franceinfo en campagne. Législatives en Corse-du-Sud : nationalistes et marcheurs face à "la dynastie" des Rocca-Serra

Les panneaux électoraux pour les élections législatives à Porto Vecchio, dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud, en mai 2017.
Les panneaux électoraux pour les élections législatives à Porto Vecchio, dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud, en mai 2017. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Jusqu’aux législatives des 11 et 18 juin prochains, franceinfo zoome chaque jour sur une circonscription. Ce jeudi, direction la 2e circonscription de Corse-du-Sud où la droite tente de conserver son siège face à la montée du nationalisme et à l'arrivée d'un candidat LREM.

Franceinfo poursuit son tour de France des circonscriptions qui valent le détour avant les législatives des 11 et 18 juin. Après les Yvelines, l'Aisne, la Seine-Saint-DenisChantenay-Villedieu et Béziers, direction la Corse-du-Sud, dans la deuxième circonscription. Là, comme partout dans l’île lors du premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen est arrivée en tête devant François Fillon et largement devant Emmanuel Macron qui a terminé troisième. Pourtant, il n’y aura pas de candidat Front national aux élections législatives.

En Corse-du-Sud, la droite tente de conserver son siège face à la montée du nationalisme et à l'arrivée d'un candidat LREM. Reportage de Matthieu Mondoloni
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C'est un nouveau paradoxe dans une région qui y est habituée : une assemblée territoriale dirigée par les nationalistes, des députés sortants de droite et Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle. Difficile d’y voir une logique car, ici, on ne vote pas comme ailleurs. 

"Vote clanique"

"La démocratie n'existe pas en Corse", confie Jean Culioli, 84 ans. À Petra Longa, un petit village accroché à la montagne à quelques kilomètres de Bonifacio, cet ancien carreleur profite de sa retraite sur sa terrasse. Il a longtemps travaillé sur "le continent", comme on dit ici, avant de revenir au village il y a de nombreuses années. Assis sur une chaise à l’ombre, son panama sur la tête, le retraité explique que le vote corse c’est avant tout l’héritage de vieilles pratiques : "C'est la perpétuation d'un système presque féodal, on pourrait dire. C'est plus que le clientélisme, c'est le clanisme. On est encore 200 ans en arrière."

Jean Culioli, carreleur à la retraite et habitant de Petra Longa dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud, en mai 2017.
Jean Culioli, carreleur à la retraite et habitant de Petra Longa dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud, en mai 2017. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Quand on parle de "vote clanique" dans la région, beaucoup pensent au député sortant Camille de Rocca Serra. À 63 ans, ce proche de François Fillon se représente sous l’étiquette LR. Cela fait quinze ans qu’il siège à l’Assemblée nationale, à la même place que son père et son grand-père avant lui. C’est le favori du premier tour des législatives. Pour son adversaire, Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, cela s'explique notamment parce qu’il n’y a pas de candidat FN en face de lui. 

Il y a, aujourd'hui, un accord entre le député sortant Camille de Rocca Serra et le Front national.Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et candidat LREMà franceinfo

"J'ai plusieurs éléments qui me permettent de le dire", assure l'édile qui évoque "le silence assourdissant du député sortant au soir du premier tour (de l'élection présidentielle, ndlr), n'appelant pas clairement à voter pour Emmanuel Macron." À l’image d’Emmanuel Macron, Jean-Charles Orsucci, qui fait campagne sous la bannière de La République en marche, se veut le candidat du renouveau face à ce qu’il appelle "la dynastie" des Rocca-Serra.

Un candidat nationaliste par circonscription

Mais cette place lui est disputée par un autre camp : les nationalistes. Ces derniers dirigent la région depuis presque deux ans et présentent des candidats dans les quatre circonscriptions de l’île. Paul-André Colombani est candidat nationaliste dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud. Sa permanence est installée au milieu de la zone commerciale de Porto Vecchio, la troisième ville de Corse.

Un Corse sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. 30 000 personnes en Corse vivent avec moins de 750 euros par mois.Paul-André Colombani, candidat nationaliste (REG)à franceinfo

À l'accueil, sur ses tracts de campagne, on peut lire son programme : “Porter à Paris les revendications et les aspirations du peuple corse”. Pour le candidat, ce "peuple" vit aujourd’hui dans une grande précarité et, "en même temps, sur les cotes, on voit pousser comme des champignons des maisons de milliardaires. Le Font national, ici comme ailleurs, prospère sur certains problèmes de société."

"Un besoin de retour à la culture corse"

S'il y a plus de pauvreté en Corse, paradoxalement, il y a aussi plus de richesses. Elles viennent essentiellement du tourisme de masse qui se développe depuis quelques années ici. L'île fait face à la mondialisation. Certains habitants s’inquiètent de la disparition des traditions.

"On est quand même dans une île qui a besoin d'un retour à sa culture, insiste Marc Biancarelli, 42 ans, responsable d'une structure culturelle de Porto Vecchio. La victoire des nationalistes, il y a un an et demi, était, je pense, le juste retour des choses, de se retrouver un peu... Je ne vais pas dire 'entre nous' parce que ce serait sectaire mais entre personnes ayant décidé de vivre sur l'île et respectant la région."

Marc Biancarelli, responsable d\'une structure culturelle de Porto Vecchio, en mai 2017.
Marc Biancarelli, responsable d'une structure culturelle de Porto Vecchio, en mai 2017. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Pour appuyer ses propos, il décrypte un chant corse connu dans la région : "Cette chanson-là, elle parle d'un État qui nous attache, qui nous lie, à des valeurs qui ne sont peut-être pas les nôtres et qui nous oblige à nous diriger dans un sens que l'on ne veut peut-être pas".

"Nos élus n'ont fait que penser au tourisme"

À quelques kilomètres plus au sud, dans la plaine de Tarabucceta, Guy Canarelli termine sa journée après des heures à faire la navette entre l’aéroport de Figari et les hôtels touristiques ou les résidences secondaires de la région. Il est chauffeur de taxi depuis 25 ans. Il attend une prise de conscience des politiques sur le quotidien des habitants et sur la façon dont l’île s’est transformée.

"Il est arrivé énormément de monde en très peu de temps, explique-t-il. Donc, il faut plus de travail, il faut créer plus d'entreprises. Nos élus n'ont fait que penser à créer des entreprises autour du tourisme pour le tourisme." Mais il ne croit pas que ce sont les législatives qui vont changer les choses, influer sur les décisions à venir.

Beaucoup de gens ici ne se sentent pas forcément très concernés par le national mais vont l'être pour le régional.Guy Canarelli, chauffeur de taxià franceinfo

Plus que les législatives, ce sont donc les élections régionales de décembre prochain qu’attendent beaucoup de Corses. À travers ce scrutin, ils espèrent trouver une route nouvelle. Una strada nova, comme le dit une chanson populaire corse.

>>> Les candidats au premier tour des élections législatives dans la 2e circonscription de Corse-du-Sud