"Les Européens pensaient qu'il ne se jouait rien à l'échelle de l'UE, ils se trompaient et ils s'en rendent compte", estime le géographe Jacques Lévy

Un bureau de vote du Touquet, le 26 mai 2019. (illustration)
Un bureau de vote du Touquet, le 26 mai 2019. (illustration) (LUDOVIC MARIN / AFP)

Selon le professeur de géographie et d'urbanisme à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, le Parlement européen "est un énorme levier pour les citoyens".

427 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans 28 pays entre le jeudi 23 et le dimanche 26 mai pour les élections européennes. Comme en 2014, l'abstention pourrait être importante en France. Pour autant, "l'évolution de la participation est assez stable", relativise sur franceinfo Jacques Lévy, professeur de géographie et d'urbanisme à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et co-auteur de l’ouvrage Le pays des Européens, paru chez Odile Jacob

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franceinfo : En 2014, il y a eu 57% d'abstention aux européennes en France. Comment interprétez-vous ce chiffre ? 

Jacques Lévy : L'évolution de la participation aux élections européennes est assez stable, alors que la participation aux autres élections est plutôt en baisse dans beaucoup de pays, notamment en France. Pendant longtemps, une partie des Européens pensaient qu'il ne se jouait rien ou pas grand-chose à l'échelle de l'Union européenne et du Parlement. Ils se trompaient et je pense qu'ils s'en rendent de plus en plus compte.

Qu'est-ce qui pourrait susciter ce regain d'intérêt pour le scrutin selon vous ? 

Là, on a vu un frémissement à la fin de la campagne. Les chiffres de participation tels qu'ils sont donnés par les sondages semblent plus élevés qu'on ne l'attendait. C'est peut-être parce qu'on observe la rencontre entre les enjeux nationaux et les enjeux européens. Même les partis plutôt eurosceptiques abordent des sujets comme l'immigration ou le changement climatique qui sont en grande partie du ressort de l'Europe.

Est-ce une erreur selon vous de reprocher à l'Europe des choses imputables aux gouvernements ?

C'est en effet souvent le cas et c'est d'autant plus dommage parce que finalement le Parlement est le meilleur outil pour les citoyens européens. C'est de cette façon qu'ils peuvent le mieux dire qu'ils voudraient décider eux-mêmes et non pas par l'intermédiaire des États qui souvent disposent d'un droit de veto et qui peuvent biaiser la démocratie. Le Parlement, et notamment le Parlement européen, élu à la proportionnelle avec des conditions très claires, très fortes, est un énorme levier pour les citoyens européens.

L'Europe peut-elle devenir "le pays" des Européens ? 

Les Européens ont un pays depuis longtemps. Le plus vieux pays d'Europe c'est l'Europe, et maintenant ils ont besoin d'un État européen parce qu'il y a des choses qu'on ne peut pas faire seulement dans la société civile et pour lesquelles on a besoin d'instruments, de politiques publiques.

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