Présidentielle : cinq questions pour comprendre LaPrimaire.org, le scrutin dédié à la société civile

Candidats finalistes à LaPrimaire.org
Candidats finalistes à LaPrimaire.org (Capture Ecran LaPrimaire.org)

Le site, qui affirme avoir attiré plus de 115 000 participants, souhaite faire émerger un candidat de la société civile. Franceinfo vous propose d'en savoir plus sur cette initiative, trois jours avant la clôture du vote.

"Renouveler la politique." C'est la proposition qui revient le plus souvent dans les programmes des cinq finalistes de LaPrimaire.org. En dehors des partis traditionnels, ces bénévoles, tous issus de la société civile, veulent "peser dans le débat" de la prochaine présidentielle et, pourquoi pas, présenter leur propre candidat aux suffrages des Français.

Actuellement, le site revendique la participation de plus de 115 000 personnes. Ces internautes ont jusqu'au vendredi 30 décembre, 20 heures, pour faire leur choix parmi les cinq prétendants qualifiés pour le second tour du scrutin. Qui est derrière cette initiative citoyenne ? Iront-ils jusqu'au bout ? Franceinfo vous explique tout sur cette primaire de la société civile.

Qui est derrière LaPrimaire.org ?

David Guez, un avocat parisien de 44 ans, et Thibauld Favre, ingénieur et entrepreneur de 35 ans, sont à l'origine du projet. Les deux hommes se connaissent depuis six ans. Après avoir travaillé ensemble, ils se sont liés d'amitié et, à la suite de discussions lors de dîners, ils se décident à créer Democratech, une association pour mettre "la technologie au service de la démocratie". Puis ils lancent en février 2016 LaPrimaire.org, afin "d'impliquer le plus grand nombre dans la vie citoyenne"

Je me suis lancé avec LaPrimaire.org parce que j'avais le sentiment qu'on m'imposait des candidats et qu'il n'y avait plus de débats de fond.David Guez, cofondateur de LaPrimaire.orgà franceinfo

Avec ce scrutin en ligne, "nous voulions permettre à tous les citoyens de pouvoir se présenter et de choisir ses candidats à chaque élection", explique David Guez à franceinfo. Et se distinguer des partis traditionnels, dont "les investitures sont décidées en fonction de l'ancienneté, des copinages. Rien à voir avec le mérite ou la légitimité." Depuis, 16 bénévoles les ont rejoint pour participer à l'organisation de cette primaire citoyenne.

Qui sont les candidats ?

Pour se présenter, les prétendants devaient respecter une charte : assurer "n'avoir jamais été condamné au titre de crimes ou délits contre les personnes, les biens, la nation, l'Etat et la paix publique", s'engager à se comporter "avec responsabilité, dignité, éthique, mesure, transparence et bienveillance" et promettre de se présenter "en tant que simple citoyen". Seize personnes – sur un total de 215 candidats – avaient réussi à réunir les parrainages de 500 citoyens, nécessaires pour se présenter. Cinq candidats ont été sélectionnés à l'issue du premier tour.

Tous sont issus "de la société civile" et n'adhérent à aucun parti. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas déjà impliqués en politique. Arrivée en tête au premier tour, Charlotte Marchandise, une formatrice indépendante de 41 ans, n'a pas démissionné de son mandat de conseillère municipale à Rennes, élue sur la liste Europe Ecologie-Front de gauche. Elle y "réfléchit" cependant. "Le jacobinisme de Jean-Luc Mélenchon me pose problème et Europe Ecologie-Les-Verts est un parti qui doit se refonder et qui n'y arrive pas", juge-t-elle.

Ses quatre concurrents ne sont pas élus. Nicolas Bernabeu est un médecin de 31 ans habitant en Corse, Michel Bourgeois a 59 ans et est avocat dans les Alpes-Maritimes, Roxane Revon, 30 ans, est metteuse en scène et entrepreneure et Michaël Pettini, 42 ans, est quant à lui médecin dans le Lot-et-Garonne.

Que proposent-ils ?

Lors du premier tour, chacun a dû proposer un programme "chiffré et justifié". "Je ne prétends pas pouvoir écrire un programme à moi toute seul", tempère Charlotte Marchandise. 

Quand on y regarde de plus près, leurs programmes insistent tous sur la nécessité pour les citoyens de "prendre en main" l'avenir du pays au lieu de le laisser aux politiciens, avec une "démocratie réelle", "l'union plutôt que la division" au service du "renouveau". De grands discours et des idées parfois déjà exploitées par les partis traditionnels. Nicolas Bernabeu, arrivé deuxième, et Charlotte Marchandise proposent, par exemple, tous deux de mettre en place une assemblée constituante pour passer à la VIe République. Comme Jean-Luc Mélenchon.

Chacun apporte cependant sa petite touche personnelle. Nicolas Bernabeu propose de "limiter les contraintes réglementaires" et de "faciliter la création d'entreprise" tandis que Charlotte Marchandise axe ses propositions économiques sur la transition écologique. Michel Bourgeois propose, quant à lui, de redresser les comptes publics en donnant "davantage de pouvoir à la Cour des comptes" et veut "entrer en guerre contre le gaspillage public"Roxane Revon souhaite "instaurer un contrat de travail unique, [...] comme le propose Jean Tirole", prix Nobel d'économie. Michaël Pettini envisage de rétablir l'uniforme à l'école "même si c'est jean et pull blanc" et un "impôt socle" de 15%.

Le candidat de LaPrimaire.org ira-t-il jusqu'à l'élection présidentielle ?

"Présenter un candidat n'a jamais été un objectif, avoue modestement David Guez. Notre objectif est de peser dans le débat." Car l'obtention des 500 parrainages nécessaires à la candidature à la présidentielle semble être une barrière infranchissable pour les 16 bénévoles de LaPrimaire.org. "Nous irons jusqu'au bout, ajoute cependant l'avocat, qui explique avoir déjà pris les devants. Nous étions présents au congrès des maires de France en juin pour faire connaître notre démarche. De nombreux maires nous soutiendront."

"Si nous n'avons pas les parrainages, nous nous assurerons que notre candidat soit présent dans le débat de la présidentielle", avance David Guez. Sans préciser la forme que prendra cette implication, il assure que leur mouvement ne s'arrêtera pas. "De toute façon, nous avons déjà gagné, ajoute-t-il. Bruno Le Maire, Alain Juppé ou Nathalie Kosciusko-Morizet ont repris nos éléments de langage, en disant vouloir redonner la parole aux citoyens."

Comment voter ?

Il n'est pas nécessaire d'avoir voté au premier tour pour participer au second. Il suffit de laisser son nom, son prénom et son adresse mail afin de recevoir un lien pour le scrutin. Il faudra ensuite choisir, pour chaque candidat, l'intensité avec laquelle vous appréciez son programme : de "Insuffisant" à "Très bien". Au final, le vainqueur sera celui qui aura eu le plus grand nombre de bonnes mentions.

Les organisateurs assurent que le vote sera "transparent" et "secret". Ils avancent l'utilisation de la technologie "Blockchain", censée anonymiser et rendre inaltérable le scrutin. Une fois le vote terminé, vous recevrez un code prouvant que votre bulletin a été glissé dans l'urne virtuelle. Le vainqueur sera annoncé le samedi 31 décembre et les résultats précis "début janvier".

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