"C'est quoi cette histoire ?" A Paris, deux candidats macronistes s'affrontent sans le soutien d'En marche !

Dans la 18e circonscription de Paris, où la socialiste Myriam El Khomri affronte le républicain Pierre-Yves Bournazel, le 14 juin 2017.
Dans la 18e circonscription de Paris, où la socialiste Myriam El Khomri affronte le républicain Pierre-Yves Bournazel, le 14 juin 2017. (SOPHIE BRUNN / FRANCEINFO)

Dans la 18e circonscription de Paris, la socialiste Myriam El Khomri affronte le républicain Pierre-Yves Bournazel. Les deux candidats revendiquent chacun le soutien de l'exécutif. Les électeurs ont du mal à s'y retrouver.

C'est le paradoxe de cette circonscription : dans la 18e de Paris, La République en marche n'a investi personne. Pas de quoi empêcher les deux finalistes des législatives de jouer à "plus macroniste que moi, tu meurs". A gauche, Myriam El Khomri, candidate du PS et ancienne ministre du Travail, revendique "le soutien officiel d'Emmanuel Macron". C'est inscrit tout en haut de son tract, au verso duquel figure une photo de la candidate et du président, tout sourire tous les deux. 

A droite, Pierre-Yves Bournazel, élu juppéiste au Conseil de Paris. Chez lui, la mention "majorité présidentielle avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe", en bas du tract, a remplacé toute référence au parti Les Républicains, qui l'a pourtant investi. Une photo du candidat avec Edouard Philippe, en bras de chemise, accrédite le propos.

De quoi dérouter les habitants de la circonscription, ancrée à gauche depuis 1997. A l'image du grand chamboule-tout orchestré par Emmanuel Macron à la présidentielle, nombre d'entre eux semblent ne plus savoir pour qui voter. Sur un marché de la rue Ordener, une vieille dame s'exclame : "El Khomri dit 'moi c'est Macron', Bournazel dit 'moi c'est Macron', on est un peu perdus quand même !" Un habitant renchérit : "Il y a un candidat de gauche, un de droite, sauf que maintenant tout se mélange ! Vous trouvez ça normal ?" Un troisième y voit, lui, un motif de satisfaction : "Ce qui est bien, c'est que quel que soit le résultat, on aura un député qui va faire les réformes de Macron".

"C'est de l'usurpation !"

A la sortie du métro Pigalle, ce matin, quelques militants tractent pour Myriam El Khomri. "C'est quoi cette histoire ? C'est le bordel ! J'ai voté pour elle au premier tour, mais elle ne va pas être élue !" Hélène, juriste dans une organisation syndicale, n'est pas du tout favorable à une loi Travail numéro 2. "Je voulais voter socialiste. Pas de bol, on se retrouve avec Myriam El Khomri face à Pierre-Yves Bournazel..." Quand on lui fait remarquer que Myriam El Khomri est justement investie par le PS, Hélène rétorque : "Elle est soutenue par En marche !" Ce qui, pour elle, n'est pas un atout.

C'est l'inverse pour Rémy, qui veut en avoir le cœur net. Qui, des deux candidats en lice, a le soutien d'En marche ! ?  

Ça me perturbe, ce n'est pas clair. Moi je veux vraiment voter pour quelqu'un qui va soutenir le président sur les réformes.Rémy, un habitant du 18e arrondissementà franceinfo

Rémy interpelle directement l'ancienne ministre, qui lui résume ainsi la situation : "En marche ! n'a investi personne au premier tour. C'était une forme de soutien implicite du président à ma candidature, commence la candidate. Ensuite, Pierre-Yves Bournazel a eu le soutien du Premier ministre. Il a demandé l'investiture à En marche ! mais ne l'a pas eue. Sur ses affiches, il écrit 'Avec Edouard Philippe et Emmanuel Macron'. C'est de l'usurpation ! Moi, j'ai échangé directement avec Emmanuel Macron". Rémy a l'air rassuré. Il aurait quand même préféré que La République en marche investisse quelqu'un. Les choses auraient été plus claires. "Cela arrive un peu tard, j'ai beaucoup d'amis dans le 18e qui ne savent pas qui est le 'bon' candidat.."

Cette confusion, les candidats s'accusent l'un et l'autre de la semer. "Quand on se présente à une élection, il faut être transparent et clair, dit Myriam El Khomri. Moi, je me suis toujours présentée comme candidate socialiste, soutenant la majorité présidentielle. Pierre-Yves Bournazel a été le porte-parole d'Alain Juppé, a parrainé François Fillon et, au gré des vents, du jour au lendemain, est devenu macroniste." Son concurrent rétorque : "Le soutien du Premier ministre, c'est un fait public, pas un SMS caché."

"Il est supporter de Macron lui aussi, maintenant ?"

Rue Lepic, dans le très bobo quartier des Abbesses, Pierre-Yves Bournazel se montre assez confiant. Il faut dire qu'il est arrivé largement en tête du premier tour, avec plus de dix points d'avance. Alors il continue de revendiquer son appartenance à la "majorité présidentielle", meilleur argument d'un candidat de droite dans une circonscription de gauche. "Ma concurrente dit qu'elle siégera dans le groupe socialiste, qui n'est pas dans la majorité présidentielle." Et lui, où siègera-t-il ? Avec les "marcheurs" ou Les Républicains ? La réponse n'est pas beaucoup plus claire. "Je ne sais pas combien de groupes il y aura dans la majorité présidentielle : LREM, le MoDem, y aura-t-il un troisième groupe de centre droit ?" Avant de balayer : "Les histoires de partis et d'étiquettes me paraissent secondaires par rapport à l'enjeu".

Ouarda vient de prendre le tract de Pierre-Yves Bournazel. Cette infirmière, qui apprécie le candidat, ne se préoccupe pas du clivage droite-gauche. Ce qui l'inquiète, "c'est qu'il y ait une majorité trop large pour le président. Quand on manque d'opposition, vous savez ce qui arrive…" Ce n'est qu'en regardant le tract qu'elle voit la mention "majorité présidentielle". "Il est supporter de Macron lui aussi, maintenant ? Ah...", soupire-t-elle, apparemment déçue.

Catherine, elle, salue le candidat, mais lui précise aussitôt qu'elle ne votera pas pour lui. Au premier tour, elle a choisi Paul Vannier, de La France insoumise, comme presque 17% des électeurs de la circonscription. La candidate soutenue par le PC, Caroline De Haas, a, elle, réuni plus de 13% des voix. Si elle n'avait pas été divisée, la gauche radicale se serait donc facilement qualifiée pour le second tour. A défaut, elle en est aujourd'hui l'arbitre. Ses électeurs iront-ils voter dimanche prochain ? Et pour qui ? Difficile de tabler sur un report massif pour l'ancienne ministre du Travail, dont le nom symbolise pour beaucoup les "trahisons" du quinquennat. Catherine, elle, hésite entre un vote blanc et la candidate socialiste. "Je vais peut-être bien finir par voter El Khomri, même si j'en ai marre de voter uniquement pour que l'autre candidat ne passe pas. Quand on est de gauche, c'est un peu raide quand même."