Après les élections européennes, le calendrier d'une bataille pour les postes qui ne fait que commencer

Vue du Parlement européen à Bruxelles.
Vue du Parlement européen à Bruxelles. (NOÉMIE BONNIN / RADIOFRANCE)

Les 751 eurodéputés ont été élus. Mais les tractations vont se poursuivre encore plusieurs semaines, voire plusieurs mois, notamment autour de la présidence de la Commission européenne.

On sait désormais à quoi va ressembler le nouveau Parlement européen : comme prévu, les deux groupes principaux (PPE et S&D) ont perdu leur hégémonie et ne sont plus, à eux deux, majoritaires. C'est une toute autre période qui s'ouvre désormais : l'heure des grandes manœuvres, notamment autour de la formation des groupes et de la désignation du président de la Commission européenne.

27 mai : début des discussions

À peine les résultats des élections officialisés, les discussions s'engagent tous azimuts. L'objet de ces tractations : la recomposition des groupes au Parlement, mais aussi le choix des nouveaux dirigeants des institutions européennes, dont le successeur de Jean-Claude Juncker au poste de président de la Commission européenne. Un choix qui tient du bras de fer : le candidat doit être désigné après consultation entre le président du Conseil européen et le Parlement, en tenant compte des résultats des élections et du nouvel équilibre des forces.

Un sommet informel réunit mardi soir à Bruxelles les chefs d'État et de gouvernement pour commencer ces discussions. L'accord sur le nom du futur numéro un de la Commission est crucial par l'importance de son rôle, mais aussi parce qu'il devrait conditionner toutes les autres nominations (présidence du Conseil, chef de la diplomatie européenne etc.).

21 juin : premier Conseil européen

Les 28 chefs d'État et de gouvernement membres du Conseil européen se réunissent lors d'un sommet les 20 et 21 juin. À l'ordre du jour, les nominations des nouveaux dirigeants des institutions européennes. Au terme des consultations, le président du Conseil doit formellement proposer un candidat au Conseil européen, qui se prononce sur cette proposition à la majorité qualifiée.

Trois prétendants à la présidence de la Commission, l'exécutif européen, sont officiellement en lice pour succéder à Jean-Claude Juncker. Il s'agit des chefs de file des trois grands groupes du Parlement : l'Allemand Manfred Weber pour le PPE, le Néerlandais Frans Timmermans pour la famille socialiste européenne et la Danoise Margrethe Vestager pour l'Alliance des Libéraux. Le Français Michel Barnier pourrait bien jouer le rôle de trublion dans cette compétition, mais sa nomination pourrait faire l'objet d'un véto : "Le PPE ne soutiendra pas un candidat qui ne s'est pas présenté avant le scrutin", a averti Manfred Weber.

24 juin : composition des groupes au Parlement

Les nouveaux députés européens devront communiquer la composition des groupes au Parlement le 24 juin au plus tard. Pour former un groupe politique, 25 membres sont nécessaires et au moins un quart des États membres doivent être représentés.

Ce que va faire le groupe de La République en marche sera surveillé de près. En effet, le groupe "logique" pour les élus du parti présidentiel est l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). Mais les Français arrivent en force dans cet ensemble, qui était relativement modeste jusqu'à aujourd'hui : il passe de 69 à 109 élus, avec 21 Français (23 après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne). Un nouveau groupe centriste plus large pourrait donc être créé, avec des députés de centre gauche venus d'autres pays. Ce groupe, désormais troisième force du Parlement, veut jouer le rôle clé de pivot dans le partage des postes, avec le PPE et S&D.

Les alliances des populistes seront également à surveiller de près : l'actuel groupe "Europe des nations et des libertés" (ENL) passe de 36 à 58 députés. C'est dans cette formation que siègent notamment le Rassemblement national côté français et la Ligue de Matteo Salvini côté italien. Ils espèrent rallier des élus d'autres pays, mais les positions de ces formations sont parfois divergentes.

Juillet : première session du Parlement

Les nouveaux députés siègeront pour la première fois à Strasbourg du 2 au 5 juillet. Lors de cette séance plénière du Parlement, ils éliront leur président, les 14 vice-présidents et les cinq questeurs. Puis viendra le tour du président de la Commission, lors de la session du 15 au 19 juillet... si les États membres se sont à cette date mis d'accord sur un nom. Le candidat adoubé par le Conseil européen devra obtenir la majorité absolue des députés européens. Si le candidat ne l'obtient pas, les États membres devront proposer un autre candidat dans un délai d'un mois.

Une fois élu, le nouveau président de la Commission est associé au choix des commissaires, désignées avec les États membres. Une fois ce choix arrêté, le Parlement engage les auditions des nouveaux commissaires. Au terme de ces auditions, certains candidats peuvent être amenés à se retirer. La nouvelle Commission devra ensuite être approuvée par un vote unique du Parlement, à la majorité des voix.

31 octobre : les députés britanniques laissent leurs places

La date théorique du Brexit reste fixée au 31 octobre. À cette date, et sauf coup de théâtre, les 73 députés britanniques élus sont donc censés laisser leurs sièges au Parlement aux députés "réservistes". Ces sièges seront en partie réattribués dans un souci de rééquilibrage démographique : 27 sièges seront redistribués, les 46 autres étant gelés pour d’éventuels nouveaux entrants dans l’UE. Parmi ces 27 sièges, la France en récupérera cinq, passant de 74 à 79 députés.

Fin d'année : entrée en fonction de la Commission

L'entrée en fonctions de la nouvelle Commission, comme celle du nouveau président du Conseil européen est prévue à la fin de l'année 2019. Sauf si la nomination du président de la Commission a mis plus de temps que prévu, au vu des négociations particulièrement tendues qui se laissent présager.

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