Circulation différenciée : "C'est soudain, brutal" et "il n'y a pas d'autres solutions proposées" regrette l'Automobile club association

Des contrôles ont lieu pour vérifier que les usagers de la route respectent la circulation différenciée, comme c\'était déjà le cas à Paris en février 2019.
Des contrôles ont lieu pour vérifier que les usagers de la route respectent la circulation différenciée, comme c'était déjà le cas à Paris en février 2019. (PHILIPPE DE POULPIQUET / MAXPPP)

Selon l'association, le système mis en place est injuste pour les automobilistes.

La circulation différenciée a été mise en place ce mercredi à Paris et sa banlieue, ainsi que dans plusieurs villes de France, en raison de la canicule et d'un épisode de pollution. Exclure les véhicules les plus polluants, "c'est soudain, c'est brutal", a réagi ce mercredi sur franceinfo Yves Carra, porte-parole de l’Automobile club association. Il aurait aimé la mise en place "de mesures d'accompagnement" comme par exemple "des parkings relais."

franceinfo : Soutenez-vous la circulation différenciée ?

Yves Carra : C'est brutal quand même. La mise en place de ce dispositif n'est pas accompagnée de mesures qui permettraient de réellement pouvoir vivre cette période. On demande des parkings relais depuis très longtemps, ou encore, une application avec des trajets de bus exceptionnels pour cette période exceptionnelle. Là, il n'y a rien. C'est soudain, c'est brutal, c'est différencié et c'est une mesure qui porte bien son nom. Elle va en effet différencier ceux qui ont les moyens de se payer des voitures classées 0, 1 ou 2 en vignette Crit'Air, et puis les autres. Si on avait dit "attention, l'année prochaine les voitures avec vignette Crit'Air 3 ne pourront pas rouler", on aurait pu s'organiser un peu. Encore une fois, on est tous d'accord, il faut limiter effectivement dans ces périodes compliquées de canicule la pollution de la voiture.

Appelez-vous malgré tout les automobilistes à jouer le jeu ?

Je connais une personne qui est allée prendre l'avion il y a trois jours et qui va rentrer. Quand elle va prendre sa voiture, elle va être hors-la-loi parce qu'il faut bien qu'elle rentre chez elle. Mais encore une fois, l'enjeu n'est pas à l'intérieur des villes. Il est dans les échanges intérieur-extérieur ou extérieur-intérieur. Comment on fait quand on doit prendre sa voiture, quand on est à 30 kilomètres d'une ville ? L'enjeu est là. Et aujourd'hui, il n'y a rien de vraiment prévu même de façon exceptionnelle.

Les automobilistes doivent-ils faire preuve de plus de civisme ?

On est tous d'accord qu'on a tous une petite marge de progression dans notre mobilité pour impacter le moins possible la planète. Et je ne parle pas seulement de la voiture d'ailleurs. Maintenant, prendre son vélo quand il fait 40 degrés, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Les solutions, si elles sont proposées, on les adopte. Regardez la prime à la conversion. Tout le monde la prend parce que c'est bien, parce que c'est bon pour votre portefeuille, c'est bon pour la planète, c'est bon pour tout le monde, il y a un "win-win" [gagnant-gagnant], mais encore faut-il qu'il y ait des solutions. Et là, c'est brutal, c'est subi. Il n'y a pas d'autres solutions proposées.

Préférez-vous la circulation alternée ?

La solution alternée au moins n'est pas injuste. Une chance sur deux de pouvoir rouler, un jour sur deux. Imaginons que cet épisode de canicule dure longtemps, que dans 48 heures cette circulation différenciée ne fasse pas baisser la pollution. On fait quoi ? On ne fait pas rouler les véhicules avec vignette Crit'Air 0-1-2 ? On coupe les "clims" ? On empêche les avions de décoller ? Et si jamais ça ne suffit pas, jusqu'où on va aller quand on ne prévoit pas et quand on n’anticipe pas ?

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