"Le président regardait moins sa montre" : ils sont les derniers à avoir croisé François Hollande en déplacement

Le président François Hollande en visite dans les locaux de l\'entreprise Liebherr-Aerospace à Campsas (Tarn-et-Garonne), le 5 mai 2017.
Le président François Hollande en visite dans les locaux de l'entreprise Liebherr-Aerospace à Campsas (Tarn-et-Garonne), le 5 mai 2017. (PASCAL PAVANI / AFP)

Plus décontracté, moins pressé par le temps… Un agriculteur, un sportif de haut niveau, un élu local et une retraitée ont accepté de raconter à franceinfo comment ils ont perçu le chef de l'Etat quelques jours avant qu'il quitte l'Elysée.

Cette fois, il y est. Pour François Hollande, il est temps de passer les clés de l'Elysée à Emmanuel Macron, le vainqueur de l'élection présidentielle. Avant la passation de pouvoirs, qui a lieu dimanche 14 mai, celui qui est encore officiellement chef de l'Etat a semblé vouloir profiter jusqu'au bout de son statut. Derniers bains de foule, derniers selfies, dernières poignées de main, dernières légions d'honneur aussi avant de quitter la scène. Franceinfo a demandé à quatre témoins de raconter leurs ultimes rendez-vous présidentiels.

Anne-Marie Lotte, retraitée de 104 ans :
"Il était moins pressé par le temps"

Sur le papier, le rendez-vous était calé après un crochet par le chantier de l'hôpital local. "On nous avait dit que le président ne pourrait pas rester plus de quatre minutes, raconte Anne-Marie Lotte à franceinfo. Pensez donc, on a finalement discuté un bon quart d'heure, et je suis certaine qu'il avait encore des choses à me dire." 

Ce jour-là, vendredi 28 mai, François Hollande est en déplacement en Bretagne, et Belle-Ile-en-Mer (Morbihan) est sa première étape. La dame de 104 ans attend de pied ferme "Monsieur le chef de l'Etat", comme elle dit. "Lui s'est assis au milieu, moi à gauche, et le ministre Le Drian à droite." Durant ces quatre minutes qui en feront finalement quinze, elle déballe son histoire, à la demande du président. "Il voulait tout savoir sur les dix ans que j'ai passés en Union soviétique, sous Staline, dans les années 1930. Il posait des questions, donnait son avis..." Anne-Marie Lotte avait en face d'elle "quelqu'un de changé", "encore plus simple qu'à la télé". Surtout, "il était moins pressé par le temps, il regardait moins sa montre."

Gérard Miquel, sénateur du Lot :
"Il était heureux d'être là"

Vendredi 21 avril, avant-veille du premier tour de la présidentielle. François Hollande a mis le cap sur le Sud-Ouest, avec un arrêt prévu dans le Lot. Au menu présidentiel, ce jour-là, la visite de l'usine Andros, bien connue pour ses compotes et ses confitures. Une fois le protocole terminé, le chef de l'Etat s'échappe. Il a rendez-vous chez un ami de longue date : le sénateur socialiste du département Gérard Miquel. "Je l'ai invité à la maison pour le déjeuner, explique-t-il à franceinfo. On est restés à table une heure et demie. C'est quelque chose qui n'arrive normalement jamais quand on reçoit le président. Et encore, ça aurait pu durer plus longtemps."

Entre deux morceaux de foie de veau en cocotte, les "amis" parlent de tout.  De la campagne électorale aussi, "bien sûr". Mais ce n'est pas le sujet principal. "On s'est surtout épanchés sur des choses de la vie. Je vais vous dire, il était heureux d'être là. Complètement décontracté maintenant qu'il n'a plus rien à prouver ou à défendre."

J'ai eu l'impression de retrouver le François Hollande d'avant. Celui qu'il était avant de devenir président de la République.Gérard Miquel à franceinfo

Alain Le Floch, agriculteur dans le Morbihan :
"Il était un peu moins langue de bois dans ses réponses" 

Même en fin de mandat, on fait les choses bien quand on reçoit le chef de l'Etat. "Avant qu'il arrive, j'ai passé un petit coup de balai dans la ferme", explique à franceinfo Alain Le Floch. C'est dans son exploitation de 230 hectares, nichée sur la commune de Quistinic (Morbihan), que François Hollande a posé ses souliers cirés, vendredi 28 avril. Au lieu-dit Kermeze, le chef de l'Etat a été accueilli à coups de cidre local. Et entre deux gorgées, Alain Le Floch a mis les pieds dans le plat. "Je lui ai parlé des problèmes que connaissent beaucoup d'agriculteurs. Les salaires de misère, la peur de l'avenir..." Il l'a senti "très à l'écoute", "plus facile d'accès", "sans pression". "A la limite, je l'ai trouvé un peu moins langue de bois dans ses réponses", confie-t-il.

Preuve de cette décontraction retrouvée, le président devait rester trente minutes chrono, il est finalement reparti une heure après. "Moi, je ne fais pas de politique, termine l'agriculteur. Mais je vous avoue que je suis assez fier d'être le dernier agriculteur que François Hollande aura rencontré dans son mandat." 

Fabrice Amedeo, skipper du Vendée Globe :
"Il faisait blague sur blague"

C'est une tradition présidentielle. Après avoir joué avec les alizés, les skippers du Vendée Globe ont droit à l'Elysée. Pour la promotion 2016-2017, la réception s'est déroulée jeudi 20 avril. Armel Le Cléac'h, grand vainqueur de la dernière édition, a été fait chevalier de la Légion d'honneur. Mais les 29 marins qui étaient au départ ont eu droit à la poignée de main de François Hollande. "C'est la première fois que je le croisais, raconte à franceinfo Fabrice Amedeo, onzième du dernier Vendée Globe sur Newrest-Matmut. On m'avait dit que c'était quelqu'un de très drôle. Mais là, c'était au-delà de ce que j'imaginais. Il faisait blague sur blague."

Fabrice Amedeo a encore en tête ce discours "plein d'humour", et "rempli d'allusions à sa fin de mandat". Il se souvient par exemple de cette phrase où le président s'est comparé à un marin, "naviguant lui aussi contre vents et marées". La salle n'a pas pu se retenir de rire.

Il disait qu'il était tout proche de toucher terre, en référence au fait que son quinquennat était bientôt terminé.Fabrice Amedeofranceinfo

Au fil des courses, le marin a croisé quelques responsables politiques. "Mais ce soir-là, je sentais qu'il voulait se lâcher." Tout le monde a eu droit à son selfie. "Son garde du corps était toujours très tendu. Mais lui, pas du tout."