Comment des "fake news" russes ont tenté d'influer sur les élections européennes

Photo d\'illustration. La Commission européenne a détecté une désinformation \"soutenue\" par des \"sources russes\" pendant les élections européennes, annonce-t-elle le 14 juin 2019 dans un rapport.
Photo d'illustration. La Commission européenne a détecté une désinformation "soutenue" par des "sources russes" pendant les élections européennes, annonce-t-elle le 14 juin 2019 dans un rapport. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

La Commission européenne a révélé vendredi dans un rapport des "opérations" venant "de sources russes" visant à influencer les électeurs avant le scrutin qui s'est déroulé fin mai.

Après les soupçons d'ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine, Moscou aurait tenté d'influencer les élections européennes, en diffusant des "fake news". C'est ce qu'affirme un rapport publié vendredi 14 juin par la Commission européenne. Les autorités y décrivent une "activité de désinformation continue et soutenue de la part de sources russes" lors de la campagne pour le scrutin du 26 mai. Que contient ce texte de la Commission ? Sur quoi portait la désinformation ? Voici ce que l'on sait de ce rapport.

Que contient ce rapport ?

A travers ce rapport, la Commission européenne souhaitait évaluer les efforts déployés pour préserver le vote du dimanche 26 mai des "fake news". Mais d'après les conclusions publiées vendredi, "les éléments de preuve recueillis ont révélé une activité de désinformation continue et soutenue de la part de sources russes visant à limiter la participation électorale et à influencer les préférences des électeurs".

Bruxelles nuance toutefois, signalant qu'on ne peut pas à proprement parler d'"une campagne de désinformation transfrontalière spécifique de la part de sources extérieures" visant les élections européennes. "Au lieu de mener des opérations à grande échelle sur des plateformes numériques, les acteurs, en particulier liés à des sources russes, semblent désormais opter pour des opérations localisées à plus petite échelle, plus difficiles à détecter et à exposer", détaille le rapport, consulté et cité par le Financial Times (article en anglais et payant).

"Nous avons relevé des preuves de comportements non authentiques coordonnés visant à diffuser sur les plateformes en ligne, y compris au moyen de logiciels robots et de faux comptes, du contenu de nature à semer la division", précise la Commission dans un communiqué.

Sur quoi portait cette désinformation ?

Cette "activité", dont les auteurs ne sont pas clairement identifiés dans le document, couvrait "un large éventail de sujets, allant de la remise en cause de la légitimité démocratique de l'Union à l'exploitation de débats publics conflictuels sur des questions telles que l'immigration et la souveraineté". "Il y a eu une tendance constante de la part de ces acteurs malveillants à utiliser la désinformation pour promouvoir des points de vue extrêmes et polariser les débats locaux, y compris par des attaques sans fondement contre l'UE", est-il écrit.

Le Financial Times cite des exemples mentionnés dans le rapport. Des éléments ont ainsi été repérés à propos de l'incendie de Notre-Dame. Ce dernier était utilisé pour montrer "un supposé déclin des valeurs occidentales et chrétiennes dans l'Union européenne". Autre sujet exploité par les sources russes : le scandale qui a fait tomber l'extrême droite autrichienne en mai dernier. "Certaines sources ont imputé [cet épisode] au 'pouvoir secret européen', ainsi qu'aux services de sécurité allemand et espagnol." Plus largement, le quotidien britannique évoque des informations mettant en avant l'"inutilité des pouvoirs législatifs du Parlement européen" et son "contrôle par les lobbyistes".

Quel était le but recherché ?

Les activités mises en lumière dans le document de la Commission visaient, selon cette dernière, à influencer les électeurs et à décourager leur participation. Selon France 24, qui s'est intéressé au sujet peu avant les élections, tous les pays de l'Union européenne ont été touchés. "Les pays le plus visés sont ceux qui comptent le plus de députés européens. Ce n'est donc pas étonnant que l'Allemagne et la France aient été visés", note, auprès de la chaîne de télévision, Otavio Freire, président de l'entreprise de sécurité sur internet SafeGuard Cyber, qui a mené une étude. "Un électeur européen sur deux a potentiellement été victime d'une campagne de désinformation au cours de notre enquête", qui a été menée de novembre 2018 à mars 2019.

Comment réagit la Commission européenne ?

Alors que Bruxelles avait sonné l'alarme avant le scrutin, appelant les Etats membres à coordonner leur veille en exerçant une forte pression sur les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, ce rapport pointe les lacunes des efforts menés. Pour les auteurs, les entreprises doivent aller plus loin. La Commission européenne appelle ainsi les plateformes en ligne à développer des outils pour contrôler les sites hébergeant de la publicité. Elles sont aussi invitées à renforcer la coopération avec les organisations de vérification des faits, à accroître la transparence en donnant aux chercheurs l'accès aux données et à transmettre des informations aux gouvernements sur les acteurs malveillants.

D'après le Financial Times, Bruxelles devrait "évaluer d'ici la fin de l'année si elle doit imposer des normes plus strictes aux entreprises".

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