Et si François Hollande avait finalement intérêt à se soumettre à une primaire ?

François Hollande, le 17 mai 2016 au Grand-Quevilly (Seine-Maritime).
François Hollande, le 17 mai 2016 au Grand-Quevilly (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Longtemps hostile à cette éventualité, le chef de l'Etat semble s'être résolu à participer à une primaire à gauche. Une idée pas si saugrenue.

Jean-Christophe Cambadélis a créé la surprise, vendredi 17 juin, en annonçant sa volonté d'organiser une primaire ouverte à la gauche de gouvernement. Le Premier secrétaire du PS doit officiellement proposé cette option devant le conseil national du parti, qui se réunit samedi.

Dans un entretien à Libération, il assure avoir tenu François Hollande informé de son initiative. Jusqu'à présent, le chef de l'Etat n'était pas partant pour se soumettre à une primaire. Sa stratégie semble donc avoir évolué. Davantage qu'un obstacle, la primaire pourrait lui servir de jalon sur la route d'une éventuelle réélection en 2017.

Une tribune pour défendre son bilan

"Ça va mieux." Depuis plusieurs semaines, le chef de l'Etat martèle ce slogan, sans pour l'instant en tirer bénéfice dans les sondages. En participant à une primaire fin janvier, comme le prévoit Jean-Christophe Cambadélis, François Hollande disposerait d'une tribune de choix pour défendre un bilan régulièrement vilipendé par ses concurrents. D'ici cette date, François Hollande peut faire le pari que la reprise économique va s'amplifier et que l'inversion de la courbe du chômage se confirmera. Un timing gagnant. 

Un moyen de regagner une légitimité

Quoi de mieux que de retourner devant le peuple pour réparer une image largement abîmée ? Discrédité, à la tête d'une gauche de gouvernement à la base de plus en plus réduite, François Hollande n'a pas grand-chose à perdre à participer à une telle aventure.

Tous les sondages le donnent en extrême difficulté dans tous les cas de figure au premier tour de la présidentielle. Participer à une primaire – et la gagner – serait le moyen pour lui de montrer qu'il reste le seul candidat capable de faire gagner la gauche en 2017. Un sondage TNS Sofres montre d'ailleurs qu'il reste le meilleur candidat auprès des sympathisants du PS, devant Manuel Valls et Emmanuel Macron. En cas de défaite, il n'aura aucun regret à avoir, et s'évitera l'humiliation d'une élimination au premier tour de la présidentielle.

Un piège pour Macron et Montebourg

Avec François Hollande, la tactique politique est omniprésente. En donnant son aval dès à présent à une primaire à gauche, il oblige deux de ses concurrents potentiels à se positionner. Emmanuel Macron, qui répète sur tous les tons ne pas être candidat "aujourd'hui" osera-t-il franchir le pas et s'attaquer frontalement à celui qui l'a promu en politique ? L'annonce a aussi pour effet de couper l'herbe sous le pied d'Arnaud Montebourg, qui tablait sur une absence de primaire pour partir en solo à la présidentielle.

Une façon de concurrencer la droite

Autre avantage de cette primaire : ne pas laisser le champ libre à la droite, dont le candidat aura été désigné fin novembre. La campagne de la primaire de gauche permettra d'attirer l'attention médiatique en décembre et en janvier. Pour qu'elle bénéficie de cette exposition, la gauche devra toutefois éviter l'écueil d'une grande explication. Rien ne serait pire pour elle que de continuer à se déchirer face à une droite en ordre de marche.

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