Après les ratés parisiens, l'UMP doit-elle organiser une primaire pour 2017 ?

François Fillon et Jean-François Copé, le 25 octobre 2012 sur le plateau de \"Des paroles et des actes\", sur France 2.
François Fillon et Jean-François Copé, le 25 octobre 2012 sur le plateau de "Des paroles et des actes", sur France 2. (CHRISTOPHE ENA / AP / SIPA)

Des personnalités du parti estiment que l'organisation d'une primaire ne correspond pas aux usages de la droite.

La victoire a un goût amer pour Nathalie Kosciusko-Morizet. La députée de l'Essonne a été désignée par 58,16% des sympathisants, lundi 3 juin, candidate de l'UMP aux municipales à Paris. Mais de cette primaire sans véritable suspense, ce sont d'abord les ratés dans l'organisation et le climat délétère entre candidats que l'on retiendra. A tel point que certains, au sein du parti, s'interrogent ouvertement sur l'opportunité d'une élection primaire pour désigner le candidat de la droite pour 2017.

Une condition de la paix entre Copé et Fillon

Avant même la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, les ténors de l'UMP appelaient dans une quasi unanimité à la tenue d'une primaire ouverte aux sympathisants (et non aux seuls militants) pour désigner leur candidat à la fonction suprême en 2017. A l'époque, la consultation organisée par le Parti socialiste, dans une ambiance relativement sereine, faisait figure d'exemple à suivre. Initialement sceptique, Jean-François Copé avait fini par se rallier à l'idée. "C'est écrit, tout le monde l'a intégré. C'est une évidence. Il n'y a pas de débat sur ce sujet", confiait-il il y a un an.

Après la guerre interne entre Jean-François Copé et François Fillon, à l'automne, l'idée a continué à cheminer. L'organisation d'une primaire transparente et irréprochable pour la présidentielle de 2017, revendication non négociable de François Fillon, a été actée dans le communiqué de sortie de crise signé par les deux hommes en décembre. Mi-mai, l'UMP a mis la touche finale à une révision des statuts qui règle notamment les modalités du futur scrutin. Pour la plupart des dirigeants, renoncer à cette primaire serait inimaginable et ferait voler en éclats le semblant d'unité qu'ils s'efforcent d'afficher à la tête du parti.

La primaire n'est pas forcément un remède miracle

La primaire socialiste de 2011 a incontestablement donné au PS une exposition médiatique inespérée à la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Les débats télévisés ont été suivis par des millions de téléspectateurs, plus de 2,8 millions de sympathisants s'étaient rendus aux urnes. Mais la bonne tenue du scrutin a fait naître l'illusion que ce type de grande consultation citoyenne procurait nécessairement un effet positif dans l'opinion.

Or, si les six prétendants socialistes ne s'étaient pas interdits de franchir les lignes jaunes, leur confrontation aurait rapidement pu virer au pugilat. La droite ne s'était d'ailleurs pas privée, par la suite, d'exploiter les dissensions apparues entre les candidats. Certaines attaques jadis lancées par Martine Aubry ("Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup") collent encore à la peau de François Hollande.

Si le grand déballage tant redouté n'a pas eu lieu, c'est surtout parce que les dirigeants socialistes ne pouvaient pas se permettre, vis-à-vis d'un peuple de gauche impatient, de perdre une quatrième élection présidentielle d'affilée après dix ans dans l'opposition. Mais à Paris, pour l'UMP, la primaire n'a pas passionné les foules : le nombre d'inscrits est inférieur au nombre de militants du parti dans la capitale. De quoi souligner que la réussite d'une primaire dépend aussi du degré d'implication de l'opinion.

Et si la droite n'était pas faite pour ça ?

A l'UMP, plusieurs personnalités commencent à se demander si la droite, davantage habituée à la culture du chef, est vraiment dans son rôle en s'inspirant de la gauche pour désigner son candidat pour 2017. A commencer par la sarkozyste de choc Isabelle Balkany, qui s'est exprimée sur Twitter.

Espérant un retour de l'ex-chef de l'Etat, seule personnalité légitime selon eux, les partisans de Nicolas Sarkozy se sont toujours montrés méfiants quant à l'organisation de primaires pour 2017. Au-delà de la stratégie politicienne, ces derniers mettent en avant des arguments qui tiennent à l'histoire de la droite et à ses usages.

Pour Henri Guaino, une primaire est "contraire à l’esprit de la Ve République", et ne suffira pas à "combler le vide" laissé par le départ de Nicolas Sarkozy. "Ce n'est qu'une façon de régler des conflits de personnes en s'asseyant sur les grands principes", disait-il fin avril au JDD.

"L'argument selon laquelle la droite est bonapartiste et que le système des primaires lui serait incompatible est erroné, tempère toutefois le chercheur Thomas Guénolé, spécialiste de la droite. Pour preuve, lorsque les militants ont dû départager François Fillon de Jean-François Copé à l'automne, ils ont été extrêmement nombreux à voter."

Reste que les couacs de la primaire parisienne montrent combien il est difficile pour l'UMP d'adopter de nouvelles pratiques. "Nous sommes les héritiers d'un parti qui avait le culte du chef. (...) Je ne suis pas de ceux qui sont nostalgiques de la démocratie des autocars et des congrès à main levée", a affirmé Luc Chatel dans Le Parisien. Une boutade de Jean-François Copé résume le défi qui se présente à son parti : "Nous apprenons la démocratie, c'est assez nouveau !"