"C'est une totale incompréhension" : quatre communes françaises se retrouvent sans maire, faute de candidats

La mairie de Pont-d\'Ain (Ain), le 5 mars 2020.
La mairie de Pont-d'Ain (Ain), le 5 mars 2020. (MAXPPP)

Quatre communes de plus de 1 000 habitants n'ont pas ouvert de bureau de vote lors de ce second tour des élections municipales, car aucun candidat ne se présentait. Des délégations spéciales doivent être mises en place par les préfectures, avant l'organisation d'un nouveau scrutin dans quelques mois.

"Ce n'est pas clair. Ce matin, je ne sais pas si je suis encore le maire." Ce lundi 29 juin, le maire sortant Christian Armand ne sait pas très bien s’il a le droit de signer des devis pour la commune de Péron (Ain). Mais il veut rester relax : "Ça va bien se passer". La petite ville de 2 600 habitants faisait partie des quatre communes de plus de 1 000 habitants sans aucun candidat déclaré au second tour des municipales. En conséquence, une délégation spéciale doit être nommée par la préfecture dans la journée et sa mise en place, mercredi, permettra de veiller aux affaires courantes de la ville sans édile. Les pouvoirs de cette délégation sont toutefois "limités aux actes de pure administration conservatoire et urgente" et elle ne peut préparer le budget communal.

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Le risque théorique d'une fusion de communes

"Je ne comprends toujours pas pourquoi nous n’avons pas eu de liste", résume Christian Armand, qui évoque "une totale incompréhension." Après trois mandats, le maire sortant avait en effet choisi de ne pas rempiler. Sauf que personne n'a voulu prendre sa place. En mars, donc, pour le premier tour du scrutin, aucune liste de candidats n'était déposée à Péron, et les bureaux de vote sont restés fermés.

Devant cette impasse, Christian Armand a décidé, début juin, de rempiler pour un quatrième mandat, notamment par crainte de voir disparaître administrativement sa ville. “Le risque, au bout de quelque temps, c’est qu’il y ait un mariage forcé avec une commune limitrophe", justifie-t-il. En effet, s'il n'y a aucun candidat durant les trois mois de délégation, la loi offre la possibilité au préfet de proposer une fusion de communes.

Je n’y vais pas à reculons, mais pour être honnête, j’ai quand même mis un certain temps à me décider. Disons que je n’imaginais pas comme ça les six prochaines années.Christian Armand, maire sortant de Péron (Ain)à franceinfo

"J’aime bien être maire, je n’ai pas de problème avec ça", poursuit Christian Armand, qui évoque tout sauf un sacrifice. Mais l'épisode lui laisse tout de même un goût amer. "La population est de moins en moins participative, l’égoïsme forcené revient au galop et la notion d’utilité publique est dévoyée, pour ne pas dire plus." Et si le maire pointe du doigt un manque général d'investissement, il dénonce aussi une "sur-administration" et l’absence d’entité capable d'une "vision globale sur les territoires". Sa pharmacie est ainsi menacée par une décision du tribunal administratif, notamment en raison de l'absence d'un "cheminement doux", c'est-à-dire de liaisons piétonnes et cyclables.

Seuls sept membres de l'ancienne équipe ont accepté de figurer sur la nouvelle liste, qui se constitue pour une élection dont la date n'est pas encore déterminée, mais qui pourrait avoir lieu en septembre, selon Christian Armand. Etonnamment, le maire sortant n’a eu aucun mal à trouver ces candidats. "Cela s'est fait très vite, j’ai contacté 17 personnes bien ciblées et je n’ai essuyé qu’un seul refus." La menace de fusion avec une autre commune n'est pas la seule explication à ce regain d'intérêt pour les affaires municipales. "En cette période de crise, explique le maire sortant, on retrouve un peu de solidarité et de cohésion sociale. Dommage qu’il faille attendre une épidémie…"

"La politique intéresse de moins en moins"

Au total, 106 communes de plus de 1 000 habitants n'avaient pas trouvé de candidat lors du premier tour. Mais dans la majorité des cas, des listes ont émergé à temps pour le second tour, comme le permet le code électoral pour les petites communes. Outre Péron, trois autres communes n'ont pas réussi à débloquer la situation à temps : Buellas, Pont-d'Ain (Ain) et Prunay-le-Gillon (Eure-et-Loir). Lors du dernier scrutin, en 2014, seule une commune se trouvait dans cette situation (Gironde-sur-Dropt, en Gironde).

"La politique intéresse de moins en moins, c’est quelque chose qu’on ressent", explique Martine Beaulieu, ancienne conseillère municipale de Pont-d'Ain. En témoigne la diminution du nombre de listes dans cette commune au gré des scrutins : quatre en 2008, deux en 2014 et plus aucune cette année. Par ailleurs, les équipes en place souffrent d'un manque de renouvellement. "Beaucoup de personnes avaient déjà fait plusieurs mandats, elles prennent de l’âge et c’est parfois difficile de continuer six ans de plus", estime l'élue sortante. A Pont-d'Ain, une liste a toutefois été mise sur pied par une nouvelle tête, poursuit Martine Beaulieu, ce qui devrait permettre d'organiser un scrutin à la rentrée.

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Même chose à Prunay-le-Gillon, où le maire sortant, Jackie Ferré, prévoit de faire campagne pour ensuite passer le relais à une colistière après un an de mandat, raconte France 3 Centre Val-de-Loire. Ironie du sort, il y aura même deux listes en compétition lors de l’élection prévue le 27 septembre, puisque le premier adjoint sortant, Nicolas Vanneau (Prunay autrement), a lui aussi choisi de déposer sa candidature. Une décision prise début mars, trop tard pour engager la campagne. "Constituer une liste paritaire de 15 colistiers peut être parfois difficile dans une commune de 1 100 habitants”, explique-t-il. Mais avec ces difficultés, "tout le monde s’est senti davantage concerné".

En ce moment, plus rien ne se passe dans la commune. Heureusement, ça ne durera que deux mois et on peut l’accepter.Nicolas Vanneau, premier adjoint sortant et candidat à Prunay-le-Gillon (Eure-et-Loir)
à franceinfo

A Péron, Christian Armand n'aura aucun problème à passer la main s'il trouve un prétendant pendant son prochain mandat. "Le but, c’est de faire monter quelqu’un de la liste pour qu’il reprenne le flambeau. Je ne veux pas me retrouver dans la même situation qu’aujourd’hui, prévient le maire sortant de Péron. Je ne pensais pas que le rôle d’un maire était de préparer sa succession. C'est une leçon."

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