Quatre questions sur la consultation proposée au "peuple de gauche" par le PS avant les régionales

Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, aux côtés de la secrétaire nationale d\'EELV, Emmanuelle Cosse, le 28 août 2015 à La Rochelle (Charente-Maritime).
Le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, aux côtés de la secrétaire nationale d'EELV, Emmanuelle Cosse, le 28 août 2015 à La Rochelle (Charente-Maritime). (STEPHANE MAHE / REUTERS / X02520)

Depuis des semaines, les socialistes appellent en vain à l'unité les partenaires traditionnels du PS pour les régionales des 6 et 13 décembre. Le patron du PS a fait samedi cette proposition étonnante, qui soulève des questions. 

Face au risque d'une déroute aux élections régionales, le patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a appelé le "peuple de gauche" à se prononcer par "référendum" mi-octobre pour imposer l'unité. Cette proposition, formulée samedi 19 septembre, est inédite dans l'histoire des élections françaises. Elle soulève de nombreuses questions. Francetv info en fait le tour.

Pourquoi Cambadélis propose-t-il cette consultation ?

Depuis des semaines, le PS appelle en vain à l'unité ses partenaires traditionnels pour les régionales des 6 et 13 décembre. Le Premier secrétaire tente ainsi, dans un effort qui peut paraître un peu désespéré, de contourner les états-majors au profit d'une "alliance populaire". "La volonté d'unité dans l'électorat de gauche et des écologistes est considérable. Elle est à plus de 70%, y compris dans le Front de gauche", croit savoir Jean-Christophe Cambadélis, se référant à des sondages.

Le parti EELV est clairement dans le viseur du socialiste. Suivant les régions, les écologistes ont déjà décidé l'autonomie ou une alliance avec le Front de gauche, et non avec le PS, allié naturel des Verts. Les militants écologistes ont même rejeté une alliance PS-EELV en Provence-Alpes-Côte d'Azur et Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en dépit du risque d'une victoire du Front national. Pour Jean-Christophe Cambadélis, cette stratégie vise à "faire demain un Syriza ou un Podemos" en France. Et aussi, "tout le monde a compris", à élaborer "les postures en vue de l'élection présidentielle".

Quelle forme prendra ce référendum ?

Cette consultation se déroulera sur trois jours, du 16 au 18 octobre. "La question sera assez simple : elle portera sur 'Oui ou non à l'unité dès maintenant pour les élections régionales ?'" d'après Jean-Christophe Cambadélis, qui précise que "c'est ouvert au peuple de gauche. La seule chose que l'on va demander" aux votants, "c'est qu'on laisse nom, prénom, adresse et surtout mail. Donc, cela permettra d'avoir un minimum de contrôle."

Où les aspirants votants pourront-ils se rendre pour faire entendre leur voix ? "Il y aura à la fois des urnes sur chacun des marchés de France, où l'on pourra voter, et, en même temps, nous aurons un site internet dédié qui permettra de voter en ligne", a précisé le Premier secrétaire du PS.  

Combien de personnes pourraient participer ?

Difficile d'avoir une idée du nombre de personnes qui pourraient participer, mais Jean-Christophe Cambadélis table sur plusieurs millions de sympathisants. "Nous ne pensons pas qu'il y aura dix millions de votants. Le débat, sur ces trois jours, sera très important et intense." "Nous prenons notre risque", a admis le patron du PS, face au fait que l'initiative pourrait faire un flop en terme de participation.

Comment cette proposition est-elle accueillie à gauche ?

Sans surprise, l'aile gauche du PS voit cette consultation plutôt d'un mauvais œil. Le frondeur Christian Paul estime, dans le JDD, "qu'il ne suffit pas de lancer un appel et de brandir la menace du FN. En faisant cela, nous passons largement à côté des causes du divorce entre le gouvernement et le peuple de gauche. Il faut faire un inventaire de la politique menée." 

L'écologiste Yannick Jadot ironise, via Twitter, sur cette initiative du PS, reprochant à Jean-Christophe Cambadélis de consulter les Français sur une question électorale et non politique, et de mettre à mal la promesse de François Hollande sur la proportionnelle.

Son collègue David Cormand, numéro 2 d'EELV, se montre tout aussi négatif, dans le JDD"Dans la situation du PS, aucune manœuvre ne sera suffisamment habile pour être efficace." Il souligne par ailleurs que la consultation sera organisée le même week-end que le congrès de l'Union des écologistes, le nouveau parti de Jean-Vincent Placé. Coïncidence ? David Cormand préfère en sourire. "La ficelle est quand même de la taille d'un téléphérique." 

"Cambadélis ne sait plus comment faire parce que Hollande et Valls ont explosé la gauche", a vivement réagi Jean-Luc Mélenchon sur France Inter. Ajoutant une formule dont il a le secret : "Le pistolet Front national sur la tempe pour nous faire faire n'importe quoi, y en a marre." 

Pour Cécile Duflot, ancienne patronne d'Europe Ecologie-Les Verts, "Jean-Christophe Cambadélis regarde les choses un peu à l'ancienne. Il considère que ce sont les partis politiques qui décident pour les électeurs." Invitée de France 3, elle a précisé sa pensée : "Le référendum va être très simple, il aura lieu au mois de décembre, parce que chaque citoyen de ce pays et chaque citoyenne aura un bulletin de vote."

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