Municipales : que propose le Front national dans les villes qu'il pourrait diriger ?

Lors du rassemblement annuel du Front national à Paris, le 1er mai 2013. De gauche à droite, le secrétaire général du FN, Steeve Briois, son adjoint, Nicolas Bay, le vice-président du FN, Florian Philippot et les députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard.
Lors du rassemblement annuel du Front national à Paris, le 1er mai 2013. De gauche à droite, le secrétaire général du FN, Steeve Briois, son adjoint, Nicolas Bay, le vice-président du FN, Florian Philippot et les députés Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Après ses bons résultats au premier tour des municipales, le FN peut espérer conquérir une quinzaine de villes. Pour comprendre les enjeux, francetv info s'est penché sur les programmes frontistes de quelques-unes.

Le Front national a marqué les esprits au soir du premier tour des élections municipales, dimanche 23 mars. Si la vaguelette bleu marine reste à confirmer lors du second tour, le FN peut déjà se féliciter d'avoir acquis, avec Steeve Briois, la mairie d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et espère encore obtenir une quinzaine d'autres municipalités.

Marine Le Pen a placé les élections municipales au cœur de sa stratégie de conquête du pouvoir. Il s'agit de démontrer à l'opinion que le FN est capable d'assurer une bonne gestion à l'échelle d'une commune, et ainsi effacer des mémoires les expériences désastreuses de Vitrolles, Toulon, Orange et Marignane à la suite des élections de 1995, rappelées par Ouest France. Mais concrètement, quels changements sont à attendre dans les villes conquises par le FN ? Francetv info s'est penché sur les programmes frontistes.

Rester flou sur la fiscalité

Faire mieux avec moins, cela pourrait être le slogan de ces élections municipales pour le Front national. Dans l'euphorie des résultats du premier tour, Marine Le Pen a promis une baisse des impôts systématique dans toutes les futures municipalités FN. La présidente du parti n'a en revanche pas précisé la durée ou l'ampleur de cette mesure fiscale, qui se confronte à des programmes locaux qui se veulent ambitieux.

Certains, comme Robert Ménard à Béziers ou David Rachline à Fréjus, préfèrent éviter la question de la fiscalité des ménages dans leur programme. A Forbach (ville briguée par Florian Philippot) et Perpignan (cible de Louis Aliot), l'engagement d'une baisse d'impôt est pris. De son côté, le nouveau maire d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, a même détaillé son calendrier sur RTL "Diminuer la taxe d'habitation dans un premier temps, et ensuite pouvoir s'attaquer à la taxe foncière." Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite joint par francetv info, rappelle que "le maire ne maîtrise pas l'ensemble des élements de l'équilibre fiscal de sa commune, notamment les dotations de l'Etat". Il ajoute que si le FN veut tenir sa promesse fiscale, il va devoir couper certains budgets ou "redéployer les moyens". 

Et justement, les programmes restent assez flous sur les économies à réaliser. Steeve Briois compte rogner dans les "dépenses de fonctionnement de la municipalité". Idem pour Florian Philippot, qui évoque en plus une "coupe dans les subventions aux associations politisées". Louis Aliot promet de réduire le train de vie de la mairie sur les cocktails et les réceptions. Il veut également couper les subventions à certaines associations.

Développer l'économie et affirmer sa fibre sociale

Les candidats du Front national comptent développer l'économie de leur territoire. Pour cela, en plus de la diminution fiscale pour les ménages, ils souhaitent diminuer les impôts qui pèsent sur les entreprises. Pour le reste, il s'agit surtout de favoriser les commerces de proximité et de mettre en place des outils pour aider les entreprises. 

Les programmes du FN n'abordent pas la question des mesures gouvernementales mises en place pour tenter de créer des emplois, à l'image des emplois d'avenir. Un des arguments de la porte-parole du gouvernement socialiste, Najat Vallaud-Belkacem, est d'affirmer que le FN ne jouera pas le jeu de la fameuse "boîte à outils" de François Hollande et pénalisera ainsi les communes. "L'argument est recevable", selon Jean-Yves Camus, "sauf si les dirigeants frontistes se montrent suffisamment intelligents pour utiliser des dispositifs qu'ils critiquent par ailleurs, en annonçant 'la loi c'est la loi'".

Sur le terrain social, les programmes frontistes multiplient les propositions. La priorité est souvent mise sur l'aide aux personnes âgées. Dans les idées originales, Robert Ménard promet l'accès à une mutuelle "accessible à tous" les Biterrois, en affirmant que cette mesure ne coûterait rien à la municipalité. Le candidat à Béziers propose aussi de venir en aide aux familles en difficulté, mais seulement à celles qui le méritent. Les autres, celles qui ne respectent pas le "pacte républicain proposé par la commune", n'auront pas accès aux contributions municipales. Problème : les critères de ce non-respect du pacte ne sont pas précisés.

Se réconcilier avec la culture

Le Front national a souvent été présenté comme un ennemi de la culture, comme en témoigne la prise de position, lundi, du directeur du festival d'Avignon, Olivier Py, qui a annoncé le déménagement du festival en cas de victoire frontiste. Pour tenter de se réconcilier avec l'univers culturel, le FN a cherché dans ses différents programmes à se montrer consensuel. Aucun programme n'annonce une baisse des subventions à la culture.

Au contraire, plusieurs candidats font des propositions qui se veulent ambitieuses. David Rachline évoque la création, à Fréjus, de nombreux événements comme un festival de jazz ou un festival de théâtre. Louis Aliot veut créer à Perpignan une école de photographie, une médiathèque ou encore un musée d'histoire du Roussillon. "Ils veulent faire une culture axée sur le patrimoine et l'attractivité touristique", confirme Jean-Yves Camus. 

Mais le monde de la culture n'a pas oublié les bilans du FN à Vitrolles, Toulon, Orange et Marignane dans les années 1990, comme le détaille Mediapart (article payant). "Il s'agissait d'une gestion de revanche, extrêmement idéologique, en coupant les subventions à tous les mouvements avant-gardistes considérés comme gauchistes", explique Jean-Yves Camus. 

Mettre le paquet sur la sécurité

Tous les programmes du Front national font de la sécurité un pilier de leur argumentaire. Il s'agit souvent de donner davantage de moyens à la police municipale en augmentant les effectifs et en équipant mieux les agents. A Béziers par exemple, Robert Ménard propose de doubler les effectifs et de fournir aux policiers des "armes de poing", des pistolets électriques de type Taser, ainsi que des "caméras portatives individuelles".

Le développement de la vidéosurveillance figure également sur de nombreux tracts de campagne. A Perpignan, il s'agit de multiplier par deux le nombre de caméras (150 actuellement, selon France Bleu). Les programmes innovent également avec de nouvelles unités, souvent des brigades de nuit, parfois une brigade canine comme à Hénin-Beaumont ou encore une "police verte" à Béziers, "chargée de sanctionner les manquements à la propreté". Pour Jean-Yves Camus, ces créations de postes pour la sécurité permettent aussi de "créer de l'emploi et remercier ainsi des proches du Front national".

Laisser de côté les questions d'immigration

Lors de sa conférence de presse mardi, Marine Le Pen a tenté de rassurer les électeurs modérés qui souhaiteraient voter pour ses listes au second tour : les maires FN resteront "républicains" et ne feront pas de leur ville un "laboratoire idéologique". Ainsi à Béziers, Perpignan, Hénin-Beaumont et Fréjus, les questions migratoires, identitaires et le concept de  "priorité nationale" sont totalement absents des programmes. Pour Jean-Yves Camus, "l'image du parti est telle que les candidats n'ont pas besoin d'en rajouter sur ces questions"

Seul Florian Philippot, à Forbach, promet de tout faire "pour obtenir le départ des migrants clandestins qui vagabondent dans [les] rues". Le vice-président du FN annonce aussi qu'en vertu de la laïcité, "aucune obligation religieuse ne sera tolérée" dans les cantines scolaires. Jean-Yves Camus rappelle qu'il "n'existe pas de repas casher ou halal actuellement dans les cantines, les enfants se contentent de ne pas transgresser un interdit religieux".

Pour les autres candidats, le lissage du discours est visible. Celui-ci s'explique en partie par l'impossibilité légale pour les maires de mettre en place cette "priorité aux Français", comme le justifie David Rachline, candidat FN à Fréjus. Le parti frontiste a gardé en mémoire les déconvenues passées, puisqu'en 1998, à VitrollesCatherine Mégret, maire de la ville et femme de Bruno Mégret, avait été censurée par le tribunal administratif de Marseille alors qu'elle proposait une prime de naissance pour les familles dont l'un des parents au moins était français ou européen. Du coup, les programmes du FN se veulent "allégés". Au risque de décevoir une partie de son électorat qui souhaite que ce parti mène une politique différente des autres, comme le soulève Jean-Yves Camus : "Est-ce que, dans la pratique, cette gestion policée et technicienne va tenir malgré les pressions de la base militante ?"

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