Accréditations refusées, expulsions manu militari... Le difficile travail des journalistes à la soirée électorale de Marine Le Pen

Une foule de journalistes attend Marine Le Pen au Chalet du Lac, à Paris, pour la soirée électorale du second tour de l\'élection présidentielle, le 7 mai 2017.
Une foule de journalistes attend Marine Le Pen au Chalet du Lac, à Paris, pour la soirée électorale du second tour de l'élection présidentielle, le 7 mai 2017. (JEAN-BAPTISTE MARTEAU / FRANCE 2)

De nombreux journalistes se sont vu refuser l'accès à la soirée électorale de la candidate du Front national, au soir du second tour de l'élection présidentielle.

De nombreux médias ont dénoncé, dimanche 7 mai, une "interdiction" d'assister à la soirée organisée par Marine Le Pen à l'occasion du second tour de l'élection présidentielle. Des journalistes de Buzzfeed, Mediapart, Les Jours, Rue89, StreetPress, Politico, le Bondy Blog, Explicite, Brut, Konbini, mais aussi de l'hebdomadaire Politis ou de l'émission "Quotidien" ont indiqué s'être fait refuser l'accréditation par le parti d'extrême droite.

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Un journaliste travaillant pour le mensuel américain The Atlantic a aussi dit s'être vu refuser son accréditation pour le second tour, tout comme un confrère de la chaîne d'information britannique Sky News. 

"C’est par manque de place", affirme le Front national pour justifier ces multiples refus. "Il n’y a pas de logique d’exclusion, explique à franceinfo Philippe Olivier, l’un des conseillers stratégiques de campagne de Marine Le Pen. Il faut un peu de place pour les journalistes et un peu pour les adhérents et les sympathisants. Il n'y a aucune volonté d'ostracisme." Sébastien Chenu, délégué national du Rassemblement Bleu Marine, a offert une autre explication sur franceinfo : "[Ces médias] ont un point commun, ce sont des militants acharnés contre le Front national."

Ce soir, on a envie d’être entre nous.Sébastien Chenu, délégué national du Rassemblement Bleu Marineà franceinfo

Plusieurs médias boycottent la soirée

Ces refus d'accréditations ont poussé Libération, L'Humanité, Les Inrocks, Le Monde ou encore L'Obs à boycotter la soirée du FN. "Par solidarité avec les médias non-accrédités, Bloomberg quitte la soirée électorale de Marine Le Pen", a également indiqué une journaliste de ce média américain sur Twitter.

"Par solidarité pour nos confrères, la rédaction de Libération (...) a décidé de ne pas se rendre à la soirée organisée par le parti d'extrême droite, a annoncé dans un article Johan Hufnagel, directeur adjoint du journal. Ces mesures anti-démocratiques et contraires à la liberté d'informer doivent cesser, comme l'intimidation des journalistes dans les meetings."

Un photographe mis à la porte

Au Chalet du Lac, à Paris, où se déroule la soirée électorale du FN, l’ambiance pour les journalistes accrédités est "hallucinante", raconte à franceinfo le photographe Yann Castanier, présent pour le magazine Society. "La sécurité entassait les journalistes derrière une corde dans une zone devant le pupitre", décrit-il.

"Il n’y avait aucun militant à l'intérieur, explique-t-il. Quand j’ai vu un homme avec une rose bleue, je l’ai pris en photo pour avoir de l'ambiance. On m’a dit que je ne pouvais pas, que je devais absolument rester dans la zone des journalistes. Mais je ne suis pas là pour simplement écouter le discours de Marine Le Pen et être le gardien de la communication d’un candidat ! (…) On nous demandait d’attendre pendant une heure et demie, serrés comme des sardines devant l’estrade."

Yann Castanier a finalement été violemment mis à la porte de la soirée, après avoir refusé de se plier aux règles édictées par le parti. "Ils m'ont sorti en me donnant des coups de genoux derrière les jambes, assure-t-il. La police est même venue pour me protéger."

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