A Strasbourg et Bruxelles, "la vie de nomade" des eurodéputés

La session pleinière du Parlement européen, le 15 avril 2014, à Strasbourg.
La session pleinière du Parlement européen, le 15 avril 2014, à Strasbourg. (FREDERICK FLORIN / AFP)

Leur rôle et leur activité restent méconnus. Quatre eurodéputés racontent leur quotidien à francetv info.

Beaucoup méconnaissent leurs actions, leurs visages voire même leurs noms. Pourtant, derrière les fenêtres de verre des bâtiments de Bruxelles et Strasbourg, les eurodéputés s'agitent pour apporter leur pierre à l'édifice européen et remplir le mandat qui leur a été confié par les électeurs. De quelle manière ? A quoi ressemble leur quotidien ?

Francetv info a posé la question à quatre députés européens français, tous candidats aux élections européennes du 25 mai. 

Un travail concret et varié

La question revient souvent : à quoi sert un eurodéputé ? A beaucoup de choses, répond Corinne Lepage, élue en 2009 et tête de liste "Europe citoyenne" en Ile-de-France pour ce scrutin. "Notre boulot principal est de travailler sur des projets de loi des différentes commissions." Il s'agit de proposer des amendements et "préparer des interventions sur tout un tas de sujets".

Les eurodéputés doivent ensuite voter les lois. Ils ont aussi une mission de contrôle "des différentes institutions européennes" et peuvent organiser des événements afin de mettre sur la table des sujets qui leur tiennent à cœur, tels les dangers de l'aspartame ou la pollution marine pour Corinne Lepage (qui fut ministre de l'Environnement entre 1995 et 1997).

S'il peut sembler flou et vaste, tout ce travail est loin d'être vain, assure la députée. "On a une vraie responsabilité. Dans un certain nombre de pays, le législateur, c'est nous !" rappelle-t-elle. Sylvie Guillaume, députée PS et candidate dans le Sud-Est, croit aussi en sa fonction : "Quand vous prenez le temps, vous mesurez bien que l'Europe est utile et présente dans la vie des gens." 

Des journées millimétrées, mais à rallonge

Ces différentes facettes du métier se ressentent au quotidien. "Une semaine par mois, du lundi au jeudi, nous sommes à Strasbourg pour quatre jours de débats et de votes. Ce sont les sessions plénières, détaille Alain Lamassoure, eurodéputé chevronné et tête de liste UMP pour l'Ile-de-France. Le reste du temps, on se réunit trois jours par semaine à Bruxelles pour le travail en commissions et dans les groupes politiques. Puis on rentre dans nos circonscriptions."

A chacun sa méthode pour s'organiser. Karima Delli, jeune députée écologiste, a opté pour un studio à Bruxelles afin d'être sur place. A l'inverse, Corinne Lepage préfère retourner tous les soirs chez elle, à Paris, en Thalys : "Cela représente une heure et demie de trajet. Le lendemain matin, je prends le train de 7h01 pour me rendre à Bruxelles."

Karima Delli et les autres candidats aux élections européennes dans le Nord-Est débattent à Arras (Pas-de-Calais), le 7 avril 2014.
Karima Delli et les autres candidats aux élections européennes dans le Nord-Est débattent à Arras (Pas-de-Calais), le 7 avril 2014. (CITIZENSIDE / EMMANUEL KUTYLA)

"C'est une vie de nomade", reconnaît Alain Lamassoure, qui insiste sur "l'extrême organisation du temps et l'agenda""Dès le 1er janvier, je sais ce que je vais faire tous les jours de l'année, si je suis disponible ou non, et de quelle heure à quelle heure", explique-t-il. Cela laisse peu de place à la famille. "C'est contraignant et harassant, mais passionnant", résume Sylvie Guillaume.

Une vie politique enrichissante

Tous s'accordent sur ce point, à commencer par Karima Delli, élue en 2009. "Le Parlement européen est d'une extrême richesse. Quand vous y entrez, vous entendez 23 langues. D'un coup, vous vous éloignez des égoïsmes nationaux", souligne la tête de liste écologiste pour le Nord-Ouest.   

Son collègue Alain Lamassoure, qui a bien connu l'Assemblée nationale dans les années 1980-1990, le confirme. "Le jeu politique national est très manichéen. Votre rôle consiste soit à soutenir, soit à combattre le gouvernement. Vous votez toujours à travers ce prisme. Ça, c'est très différent au Parlement européen."

C'est ce qu'apprécie Corinne Lepage : "La recherche de consensus est obligatoire. Par conséquent, on écoute davantage ses adversaires et on est obligé de les convaincre."

Pas de joutes oratoires interminables, d'invectives ou d'effets de manche. "Au Parlement européen, on ne parle que du fond", lâche Alain Lamassoure. On discute à la buvette, autour d'un café, entre eurodéputés de tous bords et de tous pays. Les échanges peuvent être cocasses : "Parfois, vous ne maîtrisez pas la langue de votre interlocuteur et des malentendus se créent. Il arrive ainsi qu'on ne vote pas un amendement sur lequel on était pourtant d'accord !" 

Un manque d'écho médiatique

Malgré la richesse de leur métier, les députés européens semblent bien invisibles. Tous dénoncent une exposition médiatique inexistante. "Quand vous entrez au Parlement européen, vous faites vœu de chasteté médiatique, regrette Alain Lamassoure. C'est un job très ingrat car on y fait des choses importantes, dans l'incognito absolu."

L'élu UMP a pu le constater au cours de sa carrière politique : "En quinze ans de mandat européen, je n'ai jamais été invité sur une grande chaîne avant 23 heures. Quand j'étais porte-parole du gouvernement de Juppé [entre 1995 et 1997], j'étais trois fois par semaine sur les plateaux télé !" Karima Delli partage ce constat. "Il n'y a pas d'espace public, en France, où on peut parler des questions européennes. Celles-ci sont trop complexes, trop éloignées..." 

Dès lors, comment attirer les regards ? La députée a choisi de conserver sa casquette de militante (avec les collectifs Jeudi noir et Sauvons les riches). Pendant son mandat, elle a multiplié les actions au sein même du Parlement à Strasbourg. "Une fois, j'ai appelé un sculpteur de glace pour qu'il façonne une statue et la laisse fondre, afin d'alerter sur le réchauffement climatique. Ça dénote un peu, mais c'est comme ça qu'on avance", sourit-elle.