Européennes : toutes les personnes porteuses d'un handicap mental vont pouvoir voter

Selon la récente loi justice, les juges des tutelles ne peuvent plus retirer leur droit de vote aux majeurs \"protégés\" présentant un handicap mental. 
Selon la récente loi justice, les juges des tutelles ne peuvent plus retirer leur droit de vote aux majeurs "protégés" présentant un handicap mental.  (RICHARD BOUHET / AFP)

Quelque 300 000 personnes en France sont potentiellement concernées par cette réforme. Jusqu'à présent, un juge des tutelles pouvait les priver de ce droit de vote. 

L'avancée est saluée par les associations. Avec la récente loi justice, plusieurs centaines de milliers de personnes porteuses d'un handicap mental viennent de regagner leur droit de vote dans son intégralité, et pourront ainsi voter aux élections européennes, dimanche 26 mai. 

Quelque 300 000 personnes en France sont potentiellement concernées par cette réforme. Comme le précise LCI, les personnes majeures sous tutelle ont le droit de vote depuis 2009, mais ce droit peut être retiré sur décision d'un juge des tutelles. En vertu de la récente loi justice, ces juges ne peuvent plus retirer leur droit de vote aux majeurs "protégés". Et ceux qui en avaient été privés le retrouvent automatiquement.

"J'ai envie d'être une citoyenne comme tout le monde", se réjouit auprès de l'AFP Justine Lambolé, atteinte d'une déficience intellectuelle. A 21 ans, elle vient enfin de s'inscrire sur les listes électorales. A sa majorité, un juge des tutelles lui avait retiré son droit de vote, car elle n'avait "pas bien su répondre" à des questions visant à évaluer sa capacité à faire son propre choix dans l'isoloir. "Je savais que le président s'appelait Hollande, mais je ne savais pas s'il était de droite ou de gauche. A l'époque, je ne m'intéressais pas trop à la politique, mais maintenant, oui !", explique la jeune femme, qui vit dans un foyer des Côtes-d'Armor.

Des programmes adaptés en langue "facile à lire et à comprendre"

Les personnes concernées avaient jusqu'à jeudi pour s'inscrire sur les listes électorales. Il est à ce stade impossible de savoir combien ont fait la démarche. Mais pour les associations qui défendent les droits des personnes handicapées, cette réforme est en tout cas une grande victoire. "Ça faisait partie de nos revendications depuis des années. Ne pas être un sous-citoyen, c'est une question de dignité", résume Céline Simonin, de l'Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei). "Il n'y a pas de hiérarchie dans les droits. Celui de voter est important car il fait de chacun un citoyen accompli", ajoute Pascale Ribes, de l'association APF France Handicap.

Pour Lahcen Er Rajaoui, qui préside l'association de personnes handicapées intellectuelles Nous aussi, l'enjeu désormais est d'informer le public concerné de ses nouveaux droits, mais aussi de l'aider à saisir les enjeux du scrutin. Pour cela, les associations promeuvent l'adaptation des programmes des candidats en langue "facile à lire et à comprendre" (Falc), une norme d'expression simplifiée. Parmi les 34 listes candidates aux élections européennes, cinq – LREM, LFI, PS/Place publique, EELV, Génération.s – ont informé l'Unapei qu'elles comptaient faire traduire leurs documents de campagne en Falc.

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