Labyrinthe, cravates et photo de classe : ce qui attend les nouveaux députés à l'Assemblée (illustré en gifs animés)

Un député prend en photo sa collègue dans l\'hémicycle de l\'Assemblée nationale lors de la rentrée parlementaire, le 26 juin 2012. 
Un député prend en photo sa collègue dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale lors de la rentrée parlementaire, le 26 juin 2012.  (DENIS ALLARD / REA)

Alors que l'Assemblée s'apprête à accueillir de nouveaux visages, franceinfo a demandé à des élus de raconter les premiers pas d'un député au Palais-Bourbon.

Ils sont 424. 424 nouveaux députés (sur 577 au total), élus dimanche 18 juin au second tour des élections législatives, et qui vont faire dans les prochains jours leur entrée au Palais-Bourbon. Le 27 juin, ils découvriront l'Assemblée nationale pour leur toute première séance. "Les nouveaux ont intérêt à se remuer. Ils ne vont rien comprendre au début – comme à chaque fois –, mais là, avec la proportion de nouveaux, le sentiment va être plus important", prédit auprès de franceinfo Pascale Boistard, qui a fait ses premiers pas à l'Assemblée en 2012, en tant que députée de la Somme, avant d'être battue cette fois dès le premier tour. Paperasse, luttes de pouvoir ou bureaux microscopiques, franceinfo vous fait vivre, en gifs animés, les premiers pas d'un nouveau député dans l'Hémicycle.

Etre "ému", "honoré" et "impressionné"

"J'étais heureuse et émue, se souvient Pascale Boistard. C'était beaucoup d'honneur d'entrer à l'Assemblée." Les députés qui y ont fait leurs premiers pas il y a cinq ans décrivent tous un certain sentiment d'émerveillement. "Ces débuts, c'est un très bon souvenir. Le moment est assez fort. On se présente dans la cour d'honneur… Il y a une telle solennité", raconte Christophe Cavard, ancien député de la 6e circonscription du Gard.

Impressionnés, mais aussi "intimidés", selon Barbara Romagnan, battue dimanche dans son département du Doubs. "Je devais représenter mes concitoyens, ça me paraissait très important. Et puis, le lieu est assez imposant, on se dit que beaucoup de gens ont fait de grandes choses avant vous…"

Répondre aux messages de félicitations

Gagner l'élection est une chose, répondre à tous les messages, mails et courriers de félicitations en est une autre. "Depuis quelques jours, je traite tous les messages de félicitations", raconte Paul Molac, réélu dès le premier tour dans le Morbihan. Une tâche qui ne manquera pas d'occuper les premiers jours des députés fraîchement élus.

Se mettre en rang deux par deux (ou presque)
et faire la photo de classe

Le début d'une législature, c'est un petit peu comme la rentrée scolaire. En 2012, "on est arrivés à 200 nouveaux. On a tous débarqué devant la porte centrale quasiment en même temps", se rappelle Christophe Cavard. 

"On a été pris en charge, et puis il y a eu un véritable parcours initiatique. Téléphone portable, bureau, etc.", énumère-t-il. Il cite enfin, en riant, la "photo de classe". "J'ai eu l'impression de revenir des années en arrière, au collège ou au lycée, décrit Christophe Cavard. On fait tous la queue, en costume et en cravate, pour être pris en photo."

Répondre aux premières questions

Qui dit responsabilités dit interrogations de la part des journalistes. Et les premières questions ne se font pas attendre. "L'une des premières choses qu'on fait, en tant que nouveau député, c'est de répondre à une courte interview de LCP. On devait se présenter rapidement, répondre à deux ou trois questions sur l'endroit d'où on venait, et les sensations qu'on éprouvait", relate Christophe Cavard.

Vous pensez que l'exercice est anodin ? Détrompez-vous ! A l'heure des réseaux sociaux, un député qui bafouillerait ou s'emmêlerait les pinceaux risquerait de devenir en quelques minutes la risée de Twitter et de Facebook !

Recevoir l’équipement du parfait député

Vient ensuite la distribution du "kit du député". Sylvain Maillard, élu au premier tour des législatives, le 11 juin, a foulé pour la première fois le sol de l'Assemblée deux jours plus tard. "Quand je suis rentré, j'ai suivi un parcours de découverte de l'Assemblée et de ses différents services, raconte-t-il à franceinfo. Ensuite, on m'a remis la mallette avec, à l'intérieur, l'écharpe, la cocarde, le règlement intérieur, une broche et d'autres documents."

Crouler sous les démarches administratives

Après cette partie réjouissante vient une période plus fastidieuse. "Les aspects administratifs vous rattrapent vite", souligne Christophe Cavard. "Les premiers jours, on remplit beaucoup, beaucoup de papiers. Il y a plein de démarches administratives", renchérit Pascale Boistard. Sylvain Maillard confirme. Lors de son premier jour au Palais-Bourbon, il décrit tout un "parcours administratif" : "Sécurité sociale, explication des différentes enveloppes, ou encore aide pour faire un contrat de travail."

Apprendre le règlement (par cœur ?)

Aussitôt reçu, aussitôt lu. Le règlement de l'Assemblée nationale "doit être intégré", selon Pascale Boistard : "Il faut absolument le connaître, s'attacher à le lire profondément. Il y a des parades à connaître, des petites ficelles." Ses anciens collègues sont moins stricts sur ce point. "Je n'ai pas lu tout le règlement, seulement quelques points importants", avoue Paul Molac.

Découvrir son (petit) bureau

Deuxième mauvaise surprise : le bureau. "On découvre qu'en fait, on a de tout petits bureaux. Et si, en plus, on le partage avec un suppléant, ça fait vraiment petit", assure Pascale Boistard. "C’est pour ça que les députés bougent toujours dans les couloirs", complète-t-elle en riant.

Car tous les députés ne sont pas logés à la même enseigne. "J'ai eu de la chance, j'ai eu un bureau confortable avec un lit-armoire et un cabinet de toilette, dépeint Paul Molac. Mais je plains ceux qui ont le canapé qui se déplie et qui sont obligés de descendre au sous-sol pour prendre une douche." Avant de parler réforme du Code du travail donc, les députés devront mener une première "grande bataille", comme certains la qualifient : avoir les bureaux situés au 101, rue de l'Université. "Ceux de l'immeuble Chaban-Delmas, ce sont les meilleurs, tout le monde les veut", affirme Christophe Cavard. Pas sûr, pourtant, que les petits nouveaux s'y installent.

Passer sa première séance à côté d'inconnus

Et puis la première séance arrive déjà. Elle se déroulera, cette année, le 27 juin et, comme d'ordinaire, les députés n'y seront pas placés par groupe, mais par ordre alphabétique. Une répartition qui aboutit parfois à des petites surprises. "Moi, par exemple, j'étais assise à côté de [l'ancien frontiste] Jacques Bompard. Vous pouvez vous retrouver à côté de gens bizarres…" se remémore la socialiste Pascale Boistard.

Travailler avec des "personnalités"

Mais que les nouveaux élus se rassurent. La première séance de l'Assemblée peut également être un lieu de rencontre. "A ce moment-là, j'ai vu, assis près de moi, des personnalités fortes. J'ai réalisé, en regardant l'Hémicycle, que je travaillais désormais avec eux", raconte Christophe Cavard. Ce dernier cite par exemple Henri Emmanuelli, "l'une des personnes qui ont construit la politique", ou encore David Douillet. "En tant que judoka, c'était un grand sportif pour moi. Et puis là, je le voyais se contorsionner dans un espace tout petit, plier les jambes pour pouvoir s'asseoir…"

Se préparer aux (nombreuses) luttes de pouvoir

Les petites luttes de pouvoir entrent très vite en jeu. "Le positionnement dans l'Hémicycle, ça se négocie âprement, par exemple, pour être visible ou non, être en haut ou plus près du gouvernement, etc", explique Pascale Boistard. Les députés devront également indiquer dans quelle commission permanente ils souhaitent siéger. "Il faut jouer des coudes pour obtenir une place dans celle qui vous plaît", ajoute Christophe Cavard. "Certaines représentations sont également plus rémunérées que d'autres. Etre à la Caisse des dépôts et consignations par exemple, ça paye bien. Etre questeur ou vice-président de l'Assemblée, c'est encore des moyens et du pouvoir en plus", énumère Pascale Boistard.

Autre sujet de discorde entre les occupants du Palais-Bourbon : les "groupes d'amitié", qui rassemblent les députés ayant un intérêt particulier pour un pays étranger. "Selon le pays, on fait beaucoup de voyages. Certains sont donc plus prisés que d'autres, comme le Canada", expose Pascale Boistard. Et s'y retrouver, en tant que nouveau, n'est pas tâche aisée : "On doit prendre des décisions rapidement, mais sans trop savoir à quoi s'attendre", explique Christophe Cavard.

Se perdre dans les couloirs

"Je me suis très souvent perdu", admet Christophe Cavard. Pour un nouveau, les couloirs du Palais-Bourbon ressemblent parfois à un labyrinthe. "Tout se ressemble, d'une aile à une autre. Les portes, les couloirs, tout, décrit l'ancien député du Gard. Le seul point de repère, c'est la cour vue par les fenêtres." Certains députés expliquent avoir, à plusieurs reprises, été "rattrapés au vol" par les huissiers. Mais Christophe Cavard se veut rassurant : "Même à la fin du mandat, je continuais de me perdre."

Changer (parfois) de style vestimentaire

L'Assemblée est régie par des règles strictes, notamment en termes de style vestimentaire. "C'est bras couverts pour les filles et cravate pour les hommes", rapporte Barbara Romagnan, qui raconte avoir été étonnée par cette règle en arrivant à l'Assemblée. "Les huissiers donnent même des cravates aux hommes qui n'en ont pas, à l'entrée de l'Hémicycle."

Christophe Cavard n'avait, pour sa part, jamais porté de cravate avant de prendre place au Palais-Bourbon. "Ma femme m'a offert ma première cravate au soir de mon élection", se souvient-il. S'il a tenté de changer cette règle "conservatrice" en demandant à Claude Bartolone de l'assouplir – en vain –, Christophe Cavard s'est plié à cette contrainte mais "enlevai[t] la cravate dès qu['il] sortai[t] de l'Hémicycle."

Oublier ses premières vacances

S'ils arrivent fatigués par la campagne avec l'espoir de se reposer pendant les vacances d'été, c'est raté. "Les premières vacances, je ne suis pas partie. Je devais installer ma permanence dans ma circonscription : j'ai dû trouver un local, acheter les meubles, recruter l'équipe, etc.", énumère Pascale Boistard.

Ne plus voir ses proches

Et l'élection n'affecte pas que le quotidien des députés. "Quand vous occupez cette fonction correctement, vous n'avez plus de vie de famille, prévient Paul Molac. Entre les deux à trois jours par semaine à Paris, les réunions et les invitations, je n'étais plus à la maison."

Une difficulté que Christophe Cavard a beaucoup ressentie lors de ses débuts à l'Assemblée. "Cette candidature, je l'avais construite avec ma compagne. On formait un duo, explique-t-il. Sitôt entré à l'Assemblée, la règle vous interdit de vivre cette expérience ensemble." Il cite un exemple symbolique pour lui : sa première séance dans l'Hémicycle. "Quand je suis entré, elle s'est placée dans la partie ouverte au public. Je l'ai cherchée des yeux et on s'est fait des signes. Mais un huissier lui a indiqué que ce n'était pas possible, que ça pouvait influencer le député", regrette-t-il, qualifiant, sur ce point, le Palais-Bourbon de "conservateur, lourd et pesant".

Vous êtes à nouveau en ligne