Un citoyen de l’Union européenne sur six était en situation de pauvreté en 2017, selon l’Insee

Une personne fouille dans une poubelle à Toulouse (Haute-Garonne), le 10 décembre 2018.
Une personne fouille dans une poubelle à Toulouse (Haute-Garonne), le 10 décembre 2018. (MAXPPP)

L’Institut national de la statistique et des études économiques publie une série de chiffres concernant la pauvreté dans les 28 pays de l’UE, à quelques semaines des élections européennes. 

Comment les différents types de pauvreté ont évolué et comment ils peuvent se cumuler, dans les 28 pays de l’Union européenne… L’Institut national de la statistique et des études économiques a publié mardi 16 avril un état des lieux de la pauvreté dans l’UE, à quelques semaines des élections européennes. Elle s’est appuyée sur des données de 2017 afin de pouvoir les harmoniser à l’échelle des 28 pays. Intitulé "La France dans l’Union européenne", ce rapport permet notamment de comprendre que, selon les définitions, la pauvreté ne se répartit pas de la même façon au sein de l‘Union. L’étude de l’Insee explique également que certains facteurs renforcent la possibilité d’être en situation de pauvreté.

Pauvreté monétaire et privation matérielle

Premier enseignement de cette étude : elle précise les fortes disparités à l’intérieur de l’Union européenne. En effet, le niveau de vie moyen annuel est de 3 060 euros en Roumanie, contre 41 560 au Luxembourg. La France se situe un peu au-dessus de la moyenne européenne (située à près de 20 000 euros), avec 25 610 euros annuel par habitant.

Ces disparités se constatent également si on observe la pauvreté monétaire, qui correspond aux habitants dont les revenus sont inférieurs à 60% du revenu médian de leur pays. Cela concerne 17,3% de la population européenne (soit 87 millions de personnes) mais les chiffres font le grand écart : de 9,7% de Tchèques touchés, on passe à 25,3% en Roumanie. La France se classe en 6e position des taux les plus bas. En revanche, il est possible de retrouver une pauvreté monétaire conséquente dans des pays au niveau de vie élevé, comme au Luxembourg par exemple.

Si la mesure de la pauvreté monétaire permet de constater de fortes différences entre pays de l’UE, "l’amplitude des écarts entre les taux de pauvreté monétaire est bien inférieure à celle observée pour les taux de privation matérielle et sociale", précise cependant l’Insee. La privation matérielle et sociale est évaluée via un questionnaire et mesure la part de la population qui ne parvient pas à couvrir certaines dépenses (loyer, factures, chauffage, vacances...).

L’écart est frappant : seuls 3% de la population suédoise sont touchés contre 50% en Roumanie. Plus généralement, cette privation est plus fréquente dans les pays les moins aisés. Ainsi, on peut distinguer une fracture géographique au sein de l’UE : "Le taux de privation matérielle et sociale de l’Europe du Nord et de l’Ouest est inférieur de moitié à celui de l’Europe du Sud et de l’Est", écrivent Julien Blasco et François Gleizes dans leur étude. Par exemple, 37,5% des citoyens européens affirment ne pas pouvoir faire face à une dépense inattendue, contre 31,9% dans l’Europe de l’Ouest et du Nord et 44,2% dans l’Europe du Sud et de l’Est.

Des points communs dans l’évolution et les populations touchées

Si l’étude de l’Insee met en lumière de fortes disparités au sein de l’Union européenne, les 28 Etats membres ont quand même connu des situations similaires, notamment quant à l’évolution de leur pauvreté. En effet, beaucoup de pays ont vu leurs taux de pauvreté augmenter entre 2007 et 2012, du fait de la crise économique. De la même manière, alors que le taux de privation matérielle est reparti à la baisse en 2013 dans un grand nombre de pays, ils ont été nombreux à voir leur pauvreté monétaire augmenter jusqu’en 2016.

Dans la majorité des pays de l’UE, on constate que "les populations exposées à l’un ou l’autre type de pauvreté sont relativement similaires du point de vue du statut d’activité, de la profession et de la configuration familiale". Ainsi, les familles monoparentales ont trois fois plus de chances d’être touchées par la pauvreté et les chômeurs quatre fois plus. De la même manière, les indépendants et les agriculteurs sont plus sujets à la pauvreté monétaire qu’à la privation matérielle et sociale. Les 16-24 ans sont eux plus exposés à la pauvreté monétaire. De la même manière, les personnes touchées par la privation matérielle et sociale ont "un niveau de vie bien inférieur à celui du reste de la population".

Deux types de pauvreté qui peuvent se cumuler

L’étude réalisée par Julien Blasco et François Gleizes permet aussi d’avoir une idée plus fine de la notion de pauvreté dans chaque pays. En effet, elle révèle que, selon la définition de pauvreté retenue, les résultats peuvent différer. Concrètement, cela signifie qu'une partie de la population européenne peut gagner plus de 60% du revenu médian et ne pas pouvoir se payer une semaine de vacances par an hors de son domicile. Ainsi, en Estonie la pauvreté monétaire est beaucoup plus élevée que la privation sociale et matérielle alors que c’est l’inverse en République Tchèque. Au sein même d’un pays, on peut retrouver ces divergences. Par exemple, les retraités en France ont le taux de pauvreté monétaire le plus bas d’Europe du Nord et de l’Ouest mais la plus forte privation matérielle et sociale. Généralement, "la part de personnes en situation de privation matérielle et sociale semble être largement déterminée par la richesse du pays", affirme l’étude.

"Au sein d’un même pays, les populations pauvres définies par ces deux indicateurs ne se recoupent que partiellement", explique également l’Insee. Cependant, certains citoyens européens cumulent ces deux handicaps : ils sont 5,5% en France, 1,3% en Finlande et près de 18.6% en Roumanie.

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