Européennes : le succès de l'Ukip annonce-t-il la sortie du Royaume-Uni de l'UE ?

Le parlementaire européen Nigel Farage agite un drapeau britannique devant le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le 15 juillet 2009, au Parlement européen, à Strasbourg (Bas-Rhin).
Le parlementaire européen Nigel Farage agite un drapeau britannique devant le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, le 15 juillet 2009, au Parlement européen, à Strasbourg (Bas-Rhin). ( YVES HERMAN / REUTERS)

Arrivé en tête des élections européennes outre-Manche, le parti de Nigel Farage réclame un retrait du pays de l'Union européenne. Le Premier ministre, David Cameron, s'y oppose... Pour l'instant.

Il veut être l'homme qui fera sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne. Nigel Farage, le chef du parti europhobe United Kingdom Independence Party (Ukip), est le grand vainqueur des élections européennes outre-Manche, dont les résultats ont été publiés lundi 26 mai. Auréolé de 27,5% des voix (contre 16,5% en 2009), le mouvement anti-immigration et anti-UE a devancé toutes les formations politiques traditionnelles dans son pays.

En position de force face aux conservateurs et aux travaillistes, Nigel Farage espère désormais leur forcer la main pour atteindre son but, le Brexit, une contraction de British ("Britannique") et exit ("sortie"). Dimanche, il a indiqué au Mail on Sunday (en anglais) qu'il arrêterait la politique dès cette mission accomplie. Faut-il vraiment s'attendre à une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ?

Oui, les urnes confirment une tendance

Le score exceptionnel de l'Ukip est un signe de rejet évident de l'Union européenne, tant Nigel Farage a insisté sur le sujet durant sa campagne. Dans les meetings, les slogans "Get Britain out" ("Sortez la Grande-Bretagne de l'UE") et "Take back control of our country" ("Reprendre le contrôle de notre pays") ont été répétés à l'envi. "Un vote pour l'Ukip est un vote pour quitter l'UE et reprendre le pouvoir sur notre destin national", indique clairement le site du parti.

Les résultats de dimanche s'inscrivent dans la lignée de sondages encourageants pour les partisans d'une sortie de l'UE : 47% des Britanniques seraient favorables à une sortie de l'Europe, contre 41% contre et 12% sans opinion, selon l'Eurobaromètre (en anglais) réalisé fin mars.

Oui, l'Ukip va gagner en influence

L'intégration européenne "semblait inévitable" ? "Ce sentiment va disparaître avec les résultats de ce soir", a fanfaronné Nigel Farage, dimanche. L'Ukip apparaît désormais comme un quatrième acteur de poids dans le paysage politique britannique et oblige les autres partis à clarifier, sinon radicaliser, leurs positions sur l'Europe, dans un pays traditionnellement eurosceptique.

Dans la foulée d'élections locales et européennes sans précédent pour l'Ukip, le parti vise désormais ses premiers sièges au Parlement, lors des législatives de mai 2015. "Vous n'en avez pas fini avec nous", a lancé Nigel Farage, au cœur de la nuit de dimanche à lundi. 

"Le renard Ukip est dans le poulailler de Westminster", assure le leader du mouvement, en guise d'acte de décès du paysage politique "vieux jeu" dominé par les trois partis traditionnels, les travaillistes du Labour, le Parti conservateur et les Démocrates libéraux ("Lib-Dem", centristes). Il espère être le nouveau faiseur de roi si, comme l'indiquent les instituts de sondage, ni le Parti conservateur ni le Parti travailliste ne peut gouverner seul.

Non, le gouvernement va temporiser

Confronté à l'Ukip et à une frange eurosceptique au sein de son Parti conservateur, le Premier ministre, David Cameron, va-t-il lâcher du lest ? Plusieurs médias conservateurs ont avancé, ce week-end, que le gouvernement s'apprêtait à introduire, très prochainement, une législation renforcée contre l'immigration.

En revanche, sur la question européenne, David Cameron reste ferme. "Je veux une véritable renégociation complète qui améliorera la place du Royaume-Uni en Europe", a-t-il déclaré à la BBC, lundi, rejetant l'idée d'accélérer le calendrier du référendum sur la sortie de l'UE qu'il a promis pour 2017, s'il est réélu. "Je ne pense pas que raccourcir le temps de la négociation soit une bonne chose", a-t-il indiqué, ajoutant vouloir toujours "rester au sein d'une Union européenne réformée".

La sortie de l'UE restera, au moins jusqu'à l'année prochaine, un simple thème de campagne, sur lequel David Cameron commence déjà à jouer. "Si vous voulez un référendum sur l'Europe, si c'est le plus important pour vous, il n'y a qu'un parti et qu'un potentiel Premier ministre qui puissent l'organiser. Le Labour et les Lib-Dem ne veulent pas de ce référendum, l'Ukip ne peut pas le réaliser", a-t-il affirmé.

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