Panneaux électoraux, temps d'antenne... Pourquoi les 34 listes en lice aux européennes sont un casse-tête logistique

Un passant devant des panneaux utilisés pour l\'affichage électoral, à Nantes (Loire-Atlantique), lundi 6 mai 2019. 
Un passant devant des panneaux utilisés pour l'affichage électoral, à Nantes (Loire-Atlantique), lundi 6 mai 2019.  (JEREMIE LUSSEAU / HANS LUCAS / AFP)

Dans les petites communes, l'organisation de ce scrutin est compliquée par un nombre record de listes. 

C'est un record ! Le 26 mai, pour les élections européennes, les Français auront le choix parmi 34 listes briguant 74 sièges au Parlement. Parti animaliste, Parti pirate, liste défendant l'espéranto, prônant la décroissance, listes d'extrême droite ouvertement anti-islam ou liste féministe menée par l'avocate de Jacqueline Sauvage... Dans cette multitude de revendications, les partis traditionnels ne représentent que la moitié des possibilités pour ce scrutin. Si cet éclatement risque de désarçonner les électeurs, traditionnellement peu mobilisés pour les européennes, il pose aussi des difficultés très concrètes en terme d'organisation.

Pas assez de panneaux dans les communes

Qui dit élections, dit affichage. Or, pour de nombreuses communes, ce scrutin pose un défi logistique alors que les maires sont dans l'obligation de présenter toutes les listes à leurs administrés. Mais parmi les petites communes, peu d'entre elles disposent d'un nombre suffisant de panneaux. "J'ai trois bureaux de vote, ça veut dire 33 panneaux [34 désormais] multipliés par trois, soit 99 panneaux pour l'ensemble de la commune", a ainsi calculé le maire de Morbecque cité par Le ParisienSelon le quotidien, il faut compter une centaine d'euros par panneaux. A Fontainebleau (Seine-et-Marne), le maire Frédéric Valletoux a commandé 70 panneaux supplémentaires, d'après Europe 1. "C'est un effort inédit", témoigne-t-il.

Dans une note adressée aux maires le 18 avril, le ministre de l'Intérieur les a ainsi autorisés à "diviser" les panneaux ou à utiliser des affichages "faits maison", à condition qu'ils respectent les dimensions prévues par la loi. Car toutes les municipalités n'ont pas la trésorerie pour se procurer de nouveaux panneaux. A la Chapelle-Orthemale, une commune de l'Indre qui compte 87 électeurs et 8 panneaux d'affichages métalliques, le maire Philippe Dixneufet a dû se résoudre au bricolage. A France Bleu, l'élu raconte avoir acheté du contreplaqué afin de fabriquer les panneaux manquants.

Dans les petites communes ou mairie et école se partage parfois de modestes locaux, la place manque aussi sur le trottoir. Pour règler le problème, un maire cité par Europe 1 a carrément autorisé ses services à coller les affiches directement sur le mur de l'hôtel de ville. D'autres espèrent que les petites listes n'auront pas les moyens de leur fournir des affiches. "S'ils ne nous envoient pas leur kit à afficher, on n'aura plus de problèmes de panneaux", conclut l'un d'entre eux, cité par la radio.

Pas assez de places dans les petits bureaux

De même qu'il faut de la place devant les bâtiments municipaux, il en faut également à l'intérieur. Et pour cause, si toutes les listes fournissent des bulletins de vote, comme elles en ont la charge, il faudra compter sur une enfilade de tables conséquentes. A la Chapelle-Orthemale, la salle du conseil municipal fait office de bureau de vote. Le problème, c'est qu'elle n'est pas plus grande qu'une salle à manger, poursuit France Bleu. "Il faudra également trouver une table suffisamment grande pour y placer les 33 tas [34 depuis le 9 mai] de bulletins de vote. Un vrai casse-tête pour le maire", rapporte la radio.

Trop de clips de campagne à diffuser

Avec 34 têtes de liste, difficile pour les citoyens d'entendre tout le monde. Pour assurer l'égalité entre les formations plus ou moins importantes, les 34 clips de campagne seront diffusés à la télévision et la radio publique du lundi 13 mai au vendredi 24 à minuit. Là encore, impossible de réserver 99 minutes d'antenne (34 fois 3 minutes) d'affilée pour les diffuser d'une traite.

 Le Journal du dimanche ajoute que toutes les dépenses liées à la production et à la diffusion des spots de campagne sont à la charge de l'Etat. Ainsi, plus il y a de vidéos, plus la facture est salée.

Un temps d'antenne compliqué à gérer

En plus de ces clips de campagne, les listes disposent d'un quota de temps d'antenne. Impossible de garantir ici, comme dans le cadre de l'élection présidentielle, une présence égale dans les médias. Depuis une loi de 2018, les formations les mieux représentées au Parlement dispose de plus de temps d'antenne. Désormais, les 34 se partagent une durée d'émission de deux heures en fonction du nombre de députés, de sénateurs et d'eurodéputés déclarant les soutenir.

Enfin, "une dernière durée d'émission d'1h30 répartie par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), qui pourra rééquilibrer les temps d'antenne des listes en fonction de leur représentativité autre que celle au Parlement, par exemple au regard des résultats obtenus lors des précédentes élections", détaille Le Journal du dimanche. Cette disposition bénéficie notamment au Rassemblement national, dont le nombre de parlementaires nationaux est faible, alors que ses scores lors des précédents scrutins étaient élevés.

Difficile de faire entendre un message

Les idées vont-elles se perdre dans la masse ? Si certaines formations n'auront pas les moyens d'imprimer et d'envoyer leur profession de foi, le ministère de l'Intérieur proposera de tous les consulter, afin de permettre aux citoyens d'en prendre connaissance. Mais dans ce brouhaha qui mêle questions européennes et préoccupations nationales, le message des partis traditionnels peinent à émerger.

Cité par France Bleul'eurodéputé Jean Arthuis regrette "cette multiplication de listes". "Le débat sur l'avenir de l'Europe risque d'être marginalisé. Malheureusement, un certain nombre de formations profitent de ces circonstances pour présenter des listes afin d'occuper l'espace médiatique au détriment du débat et de ce que nous voulons comme Europe pour préparer notre avenir face aux géants chinois, américain, indien, brésilien, les géants du numérique et de la finance", déplore-t-il.

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