Documentaire sur Emmanuel Macron : "Jamais personne n'a levé la main sur la caméra", raconte le réalisateur

Emmanuel Macron lors d\'un meeting à la Villette, à Paris, le 1er mai 2017.
Emmanuel Macron lors d'un meeting à la Villette, à Paris, le 1er mai 2017. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Yann L'Hénoret a suivi le candidat d'En marche ! depuis le mois d'octobre. Pour franceinfo, le réalisateur revient sur le tournage de ce film diffusé lundi sur TF1.

A peine est-il élu qu'un documentaire sur sa campagne est prêt. Emmanuel Macron : les coulisses d'une victoire doit être diffusé, lundi 8 mai, à 21 heures, sur TF1. Derrière la caméra, on trouve le réalisateur Yann L'Hénoret, qui a déjà signé le documentaire Dans l'ombre de Teddy Riner. Franceinfo a interrogé celui qui a suivi l'ancien ministre de l'Economie depuis le mois d'octobre 2016.

Franceinfo : Qu'est-ce que ce documentaire peut nous apprendre sur Emmanuel Macron ?

Yann L'Hénoret : Le fait qu'il accepte un documentaire sans avoir le final cut, sans demander à le voir avant qu'il soit diffusé, sans faire en sorte qu'un partisan le tourne sont des indices qui, pour moi, disent énormément. En 1974, quand Raymond Depardon tourne un documentaire sur Valéry Giscard d'Estaing [1974, une partie de campagne], c'est une commande du candidat. Et le film a été bloqué jusqu'en 2002.

Moi, j'ai tourné pendant huit mois au sein d'En marche !, les hauts, les bas, les petites erreurs qui ont pu être commises, les mésaventures, les obstacles... Jamais on ne m'a dit "C'est impossible que tu tournes, tu n'iras pas là".

Qu'indique tout cela ? Une ouverture ?

Il y avait une envie de renouveler le genre. Le premier jour, Emmanuel Macron m'a dit : "Si on a envie de renouveler l'espace politique, il faut accepter des projets qui soient un peu différents." Et je pense que les deux sont très liés. 

Moi, je lui ai dit que j'étais réalisateur de documentaires, que je n'étais pas un journaliste et que j'étais là pour raconter sans chercher à tout expliquer. Je lui ai précisé qu'il y avait certaines choses dont on ne parlerait pas, comme des choses privées, et que cela ne me posait aucun problème. Mais j'ai insisté sur le fait que si je décidais de traiter un sujet, je voudrais pouvoir le faire en toute transparence. C'est ce qui s'est passé.

Vous avez un exemple de cette transparence ?

Au moment de la polémique sur ses propos condamnant la colonisation comme crime contre l'humanité, j'étais dans les bureaux d'En marche ! et jamais quelqu'un n'a levé la main sur la caméra, c'était le deal.

Dans le film, il y a des remises à plat assez évidentes à certains moments-clés, surtout à la fin de la campagne. Je pense par exemple à Whirlpool. Il y a un moment où Emmanuel Macron parle à sa garde rapprochée. Là, je me dis qu'il est en train de devenir président, de par ce qu'il dit, de par les comparaisons qu'il fait, de par les décisions qu'il prend. Il y a alors de sa part une demande d'explications : pourquoi Marine Le Pen a-t-elle eu le temps d'aller voir les ouvriers avant lui ? Pourquoi avoir rencontré l'intersyndicale à la chambre de commerce ? Il a besoin d'avoir les tenants et les aboutissants et de prendre sa décision. Et c'est lui qui prend la décision sur la marche à suivre à ce moment déterminant de la campagne. Moi, je suis présent. Il le sait, mais il ne se gêne plus. La caméra disparaît. 

Tel que vous le racontez, tout cela semble plutôt spontané…

Parfois, pendant la campagne, en sortant de la pièce, je me demandais comment j'avais réussi à faire une telle séquence. Le premier mois passé, une fois que l'on s'est apprivoisés, que je sois là ou pas, je pense qu'il a toujours été le même, très naturel.

Jamais nous n'avons signé de papier disant qu'il y avait une clause de confidentialité, tout s'est fait d'une poignée de main. Je pensais qu'une campagne présidentielle était quelque chose de très cadré, avec notamment un système très hiérarchisé. En fait non, il y a eu des improvisations, des erreurs. 

Quelle anecdote absente du film retenez-vous ?

Il y a une séquence qui a été retirée mais que j'ai essayé de garder dans le film le plus longtemps possible. C'est à l'occasion des vœux, en janvier : les sondages remontaient, Emmanuel Macron était alors donné troisième ou quatrième et l'équipe commençait à devenir un peu confiante. Ismaël Emelien [le bras droit du candidat] et Emmanuel Macron convoquent tout le personnel d'En marche !. Et dans la même phrase, quasiment, ils arrivent à leur souhaiter les vœux et à leur dire "Attention, on est loin d'être arrivés, il ne faut pas s'emballer. Là, on est portés par un petit courant, mais le lendemain, ça peut retomber. On attire votre attention là-dessus, ne soyez pas dans un schéma qui soit celui de la victoire anticipée."

Il s'agissait simplement de vœux mais il était déjà en train de dire : "Prudence. On est tout petits, on peut vraiment se faire croquer". C'était un moment très fort parce que le personnel ne s'attendait pas du tout à se faire recadrer ainsi. 

A quoi ressemble l'équipe d'En marche ? Y a-t-il de la parité, de la mixité ?

Il y a des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes, des gens originaires de Paris, de la région parisienne, de la province ou d'ailleurs, de différents milieux sociaux.

Très clairement, j'avais un a priori. Je craignais de me retrouver dans un univers un peu guindé. Je n'avais jamais fait de films politiques avant. D'après les documentaires politiques que j'avais vus, je m'attendais à voir des quadragénaires ou quinquagénaires en costume toute la journée. Mais une fois dans le bain, je me suis rendu compte qu'il s'agissait de gens normaux, qui ne sont pas coupés du monde. Et Morgan, l'homme à la casquette qui est monté sur scène pour chanter la Marseillaise au pied de la pyramide du Louvre, est à cette image. Avant d'arriver à En marche !, je m'étais acheté cinq chemises pour bien présenter. Rapidement, je me suis dit que j'allais remettre mes baskets.