E. Macron : "Le PS est dirigé par des gens qui ne veulent pas le moderniser"

Emmanuel Macron, le 4 septembre 2016 sur franceinfo.
Emmanuel Macron, le 4 septembre 2016 sur franceinfo. (FRANCEINFO)

Invité de l'émission Questions politiques, l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron est revenu sur les raisons de la création de son mouvement "En Marche!", seule solution selon lui face à une gauche "statutaire et conservatrice". Sans répondre à la question de sa candidature à l'élection présidentielle, il a également commenté sa démission du gouvernement.

L'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron a estimé, dimanche 4 septembre, dans l'émission Questions politiques de France Inter/Le Monde, diffusée sur franceinfo, que les cadres du Parti socialiste refusent aujourd'hui de moderniser le PS.

Interrogé sur le fait qu'il a préféré créer le mouvement "En marche!" plutôt que d'essayer de transformer le parti, Emmanuel Macron a répondu : "Je pense très profondément que le Parti socialiste, aujourd'hui, est dirigé par des gens qui ne veulent pas le moderniser."

"François Mitterrand a amené le Parti socialiste au pouvoir par une alliance avec le Parti communiste et un programme commun. A partir du tournant 1983-84, ce programme commun n'a plus constitué le socle idéologique de ce qui était la gauche au gouvernement, et vous avez eu, à ce moment-là, une dérive. Vous avez eu uns schisme au sein des gauches, et la gauche n'est revenue au pouvoir à chaque fois que sur des accords d'appareil et plus sur une refondation idéologique, c'est ce qui s'est passé avec la gauche plurielle, et c'est ce qui s'est passé en 2012."

Emmanuel Macron a affirmé, de son côté, être proche d'une "gauche du réel" : "Il y a aujourd'hui une gauche du réel, qui veut que les choses changent, être fidèle à ses valeurs auxquelles j'adhère, dans la mondialisation, et il y a une gauche statutaire, conservatrice."

Candidat ou pas ?

Face à ce constat, Emmanuel Macron a mis l'accent, au cours de l'interview, sur la création, en avril, de son mouvement "En marche!", pour lequel il revendique 75.000 adhérents : "Est-ce que, aujourd'hui, le Parti socialiste a une vision commune sur ce que doit être l'Europe ? Non. Sur ce que doit être la société ouverte ? Non. Sur ce que doit être le travail dans notre société et les réformes nécessaires pour réussir dans un monde ouvert ? Non. Est-ce que les Républicains ont aujourd'hui un consensus sur ces mêmes sujets ? Non. Et donc, avant de savoir lequel sera le candidat de chacun de ces bords, l'indispensable discipline c'est d'abord de constituer un mouvement politique et une vue sur ces sujets."

L'ancien ministre de l'Economie a par ailleurs refusé de dire clairement s'il était candidat ou non à l'élection présidentielle : "Pourquoi la vie politique, aujourd'hui, bégaie ? Pourquoi c'est le bal des propositions qui ne sont pas réalisées, parce que c'est le bal des égos sur des corps politiques de plus en plus inertes, qui ne rassemblent pas les gens qui partagent la même idéologie" affirme Emmanuel Macron.

"L'élection présidentielle, ce n'est pas le bal des ego, a-t-il expliqué, la vie politique, ça n'est pas la question 'Êtes-vous candidat?' ", a-t-il poursuivi.

Sa démission ? "Ce n'est pas de la déloyauté"

Par ailleurs, l'ancien ministre de l'Economie a refusé d'être accusé de "déloyauté", cinq jours après sa démission du gouvernement : "Je suis sorti du gouvernement, je ne considère pas que ce soit de la déloyauté."

"La loyauté, c'est d'être fidèle à ses idées, à son pays, et à ce qu'on porte. Est-ce que j'ai fait une carrière politique pour rentrer au gouvernement en août 2014 ? Non. Le président de la République me connaissait, je l'ai conseillé pendant deux ans, et j'ai beaucoup de fierté d'avoir eu la chance d'occuper ces fonctions" a souligné l'ancien ministre.

"Il [François Hollande, ndlr] connaissait mes positions, mes valeurs, il m'a appelé parce qu'il pensait que je pouvais servir le pays à cette tâche, donc je ne suis pas dans la situation des hommes et des femmes politique qui ont construit une carrière pendant des décennies auprès des responsables qui les ont faits."

"Est-ce que j'ai dissimulé mes opinions, mes valeurs, mes vues, dès le début ? Non. J'ai porté une vue qui pouvait paraître dissonante, on me l'a suffisamment reproché, parce que dans ma fonction, j'ai perçu les limites de ce que je faisais, de ce que je pouvais faire, les échecs que j'ai parfois subis, j'ai décliné cette offre politique à partir d'avril dernier. A partir de là, pendant des mois, on m'a reproché mon ambiguïté."

La légalisation du cannabis, une réponse provisoire

Celui qui se veut de droite et de gauche a également affirmé ne pas être contre la légalisation du cannabis, tout en précisant qu'il s'agit d'une "réponse provisoire".

"C'est un sujet éminemment compliqué. Aujourd'hui, le cannabis pose un problème, en effet, de sécurité, de lien avec la délinquance dans des quartiers difficile, de financement de réseaux occultes, et donc, on voit bien que la légalisation du cannabis a des intérêts de ce point de vue, et a une forme d'efficacité."

"Le sujet est ouvert, et doit être considéré", explique Emmanuel Macron. "Quand on regarde d'ailleurs l'incapacité qu'ont les magistrats de régler le problème d'un point de vue pénal, on voit que nous sommes dans un système très hypocrite. Donc je ne suis pas contre, si cette réponse provisoire peut être la mienne aujourd'hui, mais, en même temps, j'entends les préoccupations de santé publique qui sont émises par ailleurs, ce n'est pas un sujet qui est léger, donc je souhaite qu'on puisse ouvrir ce sujet, je souhaite l'aborder, de manière méthodique, dans les semaines qui viennent, mais je ne suis pas contre pour un principe d'efficacité et de justice" a argumenté Emmanuel Macron

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