CARTE. "Je ne pensais pas qu'il n'y aurait personne" : découvrez les 106 communes de France sans candidat aux municipales

Les 106 communes sans candidat en France lors des élections municipales 2020.
Les 106 communes sans candidat en France lors des élections municipales 2020. (ROBIN PRUDENT / FLOURISH)

Parmi ces communes, quatre ont plus de 1 000 habitants. En 2014, une seule commune de cette envergure se trouvait dans cette situation.

"J'ai décidé de ne pas me représenter, parce que je termine mon quatrième mandat et que ça me semblait suffisant. Et puis je supportais de moins en moins la lourdeur administrative", explique Christian Armand, maire de Péron depuis vingt-deux ans. Cette petite ville de l'Ain fait partie des 106 communes* qui n'ont pas de candidat pour les élections municipales. Ses habitants ne voteront donc pas le 15 mars, comme le reste de la France. "On a toujours vu deux listes à Péron, ça ne m'avait pas traversé l'esprit qu'il n'y aurait personne", s'étonne encore Christian Armand, 64 ans.

La commune de Buellas (Ain), 1 700 habitants, est elle aussi sans candidat. Le maire Michel Chanel reconnaît sa lassitude. "Je suis élu depuis trente et un ans, j'ai beaucoup donné, j'ai fait deux mandats de maire et je trouve que c'est très bien. Je souhaite avoir du temps pour moi, chose que je n'ai pas depuis trente ans."

A Péron, Christian Armand a bien du mal à expliquer cette difficulté à trouver des candidats. "On a peut-être mal intégré les nouveaux habitants, s'interroge-t-il. Et peut-être que comme ça marchait relativement bien, les gens ne se rendaient pas compte qu'il y avait une équipe municipale derrière." A Vassel (Puy-de-Dôme), un village de moins de 300 habitants, la maire Françoise Bernard ne voulait pas non plus se représenter. "J'ai fait trois mandats de maire, donc dix-neuf ans, plus un mandat de conseillère municipale. Et j'ai 59 ans…"

Je pense qu'au bout d'un moment, on n'a plus la même dynamique, il faut renouveler.Françoise Bernard, maire de Vasselà franceinfo

Mais Françoise Bernard a bien du mal à trouver une relève. "Cela demande du temps, c'est vrai qu'on est sollicité tout le temps, la tranquillité en prend un coup, tout comme la vie de famille, explique-t-elle. Et puis on est une commune périurbaine avec beaucoup de jeunes, qui travaillent et qui sont très mobiles… Ils sont susceptibles de déménager vite. Donc ils ne s'engagent pas pour la commune. Avant, les familles étaient là pour plusieurs générations. Désormais, la vie fait qu'on part plus facilement."

"On ne peut pas abandonner sa commune"

Mais alors, que se passe-t-il quand aucun candidat ne se présente ? Tout dépend de la taille de la commune. Dans les villages de moins de 1 000 habitants, il n'y a pas besoin de constituer de liste puisque le scrutin est plurinominal, avec des candidatures isolées ou groupées. Si aucun candidat ne s'est déclaré à temps, le premier tour est annulé. Mais les autorités ont prévu un peu de flexibilité. "Des candidats peuvent se présenter entre les deux tours", indique le ministère de l'Intérieur. A Vassel, Françoise Bernard devrait ainsi se résigner à repartir pour un nouveau mandat. "On ne peut pas abandonner sa commune comme ça", souffle-t-elle.

Si des candidats finissent par se déclarer, un second tour unique doit être organisé le 22 mars. Cette "disposition dérogatoire" se révèle bien pratique pour débloquer de nombreuses situations. En 2014, lors des dernières élections municipales, 57 des 62 communes de moins de 1 000 habitants sans candidat ont ainsi trouvé un nombre de volontaires suffisant avant le second tour. Mais cette année, le nombre de villages concernés est encore plus important. De nombreuses communes pourraient ne voter ni le 15 ni le 22 mars, faute de candidat. Si cela arrive, "une délégation spéciale devra être mise en place" et "une élection partielle intégrale doit être organisée dans les trois mois (à compter du 23 mars)", précise le ministère.

"Mariage forcé"

Pour les villes de plus de 1 000 habitants, la situation est plus radicale. En effet, en l'absence d'une liste complète déposée à temps, pas d'élection possible. Ni premier ni second tour. Et cette année, quatre villes sont concernées : Pont-d'Ain, Buellas, Péron (Ain) et Prunay-le-Gillon (Eure-et-Loir). Soit plus de 8 000 habitants privés d'élection à coup sûr. Comme pour les petits villages, une "délégation spéciale" est alors mise en place. Ses pouvoirs sont fixés par arrêté préfectoral et limités aux affaires courantes. Cela avait été le cas à Gironde-sur-Dropt (Gironde) en 2014… mais, deux mois après ce rendez-vous manqué, le maire sortant, Thierry Bos, avait finalement décidé de rempiler lors de l'élection partielle qui doit être organisée. Cette année, à Péron, Christian Armand se prépare déjà à ce scénario : "Il y a de fortes chances pour que je reparte…"

Et si personne ne se présente, même lors du nouveau scrutin organisé dans les trois mois ? Le préfet reprend alors la main. La ville est placée sous la tutelle de la préfecture et peut même être fusionnée de force avec une commune voisine ! "Au bout du compte, on peut nous inciter à un mariage forcé. Mais bon, un mariage à l'amiable, ce n'est déjà pas simple, alors un mariage forcé…" observe Christian Armand. Jusqu'à aujourd'hui, l'Etat n'a jamais eu besoin d'aller jusque-là.


* Sur notre carte, seules 105 communes sans candidat apparaissent. Miquelon, la 106e, est située sur l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Par ailleurs, quatre communes sans candidat se trouvent aussi en Nouvelle-Calédonie, mais ne sont pas prises en compte car "les candidatures peuvent être encore déposées jusqu'au vendredi 6 mars", explique le ministère de l'Intérieur. En France métropolitaine, la date limite pour le dépôt des listes était fixée au 27 février.

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