Rafle du Vél'd'Hiv : Marine Le Pen allie "le refus de la repentance et la captation de l'héritage gaulliste"

Marine Le Pen en meeting à Bordeaux, le 2 avril 2017
Marine Le Pen en meeting à Bordeaux, le 2 avril 2017 (GEORGES GOBET / AFP)

Le politologue Jean-Yves Camus a remis en cause, lundi sur franceinfo, les propos de Marine Le Pen, qui a affirmé que "la France n'est pas responsable du Vel'd'Hiv", en lui prêtant une visée électoraliste.

"La France n'est pas responsable du Vél'd'Hiv", a déclaré, dimanche 9 avril, Marine Le Pen, candidate du Front national à l'élection présidentielle. Les propos de Marine Le Pen permettent à la présidente du Front national de "réussir la performance d'être d'une part dans le refus de la repentance, qui fait plaisir à une partie de ses militants et de son électorat, et d'autre part à se livrer à une véritable captation de l'héritage gaulliste, en rupture avec ce que disait son père", a affirmé Jean-Yves Camus, politologue et directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès, lundi 10 avril sur franceinfo.

franceinfo : Le Crif considère que Marine Le Pen se place désormais hors du champ des candidats républicains. Est-ce que vous partagez cet avis ?

Jean-Yves Camus : C'est un peu simple de dire les choses ainsi. On n'a pas mesuré combien le discours de Jacques Chirac en 1995 était en avance sur ce que pensait le reste de son camp politique [alors président de la République, il reconnaît pour la première fois la responsabilité de la France dans la déportation de Juifs français pendant l'Occupation]. Jacques Chirac s'est beaucoup avancé. Il a essuyé beaucoup de critiques. Il a eu raison en tout point. Au-delà de Marine Le Pen et sa famille politique, tout le monde, au sein même de l'arc républicain, n'a pas encore digéré cette manière de prendre acte des travaux des historiens. On a beaucoup vécu depuis 1944 dans cette fiction historique d'une France qui aurait été totalement à Londres et pas du tout à Vichy. Pour des raisons politiques et juridiques, le général De Gaulle devait dire ce qu'il a dit, c'est-à-dire que la légitimité était à Londres et l'usurpation à Vichy. Dans les faits, les gendarmes qui ont participé à la rafle du Vél'd'Hiv étaient bien des gendarmes français, pas des martiens. Et l'État de Vichy a été mis en place par des parlementaires légitimement élus par le peuple français.

Marine Le Pen s'aventure sur ce terrain de la Seconde Guerre mondiale, qui n'a pas toujours réussi au Front national, à un moment où elle veut se présenter comme la candidate d'une France apaisée. Pourquoi ?

Parce qu'il n'y a pas que la déclaration de Marine Le Pen, dimanche. Dans un communiqué, elle a affirmé que Vichy fut un régime collaborateur et illégal, que la légitimité était à Londres avec le général De Gaulle. C'est une rupture complète avec l'histoire antérieure du Front national. Marine Le Pen réussit la performance d'être, d'une part dans le refus de la repentance qui fait plaisir à une partie de ses militants et de son électorat. Et d'autre part, elle arrive à se livrer à une véritable captation de l'héritage gaulliste, en allant non pas dans la surenchère, mais dans la rupture avec ce que disait son père. Jean-Marie Le Pen n'aurait jamais dit que le régime de Vichy était collaborateur et illégal.

Tente-t-elle de donner des gages à une frange de son parti en allant dans le sillon des gaullistes ?

L'action du général De Gaulle ne se découpe pas en tranche. On ne peut pas prendre le De Gaulle de 1940-1944 et laisser de côté celui de 1958-1962. La politique gaulliste est un tout. Je doute que sur la période de l'Algérie, le gaullisme soit la vision la plus répandue chez les militants du Front national.

Rafle du Vel d'Hiv : retour sur la polémique suite aux propos de Marine Le Pen avec Anette Wieviorka (historienne) et Jean-Yves Camus (politologue)
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