"Soulagement", "pari réussi", "tâche immense"... L'élection d'Emmanuel Macron vue par la presse étrangère

Emmanuel Macron, le nouveau président de la République, au Louvre à Paris, le 7 mai 2017.
Emmanuel Macron, le nouveau président de la République, au Louvre à Paris, le 7 mai 2017. (PHILIPPE LOPEZ /AFP)

L'élection du candidat d'En marche ! à la présidentielle est saluée par la presse internationale, mais certains médias pointent la "tâche immense" qui attend le nouveau président.

"Maturité politique", "soulagement, "une France libérée"... Au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, la presse internationale se félicite de la victoire de l'ancien ministre de l'Economie, mais le met en garde contre les nombreux chantiers qui l'attendent : la montée de l'extrême droite, l'avenir de l'Union européenne et la relance de l'économie.

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Un outsider

Agé de 39 ans, Emmanuel Macron est le plus jeune président de la Ve République. Encore peu connu à l'étranger il y a quelques mois, le quotidien danois Jyllands-Posten salue à sa une : "Une jeune comète à la tête de la France". Le journal suisse Le Temps titre "Génération Macron" et évoque le choix d'un "homme neuf". La Tribune de Genève affirme que "cette victoire d'un candidat hors parti est inédite" et que sa trajectoire est "purement extraordinaire", mais rappelle qu'avec "un vote d’adhésion estimé à 42 %, [Macron] est le moins solide des présidents élus".

Des "travaux immenses"

"Emmanuel Macron, le nouvel Hercule français", titre le journal allemand Die Tageszeitung, pour qui "l'issue de la présidentielle est une bonne nouvelle, non seulement pour la France, mais pour toute l'Europe. Cependant, des travaux immenses attendent le nouveau président français." 

Si 66% (à 9 heures, lundi) des Français ont sollicité le candidat d'En marche !, Le Soir estime que "pour Macron tout commence". Pour le quotidien belge, la France est actuellement un "gigantesque laboratoire politique", l'édito souligne que le nouveau président devra "apaiser, convaincre, conquérir et rassembler au plus vite." Et précise : "Le président Macron ne vivra qu'un été si l'Europe continue à regarder les inégalités se creuser."

De son côté, le journal espagnol El Pais évoque dans son éditorial "les défis énormes" qui attendent le nouveau président. "Sa grande mission sera celle de sauver ses concitoyens du mal-être qui les ronge.” Il devra aussi “prouver que son projet réformiste est bien celui qui relancera l’économie".

L'avenir de l'Europe en jeu

Pour beaucoup de quotidiens, la victoire d'Emmanuel Macron est une bonne nouvelle pour l'avenir de l'Union européenne, mais elle ouvre également de grandes incertitudes.

Pour les Britanniques, l'élection du candidat d'En marche ! est un "soulagement" de courte durée. "Comme quelqu’un qui aurait manqué de peu la crise cardiaque, l’Europe peut lever son verre et trinquer à la victoire de Macron. Mais le verre n’est même pas à moitié plein", note un chroniqueur du GuardianIl est bien beau que Macron souhaite réformer l’UE, mais cela ne dépend pas de luiavec les dossiers du Brexit, de la crise des réfugiés, beaucoup de pays européens n'ont pas la tête aux réformes, "tout reste à faire".

Inquiétude aussi chez les Italiens : "c’est aussi l’Europe qui a gagné, comme le voudrait le message transmis tout au long de la campagne ? Va-t-on vraiment pouvoir tout recommencer comme s’il ne s’était rien passé ?”, s’interroge L’Espressosoulignant que "la moitié des Français ne se retrouvent pas dans l'Europe" proposée par Emmanuel Macron.

En Allemagne, le Süddeutsche Zeitung (SZ) salue la "nette victoire" du candidat "socio-libéral et proeuropéen" et assure que "les hommes politiques européens sont soulagés" puisque Macron plaide "pour un renforcement de l’Union européenne, pour faire de la zone euro le noyau de l’UE et pour intensifier les relations franco-allemandes".

Une mise en garde contre l'avancée du populisme 

Si de nombreux médias évoquent la défaite de Marine Le Pen, ils rappellent que la bataille contre le populisme sera néanmoins l'un des défis du nouveau président. Si le Financial Times évoque "une leçon vivante de politique face au populisme", l'espagnol El Periodico rappelle que le président et ses partenaires européens devront "combattre non seulement les leaders populistes, mais aussi et surtout les causes réelles qui alimentent la hausse du populisme", comme "la mondialisation mal comprise et mal gérée" et le recul de l’Etat providence.

Dans son éditorial, le tabloïd suédois Expressen écrit que la victoire d'Emmanuel Macron ne signifie pas pour autant la fin du populisme de droite en Europe : “Depuis l’an 2000, les partis populistes (...) ont doublé leur soutien électoral. Et même si Marine Le Pen perd le tour décisif de la présidentielle, elle aura probablement doublé le score de son père en 2002.”

Pour le journal américain New York Times“la victoire d'Emmanuel Macron offre un soulagement de taille à l’Union européenne, que Marine Le Pen avait menacée de quitter, ce qui aurait déstabilisé tout le bloc européen", mais met en garde l'UE contre la vague populiste qu'elle rencontre “avec des scrutins prévus en Allemagne et sûrement en Italie cette année, les résultats français étaient scrutés à la loupe, considérés comme un baromètre de la puissance durable d’une vague populiste qui a propulsé la Grande-Bretagne hors de l’Union européenne et Donald Trump à la Maison Blanche."