Désistements, bulletins pas imprimés... Des candidats aux législatives expliquent pourquoi ils n'ont obtenu aucune voix

Un bureau de vote dans le 20e arrondissement de Paris, le 7 mai 2016.
Un bureau de vote dans le 20e arrondissement de Paris, le 7 mai 2016. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

Sur les 7 882 candidats aux élections législatives, 100 n'ont obtenu aucune voix. Franceinfo vous raconte l'histoire de certains d'entre eux.  

Zéro. Rien. Nada. 0%, c'est le score obtenu par 100 candidats lors du premier tour des élections législatives, dimanche 11 juin. Au moment du dépouillement, ces hommes et ces femmes n'ont trouvé aucune voix à leur nom dans les urnes, qu'ils soient sans étiquette ou affiliés à des formations politiques comme le Parti pirate ou l'Alliance écologiste indépendante. Un résultat qui interroge sur les réseaux sociaux. 

Si certains candidats ont été boudés par les électeurs, d'autres affichent un zéro pointé pour des raisons pragmatiques, qu'il s'agisse de bulletins non imprimés ou d'erreurs administratives. Franceinfo fait le point sur les raisons d'un tel score. 

Parce qu'ils n'ont pas fourni leurs bulletins de vote

Pour certains candidats, le problème est à chercher au niveau de l'impression des bulletins. Ils doivent, en effet, fournir eux-mêmes "un nombre de bulletins de vote égal au double du nombre d’électeurs, majoré de 10%". Des exigences "un peu démentielles", selon Pierre-Frédéric Zieba, qui se rêvait député dans la 5e circonscription des Bouches-du-Rhône. Fondateur de l'association Harcelons-les !, il voulait faire entendre la voix des personnes handicapées, comme lui"J'ai fait exprès de ne pas imprimer mes bulletins de vote", assène le candidat, qui argue de coûts d'impression importants, 3 500 euros payables d'avance. "Mais je pensais que la préfecture les mettrait dans les bureaux de vote. Des électeurs m'ont dit qu'ils avaient été déçus de ne pas les trouver. Moi-même, je n'ai pas pu voter pour moi."

Stéphanie Lahana, 43 ans, éditrice à Nîmes (Gard), était la candidate du Parti animaliste dans la 2e circonscription des Français de l'étranger, qui va du Mexique à l'Argentine en passant par les Caraïbes. Mais "il y a eu pas mal de soucis", déplore-t-elle, contactée par franceinfo. "Il n'y avait pas de bulletins sur place, ils devaient être imprimés par les votants eux-mêmes, ça n'arrangeait pas les choses. Et ma profession de foi n'a pas été validée, affirme-t-elle, sans pouvoir expliquer les raisons de cette invalidation par les autorités. Ça n'a pas aidé non plus." Elle n'exclut pourtant pas de se présenter à nouveau.

Maurice Valix, lui, a délibérément choisi de ne pas en imprimer. Le candidat du Parti pirate dans la 2e circonscription du Loiret affirme avoir refusé de fournir les précieux rectangles de papier, dans "une démarche volontaire et écologique". "Les bulletins étaient téléchargeables sur internet ou envoyés dans les professions de foi, par courrier. Et cela nous suffisait", explique-t-il à La République du Centre

"Plutôt que d’en fabriquer 200 ou 300 000, qui sont ensuite jetés ou recyclés, je préférais que les gens qui voulaient voter pour moi impriment leur propre exemplaire, ajoute-t-il. Cela a fait économiser de l'encre, du papier… et donc des arbres." Une tactique peu concluante puisqu'il n'a obtenu aucune voix. 

Parce qu'ils se sont ralliés tardivement à d'autres candidats

Une fois les candidatures validées par la préfecture, elles ne peuvent pas être annulées. Mais dans la dernière ligne droite, certains candidats ont préféré se rallier à un autre. C'est le cas de Nicolas Huet de Barros, qui, après avoir échoué à obtenir les parrainages pour la présidentielle, s'est finalement présenté aux législatives dans la 3e circonscription de Seine-Maritime.

Il a fini par se désister à deux jours du scrutin. "J'ai rejoint le candidat Les Républicains Jonas Haddad et fait une distribution de tracts pour annoncer que je le rejoignais", explique celui qui était investi par le parti Nouvelle Donne. Un changement de cap politique assez radical qu'il justifie par l'engagement de Jonas Haddad auprès d'une association qu'il soutient. "Grâce à cela, le Front national se retrouve troisième au lieu de deuxième", ajoute-t-il.

Interrogés par franceinfo, une dizaine d'autres candidats sans voix expliquent leur résultat par des ralliements tardifs à d'autres candidatures. C'est le cas, par exemple, de Didier Asin, dans la 3e circonscription des Alpes-Maritimes, qui se rêvait investi par le Parti chrétien-démocrate. Une investiture jamais officialisée par le parti, ce qui l'a poussé à se rallier au candidat FN Philippe Vardon. 

Parce qu'ils ont abandonné à la dernière minute

D'autres ont décidé de jeter l'éponge juste avant le premier tour, pour des raisons diverses. A Marseille, Christophe Masse, ancien député (2002-2007), conseiller municipal et conseiller général, voulait être candidat dans la 3e circonscription des Bouches-du-Rhône, le fief familial, raconte La Provence. Son grand-père Jean, puis son père Marius y avaient été élus avant lui. Le socialiste, qui raconte avoir parrainé Emmanuel Macron, espérait faire campagne sans concurrence sous la bannière "Majorité présidentielle", mais La République en marche a investi une candidate face à lui. "En homme politique responsable", il a préféré renoncer à se présenter, le 30 mai, deux semaines après la date limite de dépôt des candidatures, pour ne pas courir le "risque de faire élire un député Front national".

Guillaume Hardy s'était enregistré comme candidat dans la 2e circonscription d'Ille-et-Vilaine, après avoir créé son propre parti politique, Ekkitab. Son slogan : "Pour une société plus juste, plus responsable". Mais le jeune homme a finalement renoncé à se faire élire : "Je n'ai pas distribué de bulletins ni réalisé de profession de foi, de manière à ce qu'on ne puisse pas voter pour moi, puisqu'il est impossible de retirer sa candidature une fois qu'elle est actée." Les raisons de cet abandon ? Il s'est rendu compte du coût de la manœuvre et déplore le manque d'écho de l'annonce de sa candidature dans la presse nationale. 

Mathias Girard, lui, se présentait sans étiquette dans la 1re circonscription de la Seine-Maritime. Il n'a jamais vraiment voulu aller au bout de sa candidature : "La politique, quand on a des convictions, c'est déprimant." Ses bulletins de vote sont arrivés avec un jour de retard. Un soulagement pour le jeune homme : "Je suis content que ce soit terminé, j'étais mal à l'aise de voir ma tête collée partout sur des affiches." Il envisage toutefois de se représenter. "La prochaine fois, j'irai de nouveau", confie-t-il. Mais "plus sérieusement" cette fois.