Municipales 2020 à Strasbourg : tout comprendre des enjeux du scrutin, surtout si vous pensez que Roland Ries va rempiler

La place Kleber à Strasbourg.
La place Kleber à Strasbourg. (JEAN ISENMANN / ONLY FRANCE / AFP)

Le maire socialiste de la capitale du Grand-Est, Roland Ries, abandonne son fauteuil après deux mandats consécutifs.

Une page se tourne à Strasbourg. La ville de 280 000 habitants va élire un nouveau maire en mars 2020 et attise les convoitises de tous les partis, La République en marche et Europe Ecologie-Les Verts en tête. Mais difficile de prédire quel sera le résultat des élections municipales dans cette commune qui a connu des maires de tous bords dans son histoire récente. La capitale du Grand-Est peut compter sur son dynamisme économique, sa place unique en Europe, mais doit aussi faire face à un taux de pauvreté de 25%. Franceinfo vous aide à y voir plus clair.

Qui est le maire en place (et veut-il le rester) ?

“Merci à vous toutes et à vous tous. Et vive Strasbourg !" A 75 ans, l'ex-socialiste Roland Ries achève un second mandat consécutif et cède la main. Ce professeur de lettres modernes, ancien sénateur, a conclu son dernier conseil municipal le 10 février 2020. Il a eu droit à une longue "standing ovation" de l'ensemble des élus. Une fin de mandat qui fait écho à celle du président PS de l'Eurométropole, Robert Herrmann, 64 ans, qui lâche aussi son fauteuil.

Roland Ries, le maire de Strasbourg, lors de l\'inauguration du théâtre Le Maillon dans sa ville, le 1er octobre 2019.
Roland Ries, le maire de Strasbourg, lors de l'inauguration du théâtre Le Maillon dans sa ville, le 1er octobre 2019. (PATRICK SEEGER / POOL)

La suite, Roland Ries ne la maîtrise pas. Sa grande coalition rose et verte est désormais en morceaux. Résultat : près de la moitié des têtes de liste aux élections municipales 2020 sont issues de la majorité municipale. "Je suis dans l'incapacité de dire quel sera le prochain maire de Strasbourg", se désole Roland Ries dans Le Figaro. L'heure du changement semble en tout cas avoir sonnée.

Qu'est-ce qu'on retient de son mandat ?

Strasbourg est, plus que jamais, devenue une métropole européenne. Avec la conservation du siège du Parlement européen (pour le moment) et le rapprochement avec le Rhin et la ville allemande de Kehl, Roland Ries peut se targuer d'avoir fait de sa ville un carrefour incontournable… et dynamique. La ville annonce ainsi la création de 10 000 emplois depuis 2015 dans l'agglomération. Les équipes municipales vantent aussi l'amélioration des moyens de transports, avec la prolongation du tramway et le développement des "mobilités douces".

Une femme rend hommage aux victimes de l\'attentat de Strasbourg, un an après l\'attaque, le 11 décembre 2019.
Une femme rend hommage aux victimes de l'attentat de Strasbourg, un an après l'attaque, le 11 décembre 2019. (PATRICK HERTZOG / AFP)

Mais c'est un événement tragique qui aura le plus tristement marqué le mandat de Roland Ries : l'attentat du 11 décembre 2018 sur le marché de Noël de la ville qui a fait cinq morts et dix blessés. "Je peux vous dire que cela a été les 48 heures les plus longues de ma vie", raconte le maire à France Bleu. Une tragédie qui a aussi eu des conséquences politiques, avec la multiplication de nouvelles mesures sécuritaires. Des fouilles plus longues et abouties pour chaque visiteur ont été mises en place l'année suivante aux entrées du marché, ainsi que des contrôles d'identité.

Et l'opposition, qu'est-ce qu'elle en dit ?

Le bilan écologique de la ville est pointé du doigt par de nombreux candidats. Avec l'attractivité de la ville et son essor économique, les constructions se sont multipliées, jusqu'à atteindre une moyenne 3 300 nouveaux logements par an... de quoi "bétoniser" de nouveaux quartiers, selon des opposants. "Aujourd'hui on fait vite, pas cher et béton, reproche Jean-Philippe Vetter, candidat Les Républicains, dans 20 Minutes. Dès qu'on a une parcelle de terrain libre, on construit, au lieu de faire des espaces verts. On bétonne la ville et on tombe sur des espaces hyperdensifiés, avec des bâtiments qui ressemblent à ceux des années 1970." La place du Château, au pied de la cathédrale, est aussi régulièrement pointée du doigt pour son côté très "minéral".

Qui veut devenir maire à la place du maire ?

Ils sont une petite dizaine sur la ligne de départ. En tête, on compte notamment le premier adjoint du maire, Alain Fontanel, passé chez LREM, et l'écologiste Jeanne Barseghian. Les socialistes, eux, ont finalement misé sur une historique de la ville : Catherine Trautmann, 69 ans. L'ancienne ministre de la Culture de Lionel Jospin a été maire de Strasbourg de 1989 à 1997 et occupe aujourd'hui la vice-présidence de la métropole. "Je ne suis ni une revenante ni un fantôme", a assuré la tête de liste. Elle remplace Mathieu Cahn à la demande de la direction nationale du PS après des révélations de Mediapart et Rue89 Strasbourg sur sa vie privée.

A droite, c'est Jean-Philippe Vetter (LR), ancien assistant parlementaire de Fabienne Keller, qui va tenter de marcher dans les traces de l'ancienne maire de droite de la ville entre 2001 et 2008. Côté outsiders, on retrouve Kevin Loquais pour La France insoumise et Hombeline du Parc pour le Rassemblement national. Enfin, Chantal Cutajar, adjointe au maire de Strasbourg chargée de la démocratie locale, mène une liste citoyenne, Pascale Hirn porte les couleurs de l'UPR et Mathieu Le Tallec porte une liste d'unité ouvrière à travers le Parti ouvrier indépendant et démocratique.

En bref, qui propose quoi ?

A Strasbourg, l'écologie s'est imposée comme la thématique centrale de la campagne. Tous les candidats misent notamment sur la végétalisation de la ville contre les îlots de chaleur. En pointe, sans surprise, la candidate d'EELV qui se prépare à déclarer Strasbourg en "état d'urgence climatique" et surfe sur le mouvement européen des Jeunes pour le climat. Mais certains de ses adversaires lui rappelle aussi que son parti a participé à la politique d'urbanisation controversée de la ville, au sein de la majorité. "Comment les bétonneurs d'hier peuvent-ils être les jardiniers de demain ?", s'interroge le républicain Jean-Philippe Vetter dans Le Figaro. Ici, même la droite s'est repeinte en vert avec des propositions contre la bétonisation. Idem pour LREM et l'extrême droite, avec Hombeline du Parc vantant "une écologie incitative et non punitive".

La sécurité fait aussi l'objet de toutes les attentions. Après les "traditionnels" feux de voitures de la Saint-Sylvestre, durant lesquels plus de 250 véhicules ont été incendiés, les candidats LREM et de droite ont réaffirmé leurs ambitions pour renforcer la police de proximité et étendre la vidéosurveillance. Coté PS et EELV, on préfère miser sur les médiateurs et les éducateurs spécialisés dans certains quartiers. Côté RN, on demande une brigade canine et des policiers armés de pistolets semi-automatiques.

Qui a des chances d'être élu ?

Un bataille à deux très indécise semble se dégager des derniers sondages. Elle oppose Alain Fontanel (LREM) et Jeanne Barseghian (EELV). La poussée des écolos se révèle particulièrement impressionnante : leur liste engrange 27% des intentions de vote au premier tour et 40% au second (en cas de quadrangulaire et avec le soutien des socialistes), selon un sondage Ipsos pour Sud Radio, publié le 23 janvier 2020.

Juste derrière les écologistes, LREM compte aussi rafler la mise. Mais l'ambiance de la campagne est loin d'être au beau fixe : Alain Fontanel a dû faire face à des manifestants opposés au projet de réforme des retraites lors de ses vœux et son QG de campagne est régulièrement tagué par des opposants à la politique du gouvernement, note France 3.

Le retour de Catherine Trautmann, annoncé mi-février (et donc après ce sondage), rebat aussi les cartes. L'ancienne maire pourrait devenir faiseuse de rois au second tour. Avec LREM ou les Verts ? Le sujet semble déjà tranché. Devant la presse, Catherine Trautmann n'a pas exclu de faire alliance avec l'écolo Jeanne Barseghian au second tour.

Pour la petite histoire…

Alors que l'écologie est au cœur de la campagne électorale, Strasbourg peut se targuer d'être la "capitale" française du vélo. Sur le podium des villes de plus de 200 000 habitants les plus favorables aux cyclistes publié par la Fédération des usagers de la bicyclette, la ville arrive en tête (avec une note de 4,02 points sur 6). Elle est suivie de Nantes (3,55 points) et de Rennes (3,46 points). Paris arrive en 4e position mais la ville a connu une évolution "dynamique". D'après la Fédération, 40% des cyclistes interrogés ont estimé que les conditions de circulation à vélo avaient évolué positivement dans leur ville entre 2017 et 2019.

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