Ville, campagne : "On n'a jamais été culturellement aussi proches les uns les autres !"

Le château d\'eau dans le village de Courdimanche dans le Val-d\'Oise.
Le château d'eau dans le village de Courdimanche dans le Val-d'Oise. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Le sociologue Jean Viard explique, mardi sur franceinfo, que cette volonté de vouloir changer de vie est paradoxale, alors qu'un sondage Ifop pour Familles Rurales rapporte que vivre à la campagne représente la vie idéale pour 8 Français sur 10.

D'après un sondage Ifop, publié mardi 9 octobre, pour l'association Familles Rurales, 8 Français sur 10 estiment que vivre à la campagne représente la vie idéale. Cette volonté de "changer de vie" est paradoxale pour Jean Viard. Le sociologue et auteur d'une note, Redessiner la France. Pour un nouveau pacte territorial pour la Fondation Jean-Jaurès, estime que l'"on n'a jamais été aussi proches culturellement les uns des autres".

franceinfo : Est-ce que ces familles citadines qui rêvent de l'herbe plus verte ailleurs, sont représentatives ?

Jean Viard : C'est représentatif du rêve de beaucoup de Parisiens. Il y a trente ans, on voulait "changer la vie" comme disait François Mitterrand. Aujourd'hui, au fond, on veut changer de vie. On se dit : "Bon, ma vie ne me convient pas, je m'en vais." Au fond, on a deux puissances. D'un côté, vous avez les métropoles qui créent plus de CDI, il y a plus de créativité, il y a des métros, de l'intensité urbaine, des universités, des tas de choses très importantes. Et au fond, l'imaginaire qu'on a tous, c'est la petite vie et le village. On est dans cette contradiction. La majorité des habitants d'Île-de-France rêvent de quitter l'Île-de-France. Cela ne veut pas dire qu'ils le font vraiment.

Est-ce que l'on idéalise la campagne ?

C'est vrai qu'en zone rurale, il y a moins de vie culturelle. Il n'y a pas beaucoup de transports pour aller d'un village à un autre... Il n'y pas forcément des crèches partout. La campagne, ce n'est pas la ville. La densité des services que la ville nous offre, qui sont fantastiques, à la campagne, c'est autre chose. Il y a de l'espace, des logements plus grands, moins d'enfants par classe. Ce qu'il faut dire pour être honnête, c'est que la majorité des Français sont entre les deux, car 50% des Français habitent à côté de la ville dans des maisons avec jardin. Les modèles sont multiples. Ce n'est plus la France des années 50 où l'on mettait trois jours pour aller de la campagne à Paris. Aujourd'hui, on est tous à moins de trois heures les uns des autres.

Est-ce que l'installation de "néoruraux" dans des territoires un peu délaissés peut redynamiser les communes ?

La population française glisse vers les rivages, c'est un immense mouvement de fond. Par exemple, en Provence, il y a cinq millions d'habitants. Quand j'étais petit, il n'y en avait que deux millions. Les gens vont vers le littoral, Montpellier, Nantes, vers Toulouse, vers le sud. C'est un immense mouvement de population. Et puis la population des campagnes augmente plus vite que la population des villes, mais pour une partie, ce sont des gens qui vont tous les jours travailler à la ville. Et puis, il y a de la "vraie" campagne, dans le cœur du massif central, le cœur des Vosges, le coeur du Jura. Des territoires profondément traditionnels, loin des villes, où vous pouvez aller vous installer pour refuser la ville. Mais on a tous la même télévision, le même Internet, le même portable. On n'a jamais été culturellement aussi proches les uns les autres ! C'est ça qui est paradoxal. Tous ces mouvements, il faut les comprendre. Il y a aujourd'hui un mélange des pratiques et des imaginaires.

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