. Il faut s'occuper de savoir s'il a froid, s'il a besoin de boire un verre d'eau et après il faut essayer de lui parler. (...) Il faut surtout écouter l'enfant. Ça ne veut pas dire qu'il va faire des discours, ça veut dire même l'écouter pleurer. Certains enfants ne vont d'ailleurs pas pouvoir pleurer parce qu'ils vont être absolument sidérés et il y a de quoi. Ils ont les mêmes réactions que les adultes mais c'est encore plus difficile pour eux parce que ce sont des êtres en construction, fragiles, et que tout d'un coup quelque chose d'impensable leur arrive. 

Ils sont confrontés à la mort, ce qui est quelque chose d'extrêmement violent pour des jeunes enfants ? 

Être confronté à la mort, c'est le principe même du trauma et c'est terrible, même pour des adultes (...). Pour un enfant, c'est absolument terrifiant. Ce n'est même pas certain que, dans un premier temps, quand ça arrive si vite et d'une façon aussi terrible (...), les enfants réalisent qu'il s'agit de la mort. C'est comme une scène monstrueuse de film ou de cauchemar mais c'est pour de vrai. Il faut vraiment réussir à les sortir de là. (...)  Les gens pensent souvent qu'il faut leur dire des trucs épatants mais il n'y a pas de truc épatant à dire dans ces cas-là. Il y a à prendre dans les bras et écouter. L'enfant, s'il peut pleurer et se rendre compte que ses parents ont eu peur mais qu'ils se sont tous retrouvés, il pourra après demander ce qui s'est passé, où sont ses copains qui ne sont plus là. Ça va être absolument terrible d'arriver à pouvoir dire avec des mots que certains de ses amis ne sont plus là. 

Les parents ne sont pas formés pour avoir les bons mots, surtout dans les jours, les semaines et les mois qui suivent. C'est un suivi psychologique au long cours ?

Il n'y a pas de bons mots. Les parents peuvent très bien sentir comment aider leurs enfants et peu importe les mots qu'ils vont dire, au fond. Ce qui est important, c'est que l'enfant sache qu'on l'écoute, qu'on prend sa souffrance au sérieux. (...) C'est une légende que les psys ont les bons mots ! Les psys ont les mots qu'ils trouvent et, quand une chose pareille arrive, ils sont eux-mêmes submergés par l'émotion. Par contre, ça va être un long travail de remontée à la surface. Ça va dépendre aussi de comment étaient ces enfants avant parce que ce qui s'est passé là va se nouer à ce qu'ils avaient déjà dans la tête à ce moment-là, consciemment et inconsciemment. Il va falloir les accompagner longtemps (...) Ce sont des cauchemars qui reviennent, des angoisses, des peurs tout à coup et il faudra surtout expliquer. (...) Et surtout il faudra dire que ce qui s'est passé est quelque chose d'exceptionnel, pour qu'ils n'imaginent pas que des horreurs comme ça peuvent survenir à n'importe quel moment parce que ça les ferait vivre dans la peur. 

Claude Halmos, psychanalyste, répond aux questions de Jean-François Achilli.
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