Autriche: La démission du vice-chancelier est "un véritable tremblement de terre politique", selon l'historien Jérôme Segal

Le vice-chancelier autrichien, Heinz-Christian Strache, à Vienne en Autriche, le 18 mai 2019.
Le vice-chancelier autrichien, Heinz-Christian Strache, à Vienne en Autriche, le 18 mai 2019. (ALEX HALADA / AFP)

Heinz-Christian Strache a annoncé sa démission après la diffusion d'une vidéo où on le voit proposer des contrats publics à une ressortissante russe, qui se disait la nièce d'un oligarque, en échange d'un soutien politique et financier. 

"C'est un véritable tremblement de terre politique", a expliqué Jérôme Segal, historien, maître de conférences à l'université Paris-Sorbonne. Le vice-chancelier autrichien et leader du FPÖ Heinz-Christian Strache a annoncé sa démission à la suite de la diffusion d'une vidéo par les médias allemands Süddeutsche Zeitung et Der Spiegel. Cette vidéo a été tournée en caméra cachée, lors d'une rencontre avec la pseudo-nièce d'un oligarque russe, dans une villa d'Ibiza avant les législatives de 2017. un coup monté pour piéger M. Strache, selon les médias allemands qui affirment ne pas savoir qui est derrière cette opération organisée. Un coup monté pour piéger M. Strache, selon les médias allemands qui affirment ne pas savoir qui est derrière cette opération organisée."Cette vidéo est tout à fait accablante pour l'extrême droite autrichienne et entache l'ensemble du groupe au Parlement européen", a précisé l'historien Jérôme Segal.

franceinfo : Cette démission est un vrai coup dur pour l'extrême droite et même au-delà ?

Jérôme Segal : Tout à fait. Ici en Autriche, il y a des directs sur les chaînes de télévision et à la radio et sur les sites des journaux. C'est un véritable tremblement de terre politique parce que c'est la coalition qui est attaquée entre l'extrême droite et les conservateurs. L'extrême droite autrichienne est la seule à être à ce niveau de responsabilité en Europe. C'est un parti leader du groupe auquel appartient Marine Le Pen. C'est un coup dur pour l'ensemble de l'extrême droite en Europe. Pour la plupart des partis d'extrême droite, on sait que la Russie joue un rôle important notamment dans les financements. On l'a vu avec les difficultés de Marine Le Pen à trouver des prêts [pour financer la campagne des élections européennes]. Beaucoup de commentateurs imaginent bien qu'il y a des contreparties et qu'il y a, sur le plan idéologique, un rôle qui est joué par la Russie vis-à-vis de ces partis d'extrême droite européens. Avec la vidéo qui a été mise en ligne sur le site du Spiegel et du Süddeutsche Zeitung hier soir à 18h, on se rend compte que ces coopérations ne sont pas seulement financières mais que ça correspond à une influence réelle et surtout à des contreparties économiques vis-à-vis de la Russie.

Le parti de Heinz-Christian Strache le FPÖ est un allié du Rassemblement national de Marine Le Pen. Doit-elle se désolidariser de ce parti ?

Immanquablement les journalistes vont la questionner dans les heures à venir sur ce sujet. Il est possible dans un premier temps qu'elle décide de ne pas commenter les affaires qui sont simplement autrichiennes, mais lorsqu'on voit que le New York Times, le Spiegel ont fait leur Une là-dessus, Marine Le Pen va sans doute être amenée à se prononcer et sans doute à se désolidariser puisque c'est une affaire tout de même assez importante et majeure. Cette vidéo est tout à fait accablante pour l'extrême droite autrichienne et entache l'ensemble du groupe au Parlement européen.

Cette affaire peut-elle avoir une influence sur le vote des électeurs dimanche prochain ?

C'est un petit peu délicat de se prononcer tout de suite mais c'est sûr que ça ne va pas aider le parti d'extrême droite, il va en pâtir c'est certain. Dans quelle proportion ? On ne le sait pas encore, mais beaucoup d'Autrichiens vont sans doute plutôt s'abstenir. Parmi ceux qui voulaient voter pour l'extrême droite, ils risquent de bouder les élections. Il faut dire que cette vidéo qui sort une semaine avant le vote, c'est du jamais vu dans la vie politique autrichienne. Je pense que l'Autriche demeure un petit pays pour la France, ce n'est pas le seul pays à avoir l'extrême droite au pouvoir en Europe, je pense bien sûr à la Pologne et à l'Italie. Je pense aussi au gouvernement hongrois, Viktor Orban du Fidesz [parti politique], plutôt conservateur et qui mène une politique très proche de celle qu'on trouve en Autriche. Vu de France il n'est pas certain que les électeurs en tirent des conclusions, mais ceux qui seront amenés à penser à la nature de ce groupe au parlement européen, prendront peut-être des sanctions au moment d'aller voter.

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