Quatre questions pour comprendre le futur rachat de Darty par la Fnac

L\'entrée d\'un magasin Darty, le 22 avril 2016 à Paris.
L'entrée d'un magasin Darty, le 22 avril 2016 à Paris. (CITIZENSIDE / YANN KORBI / AFP)

Conforama a renoncé à une ultime surenchère sur la Fnac, qui propose 1,16 milliard d'euros pour racheter Darty. La chaîne de magasins de meubles proposait 1,09 milliard. 

Conforama a fini par jeter l'éponge. Depuis plusieurs mois, l'enseigne d'ameublement se livrait à une bataille sans merci avec la Fnac pour obtenir le contrôle de l'enseigne d'électroménager Darty. Mercredi 27 avril, le conseil d'administration de Conforama a renoncé à surenchérir sur l'ultime offre de "l'agitateur culturel". Selon Le Monde (article payant), la Fnac doit déposer son offre formelle "dans les prochaines semaines". Si vous n'avez pas suivi le dossier, francetv info répond à vos questions.

Pourquoi la Fnac tient-elle tant à racheter Darty ?

Forte de 261 magasins en France et d'une clientèle fidèle, l'enseigne Darty attise les convoitises. "Elle redevient rentable (...), elle repart avec, notamment, un développement en franchise important et elle a des emplacements de très grande qualité en France, notamment dans Paris", explique à France 3 Jérôme Parigi, rédacteur en chef adjoint du magazine spécialisé LSA

Mais Conforama et la Fnac n'avaient pas les mêmes ambitions. Si le premier ambitionnait de devenir ainsi le leader du secteur, la seconde voulait surtout racheter Darty pour se diversifier. Un élargissement de son offre conforme à la politique menée par son PDG, Alexandre Bompard, depuis son arrivée en 2011 et la réintroduction de l'enseigne en Bourse, en 2013. Pour contrer les pertes liées au téléchargement, l'enseigne culturelle a ainsi accueilli du petit électroménager et davantage "d'objets connectés" dans ses rayons, au détriment des disques et des livres.

Dans cette continuité, un mariage de la Fnac avec Darty devrait permettre au groupe de faire des économies, via des "synergies". Autrement dit, en regroupant des services (comme la publicité et la logistique), en achetant en commun des produits de bases, en optimisant les coûts logistiques (pour le transport de marchandise, par exemple), etc.

Comment la Fnac s'est-elle imposée ? 

La bataille fut longue et épique. La Fnac et Conforama s'affrontaient depuis septembre pour mettre la main sur Darty, avec une première proposition de la Fnac contrée en mars par une offre concurrente de Conforama. La bataille s'était subitement accélérée le 21 avril, les deux sociétés multipliant les surenchères.

Dans ce qu'elle présentait comme une ultime proposition, la Fnac avait encore revu à la hausse son offre, promettant 170 pence par action Darty (l'affaire se traitant directement à la Bourse de Londres). Une offre qui valorisait la société à 1,16 milliard d'euros. De son côté, l'offre du groupe Steinhoff – la maison mère de Conforama – valorisait Darty à 1,09 milliard d'euros.

Très concrètement, la Fnac s'est imposée en devenant le premier actionnaire de Darty. Mardi, le groupe d'Alexandre Bompard a déclaré dans un communiqué détenir formellement 29,73% du capital de Darty, après avoir acquis un nombre très important d'actions de l'enseigne dans les dernières 24 heures. Ce à quoi il faut ajouter 22,1% provenant de deux des principaux actionnaires de l'enseigne d'electroménager, les fonds Knight Vinke et DNCA. Ainsi, la Fnac est devenue actionnaire de près de 51,84% de Darty, soit virtuellement propriétaire de l'enseigne.

C'est bon, c'est fini ? La Fnac a gagné ? 

Si Conforama n'a plus la volonté de surenchérir, alors la Fnac a officiellement remporté cette dernière bataille, et donc la guerre. Cependant, il faut rappeler que l’offre publique d’achat est ouverte jusqu’au 11 juin. Jusqu'à cette date, les négociateurs peuvent encore déposer une nouvelle offre auprès des autorités boursières de Londres, où est coté Darty, comme le rappelle France Info.

Cependant, il est peu probable que les deux groupes surenchérissent encore. La radio rappelle ainsi que "la Fnac a obtenu un crédit de 950 millions d’euros auprès des banques qui l’accompagnent" pour faire son offre. Quant à Conforama, il lorgne déjà le matelassier Cauval et peut difficilement se permettre d'engager davantage de ressources dans Darty.

Mais qu'est-ce que ça change pour nous, les clients ? 

Les consommateurs pourront toujours faire leurs courses tantôt à Darty, tantôt à la Fnac, deux enseignes à l'identité forte. Cependant, ils devraient voir apparaître progressivement des "corners" de produits Fnac dans les Darty, et inversement. Ils pourront également bénéficier d'une offre de billetterie de spectacles commune aux deux distributeurs. 

Selon Europe 1, les clients peuvent aussi s'attendre à "une (légère) baisse des prix. Le nouvel ensemble Fnac-Darty ayant une force de frappe plus importante, il pourra négocier de meilleurs tarifs auprès de ses fournisseurs pour les téléviseurs ou le petit électroménager, par exemple", explique la radio. 

En revanche, certains magasins pourraient disparaître. L'Autorité de la concurrence devra en effet examiner les conséquences de ce rachat en termes d'implantation. Elle pourra demander des cessions de magasins si des établissements trop proches créent un risque de monopole. L'intersyndicale de chez Darty estime qu'une quinzaine de magasins parisiens pourraient être concernés par la décision de l'Autorité de la concurrence, et que plus de 3 000 salariés pourraient perdre leur emploi.

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